10 ans plus tard : le mystère de Lady Gaga à Star Académie

Manon Grenier enquête sur la conspiration qui a tenu le Québec en haleine pendant quelques jours.

Nous célébrons un évènement majeur en 2019 : le 10e anniversaire du passage de Lady Gaga à Star Académie!

Replongeons-nous dans le passé : en 2009, celle qu’on connaissait alors pour Just Dance et Poker Face avait été invitée à chanter sur le plateau de Star Académie. Cette performance aurait pu (aurait ) marquer le début d’une histoire d’amour avec le Québec…

… mais comme sa casquette lui cachait la moitié de la face et qu’elle avait plus ou moins interagi avec l’académicienne qui l’accompagnait sur scène, Lady Gaga est momentanément devenue la risée d’une nation. Cette brève apparition télévisuelle a suffi pour qu’une grande partie du Québec se r’vire contre elle, dont mon entourage : ma fille a supprimé ses chansons de son iTunes, pis ma chum Renée a rayé son CD avec le bout pointu d’un compas.

Comme plusieurs petits monstres en devenir, je l’affectionnais déjà beaucoup, la Lady, pis j’faisais tout en mon possible pour sauver les meubles. Sans farce, c’est à peine si j’ai pas fait du porte-à-porte pour restaurer l’honneur de celle que je voyais comme une future Diane Dufresne

Ça a aussi donné naissance à toute sorte de théories du complot, dont une des plus importantes conspirations de 2009 : il ne s’agissait pas de la vraie Lady Gaga, mais d’une personne mystère qui avait pris sa place lors du tournage.

Comment expliquer cette hystérie collective ?

Et bien, comme le dit le proverbe, on a peur de ce qu’on ne connait pas.

Avec sa calotte de gendarme qui lui dissimulait les yeux, Lady Gaga était devenue un objet dépersonnalisé sur lequel le Québec d’alors pouvait projeter ses craintes et ses insécurités. 

Chaque foyer avait sa petite hypothèse qu’on se chuchotait une fois les rideaux tirés et les enfants couchés : elle était une droguée venue pervertir les mœurs de la Belle Province, une « travestie », un sosie, Véronic Dicaire, une Lavalloise :

Une chose était sûre : l’internet était à feu et à sang. Sur Facebook naquit le groupe Lady Gaga stait une vrai joke à Star Academie 2009 (sic), où tout le monde ventilait sa rage à coups de jeux de mots : 

En parcourant les centaines de commentaires, le consensus général semblait être ceci : 

La popularité du groupe Facebook Lady Gaga stait une vrai joke… était telle que ça a rapidement viré en pot-pourri de la prise de parole. Des hommes d’affaires en ont profité pour plonger dans ce capharnaüm et promouvoir leurs produits :

Détail intéressant : certaines publications haineuses qu’on retrouve sur le groupe font écho à un autre bouc émissaire célèbre de notre folklore : la Corriveau.

Prenons le message ci-dessous, qui évoque directement les sévices jadis réservés à cette figure historique :

Au-delà de Facebook, la prestation de la Lady faisait jaser les Québécois dans les recoins plus reculés de la toile, dont le forum Club Civic Québec :

Sur le forum Le domaine bleu : Le Québec branché!, on cherchait une explication plus rationnelle pour expliquer cette mystérieuse performance :

En effet, une rapide recherche Google nous confirme que Lady Gaga était bel et bien au défunt Moomba à la veille de sa performance. (Aujourd’hui, l’endroit est devenu le restaurant asiatique Miss Wong : il est désormais possible de manger des rouleaux de printemps à l’intérieur des murs qui ont vu Stefani souffler ses vingt-trois bougies.)

Pour plusieurs investigateurs, donc, l’énigmatique chanteuse aurait été contrainte de prendre congé à la suite d’une soirée de mœurs légères au Centropolis :

D’autres étaient convaincus qu’il s’agissait réellement de la jeune « mère monstre. » Selon eux, la casquette de gendarme servait à camoufler l’état de l’abjecte fêtarde :

On lui en voulait aussi d’avoir soi-disant « ignoré » Carolanne, l’académicienne qui l’accompagnait sur scène ce soir-là.

Aux yeux de mon amie Renée Drainville et de plusieurs Québécois, Lady Gaga était devenue Celle-qui-a-ignoré-Carolanne. Ç’a été la cerise sur le sundae de la haine.

J’ai tenté de rejoindre Carolanne pour une entrevue, sans succès. C’est à mon tour d’être ignorée.

LE PASSÉ EST CONDAMNÉ À SE RÉPÉTER

Les yeux sont le miroir de l’âme : en masquant son visage, Lady Gaga avait ouvert la valve à un torrent de spéculations saugrenues; elle était devenue un véritable os de poulet jammé dans la gorge de la collectivité. 

Partout à travers le monde, on ne semblait pas douter de l’authenticité de la Gaga qui se présentait sur les plateaux de télévision. Au Québec, pourtant, on a choisi de douter, de se méfier. Comment ça, donc?

On s’entend que l’eau a coulé sous les ponts. Les auditrices de Rouge FM qui lui ont jadis souhaité l’internement sont désormais les premières à crinquer le son en entendant les premiers accords de Shallow. Ce passage à Star Académie ne cadre plus avec l’opinion collective au sujet de la chanteuse : on l’a donc balayé en t’sour du lit, kické en t’sour du frigo, bref, effacé de notre mémoire.

Quant à savoir si c’était un sosie ou non, et bien, je n’ai jamais douté. J’ai juste à écouter ses réponses aux questions de Julie Snyder pour reconnaitre le grain de voix de celle qui, une décennie plus tard, gagnerait un Oscar.

Cela dit, le Québec d’aujourd’hui semble toujours aussi partagé sur la question, comme le démontre ce sondage réalisé sur mon Instagram.

Voyez comment les résultats reflètent directement un autre évènement de notre Histoire qui a divisé la nation… 

Je me souviens. 

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