J’écoute des disques : Neil Diamond – 20 Golden Greats

Les classiques de Noël sont différents dans chaque famille.

Neil Diamond

20 Golden Greats

MCA, 1978

Ça se passait l’autre dimanche, la semaine avant Noël. La veille, j’étais allé chercher le sapin. Rien de trop glorieux, juste un arbre que je pourrais regarder dans les yeux. Le matin, je me suis mis en mode temps des Fêtes un peu forcé, mais quand même de bon cœur. On jetait les bases du premier Noël de notre bébé, dans notre petite maison au feu de bois. J’étais fin prêt à avoir les larmes aux yeux pour un rien. J’ai sorti les disques de cantiques de leur cachette pour me rappeler, comme à chaque année, que c’est pas la catégorie la mieux garnie de la collection. Y a Bing Crosby, Mahalia Jackson, Elvis, d’accord. Pour le reste, c’est des varia, de la curiosité, et je me sens passer l’âge de vivre ma musique de Noël en mode ironique. Il faut aussi rappeler que j’ai travaillé douze ans dans le public et que la période de l’année qui nous intéresse — à des lieues de l’allégresse — représentait surtout des journées de dix heures, des clients en détresse, une liste de cadeaux su’a fesse, tout ça baigné d’une playlist qui nous gave d’émotion de force. On était pas dupes : il ne faut jamais oublier qu’un disque de Noël, pour qu’il sorte dans les temps, se doit d’être enregistré au plus tard à la fin de l’été. Imaginons alors notre chanteuse sur le retour en quête de nouveau souffle, dans les studios, à se lyrer le Glory Alleluuuuiiiiaaa en gougounes et qui a juste hâte de sauter dans la piscine, ça remet en perspective et soudain, on n’y croit plus du tout. On devient brisé de Noël.

La musique de Noël, c’est comme la vaisselle : y’en existe assez, on pourrait arrêter d’en faire pendant un bout. Quand t’es rendu avec des assiettes carrées, tu cherches trop fort à te réinventer.

La musique de Noël, c’est comme la vaisselle : y’en existe assez

Retour au dimanche matin, donc. J’ai attaqué la table tournante sitôt le premier café coulé, avec un album que je n’avais jamais osé mettre encore, le Calypso Christmas, du Esso Trinidad Steelband. On a ri un peu, puis on en est vite venus au fait que le steeldrum, ça gosse d’entrée de jeu. Alors si on y rajoute un Jingle Bells en plus, pas grand chances de se rendre à la face B.

Ce que je croyais devenir un moment d’émotions en a surtout été un de gestion, en fait. La petite, elle sait pas encore c’est quoi Noël, un sapin, les cadeaux, le petit Jésus. Elle voit des lumières et plein de petits objets causant potentiellement la mort et on s’imagine déjà réanimer un bébé sur fond de Gloria in Excelsis joué par une vingtaine de tambours en métal. C’est là que ma femme se lève et dit : « Okay ! Là là, ça prend de quoi qui bouge, faut chanter, faut danser, mets-moi… mets-moi… »

Je sais ce qui s’en vient, j’ai déjà la main sur le disque.

« … mets-moi donc NEIL DIAMOND ! »

Ce clan-là ne déconne pas avec Neil Diamond.

Je ne me rappelle pas avoir, de ma vie adulte, mis délibérément un disque de Neil Diamond. En fait, Neil Diamond, je crois, n’existe pas en demi-mesure ; il sera profondément célébré, ou complètement ignoré. Et cet amour pour Neil Diamond, lui, n’arrive pas de nulle part, il se doit d’être inculqué. Ma femme, elle, a grandi avec des tantes qui chantent Sweeeeet Caaaaaroliiiiine à gorge déployée, les bras dans les airs, les larmes aux yeux, comme si cette chanson et ses semblables pouvaient à elles seules nourrir un esprit sur des décennies. Ce clan-là ne déconne pas avec Neil Diamond.

On était pas encore rendus au quart de l’imposante collection de golden succès, et à ce point-là, c’est comme si le sapin se montait tout seul. Neil Diamond, de son vibrato rassurant, qui purifie et glorifie chacune des particules d’air qui nous entourent, et sa main toujours tendue viendra tantôt nous rassurer, tantôt nous relever pour continuer. Neil Diamond en soi est bien plus magique que les cantiques remâchés, les marchés de Noël et les chandails de laine à motifs de flocons. Neil Diamond, à la différence du père Noël et du petit Jésus, il existe pour vrai et surtout, on peut compter sur lui à l’année. Magique, et concret.

Maintenant, je sais bien qu’il existe un album à la fois de Neil Diamond et de Noël. J’en ai entendu des bribes, chez une des tantes. C’est gros. Immense, pour tout dire. La petite est encore trop jeune pour absorber autant de gloire, mais je sais que le temps viendra, et j’irai prendre une marche pour l’occasion. C’est sacré, les traditions.

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