2010 en musique : Ke $ha, David Usher x Marie-Mai et… William Deslauriers

Certaines chansons résistent mieux à l'épreuve du temps que d'autres #nostalgie

C’était quoi, la musique, dans les années 2010? Quand on pense à d’autres décennies, on a tout de suite des idées en tête. Les années 70, c’était le disco. Les années 80, c’était le new wave. Pour les années 90, c’était l’heure de gloire des boys bands et du girl power en pop. C’est un portrait grossier de la situation de chaque époque: d’autres courants sont apparus au travers évidemment. Mais les gros hits ont tendance à teinter comment on revoit ces années.

Avant de répondre à la question pour les années 2010, il vaut la peine de se rappeler exactement ce qui se trouvait sur les palmarès. Ici, on commence avec l’année 2010. Une année lointaine où Musique Plus était encore un peu pertinent, où les radios dictaient les goûts musicaux, où on commençait à pouvoir écouter des chansons en HD sur YouTube et où LimeWire est enfin mort de sa belle mort.

Le hit de l’année

Selon le magazine Billboard, la plus grosse chanson de l’année 2010 était Tik Tok. Dans les faits, la chanson est sortie à la fin de 2009, mais est devenue le premier #1 de la nouvelle décennie. Ke$ha, comme elle l’écrivait à l’époque, s’est révélée comme une super vedette du jour au lendemain. Tik Tok était partout, mais la jeune chanteuse ne faisait pas l’unanimité. On l’imaginait sans talent, idiote et probablement incapable d’écrire ses propres chansons. Bref, le genre de réactions qu’on n’aurait jamais pour un homme qui parle de débauche dans ses chansons.

Sa carrière prendra de nombreux détours par la suite: on comprendra entre autres le revers des rapports toxiques qui l’enchaînaient à son producteur Dr. Luke. On ignorait alors ses racines country, sa voix camouflée sous l’autotune, sa mère qui avait écrit pour Dolly Parton. Ke$ha sera enfin vue comme crédible avec la sortie de son album Rainbow en 2017. Mais d’ici là, Tik Tok était la chanson à faire jouer en soirée.

Autres chansons de marque

2010, c’est l’année où Katy Perry a vraiment explosé. Son album Teenage Dream est arrivé dans les HMV (rip) à la fin de l’été et trois chansons atteindront le numéro avant la fin de l’année. Du lot, la chanson titre demeure la plus intéressante et celle qui a le mieux vieilli. L’année suivante, le total de pôles position grimpera à 5, un record qu’elle partage avec Michael Jackson pour un seul album. Ironiquement, les destins de Ke$ha et Katy Perry s’étaient déjà croisés auparavant. La jeune blonde faisait partie des figurantes du clip I Kissed a Girl, premier succès de Perry.

En plus de Katy Perry, 2010 est la seule année où Taïo Cruz et Far East Movement ont été pertinents. On découvre Bruno Mars et on commence à se tanner des Black Eyed Peas, qui n’atteindront plus jamais le numéro un par la suite. C’est le moment où Eminem est revenu sur la carte avec Not Afraid et Love the Way You Lie avec Rihanna. Riri a eu trois autres gros hits cette année-là. D’abord avec Rude Boy à l’été. Ensuite, avec ses cheveux nouvellement rouges, elle sort le bijou pop Only Girl (In the World) et collabore avec un jeune Drake pour What’s My Name. Ça joue à plein dans les premiers bars que je fréquente. D’ailleurs, truc de pro pour le staff: si quelqu’un te commande des shots de Sour Puss, demande-lui ses cartes avant. C’est genre 50% sûr que cette personne-là est mineure.

Au Québec

Ça danse pas mal moins au Québec, où la chanson populaire de l’année à l’ADISQ est… Cache-Cache de Maxime Landry. Je la réécoute en ce moment et ça me dit de quoi, mais sans plus. Son disque Vox-pop est également nommé meilleur vendeur au même gala. Je pense pas faire partie du public cible de cet album.

Sinon, j’ai découvert il y a quelques mois que la BAnQ, pour Bibliothèque et Archives nationales du Québec, possède des archives sur les plus gros succès radiophoniques de chaque semaine au Québec. Un bel outil pour la belle geek de palmarès que je suis. Il faut croire que je me tenais loin de la radio à l’époque: un autre académicien, William Deslauriers, aurait eu la chanson la plus jouée pendant 20 semaines consécutives. J’ai aucune idée comment elle sonne, Recommencer tout à zéro. Son autre chanson Je lève mon verre a été au sommet juste une semaine, mais elle me revient beaucoup plus facilement. Je me souviens par contre de David Usher et Marie-Mai qui collaborent pour Je Repars et Alfa Rococco qui roule à plein avec Pour chasser le malheur.

Personnellement, j’ai été plus marquée par Radio Radio et son Dekshoo, qui passait constamment à Musique Plus. Ça, et le moment où Coeur de Pirate a dit à l’ADISQ que « Radio Radio aurait dû gagner le Félix » pour l’album hip-hop de l’année, devant Manu Militari

Les succès critiques

C’est l’année de la rédemption pour Kanye West. Son album My Beautiful Dark Twisted Fantasy est l’album le plus acclamé de l’année par les critiques, avec une certaine longueur d’avance sur nos amis montréalais Arcade Fire. TimeBillboardPitchfork et Spin, entre autres, considèrent le 5e album de Ye comme le meilleur de 2010. Tout ça, un an après être devenu le plus grand vilain de la pop en interrompant le discours de victoire de Taylor Swift avec son « Imma let you finish ». Sa pièce Runaway est aussi le choix de plusieurs pour le titre de chanson de l’année. Sur cet opus, Kanye se réinvente avec un rap luxueux, riche, orchestré et ambitieux à souhait. Il fait dans la grandeur, avec des influences musicales qui transcendent le rap.

Au Québec, c’est Karkwa qui fait belle figure avec Les Chemins de verre. À ce jour, aucun autre album francophone n’a mérité le prestigieux Prix Polaris. Celui-ci est remis chaque année depuis 2006 par un panel d’experts à l’album canadien de l’année. Les chemins de verre mérite sa place aux côtés des plus grands albums de l’histoire du Québec. Le groupe Alaclair Ensemble commence lui aussi son ascension en 2010 avec 4,99, lentement mais sûrement.

De mon côté, c’est la pièce Dancing On My Own de la suédoise Robyn qui retient mon attention. Il s’agit probablement de la meilleure chanson pop de la décennie au complet. Oui, oui, à ce point-là. Sur la pièce, Robyn essaie de combattre ses émotions en donnant tout ce qu’elle peut sur le dancefloor, même si l’objet de son amour est trop occupée avec cette autre fille pour la remarquer. C’est à la fois mélancolique et franchement libérateur comme moment. Bref, le genre de chanson qui rate les hautes marches des palmarès éphémères mais qui parvient à percer les années et rester pertinente une fois la poussière redescendue.

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