2016 en musique : Alaclair Ensemble, Rihanna et… le rock qui meurt (littéralement)

Les sœurs Knowles et les frères de Rae Sremmurd sont en forme en 2016

Pour célébrer la fin de la décennie, URBANIA Musique jette un coup d’œil sur les artistes qui ont marqué chacune de ses années. Dans cet article, il sera question de 2016, une année à la fois remplie de classiques, mais aussi de tragédies.

Au début de 2016, David Bowie fait paraître l’excellent Blackstar le jour de son 69e anniversaire. Puis coup de théâtre : deux jours plus tard, Bowie s’éteint d’un cancer. La légende britannique avait gardé secrète sa maladie jusqu’à la toute fin. En octobre, c’est au tour de Leonard Cohen d’annoncer son départ. You Want It Darker sort alors que le poète montréalais voyait la faucheuse s’approcher. Il s’éteint trois semaines plus tard. La même semaine, le groupe rap culte A Tribe Called Quest lance un sixième album, leur premier en près de 20 ans. Phife Dawg, membre fondateur, décède de complications liées au diabète durant la production de l’album. Si on y rajoute les départs de Prince, Sharon JonesGeorge Michael et de tout espoir en l’humanité après la victoire de Donald Trump aux élections, 2016, c’était rough sur un moyen temps.

Le hit de l’année

L’ascension des Chainsmokers n’a pas grand-chose d’habituel. Le groupe s’est d’abord fait connaître avec #Selfie, une chanson à numéro absolument inécoutable, créée en laboratoire pour essayer de devenir virale. Puis, éventuellement, les deux DJs se sont dit qu’ils pourraient essayer de faire de la musique que les gens aimeraient plus que deux secondes. Après quelques succès respectables, ils atteignent la formule parfaite en copiant juste un peu une chanson de The Fray pour créer Closer.

La pièce va passer douze semaines consécutives au numéro 1 durant l’automne. Elle passera aussi 26 semaines dans le top 5, un record à l’époque. Elle aidera également à catapulter la carrière de la jeune chanteuse Halsey, qui se retrouve sur la pièce. 

Autres succès

Après avoir fait patienter les amateurs de pop, Rihanna fait enfin paraître un nouvel album nommé Anti au début de l’année. Avec des succès comme Needed Me, Kiss It Better et Love on the Brain, l’album est une réussite totale, tant sur les plans commercial que critique. C’est toutefois Work, duo dancehall avec Drake, qui a le plus gros impact. La chanson passe neuf semaines en première place. Plus tard dans l’année, Drake obtient son premier numéro un comme artiste principal avec One Dance.

Parmi les autres succès, Justin Bieber réussit un retour dans les bonnes grâces du public après des années de controverse inutile. Coup sur coup, les chansons Sorry et Love Yourself font un malheur. À l’été, Sia devient la première femme quarantenaire à atteindre le sommet du Billboard depuis Madonna, seize ans plus tôt. Elle réussit l’exploit grâce à Cheap Thrills, qui met aussi en vedette le quarantenaire Sean Paul.

Enfin, à la fin de l’année, le Mannequin Challenge aide à faire grimper la chanson Black Beatles dans les décomptes. Le phénomène viral atteint son apogée lorsque Paul McCartney lui-même décide de se prêter au jeu. Pour les frères de Rae Sremmurd, c’est la consécration. Et c’est tant mieux : Black Beatles, c’est toute une chanson.

Au Québec

En 2016, les jeunes découvrent de moins en moins de musique via la radio commerciale. Au même moment, à l’automne, la chaîne MusiMax disparait, alors que Buzz devient vraisemblablement la seule émission qui joue à MusiquePlus. C’est peut-être pourquoi, pour certains mélomanes de ma génération, la chanson Ton départ de Marc Dupré ne sonne aucune cloche. Elle est pourtant nommée chanson populaire de l’année à l’ADISQ. Ceux qui sont habitués des karaokés sont beaucoup plus familiers avec Marine Marchande des Cowboys Fringants. J’ai travaillé dans un bar de la sorte pendant huit mois et j’ai absolument atteint mon quota du nombre de fois où je peux l’entendre sans devenir folle.

Ça ne veut pas dire que les milléniaux n’écoutent pas de musique d’ici. Après des années dans l’underground, le rap québécois commence enfin à percer le mainstream en 2016. D’abord, Dead Obies fait paraître Gesamtkunstwerk, un album plus facile à écouter qu’à prononcer. Le groupe est d’ailleurs invité à l’émission Tout le monde en parle en marge de sa sortie, où il défend l’utilisation du franglais. Puis, à l’automne, Alaclair Ensemble fait une percée importante avec Les Frères Cueilleurs. À la fin de l’année, leur chanson Ça Que C’tait devient un énorme hit, radios ou pas.

Succès critiques

2016, c’est peut-être la meilleure année de la décennie côté sorties d’albums. En plus de David Bowie et Leonard Cohen, deux sœurs font un tabac cette année. D’abord, il y a Beyoncé qui réalise un tour de force avec Lemonade. Sa chanson Formation en particulier, cri de ralliement féministe et afro-américain, est la chanson qui obtiendra le plus grand succès critique de tout 2016. Désormais, Queen Bey n’est plus à la course aux hits radio, elle se concentre pour donner le meilleur album possible. Sauf qu’elle se fait chauffer les fesses par Solange. Sa sœur cadette sort enfin de son ombre avec A Seat at the Table. L’album mélange une variété de styles tout en explorant ce que c’est d’être noire aux États-Unis en 2016.

Le coup de maître revient toutefois à Frank Ocean. Le 19 août, il fait paraître l’album vidéo Endless, qui le libère de son contrat avec l’étiquette Def Jam. Le lendemain, il sort lui-même, de façon complètement indépendante, Blonde. C’est cet album qui retiendra toute la conversation. R&B, rock, expérimental, soul, psychédélique… Frank Ocean offre une collection de chansons fortement intimes, libérées de toutes préconceptions et inhibitions.

Au Québec, on attendait avec impatience le nouvel album de Klô Pelgag. Et voilà qu’à l’automne, l’autrice-compositrice-interprète la plus créative de sa génération débarque avec L’étoile thoracique. Avec une poésie dadaïste et des arrangements riches et complexes, ce deuxième opus défie toutes les étiquettes de genre musical. On est aussi très fier de notre Kaytranada. Né à Haïti, le DJ montréalais fait paraître 99.9%, un premier album qui présente son mélange unique de musique électronique et de hip-hop au reste de la planète.

Enfin, 2016 est l’année où la chanteuse et guitariste Mitski apparaît sur les radars des mélomanes avec l’album Puberty 2. Elle y présente un indie rock franc, qui regarde droit dans les yeux sans cligner. Sincère et personnel, le disque laisse beaucoup de place aux angoisses de l’artiste. De toutes les pièces de l’album, c’est Your Best American Girl qui retient mon attention. À ce jour, j’attends encore le refrain qui saura me frapper au visage avec la même intensité que celui-ci.

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