J’écoute des disques : Acetone – 1992-2001

« Chaque mélomane qui se respecte a au moins une histoire de bac à un dollar ».

Acetone

1992-2001

Light in the Attic, 2017

Je veux pas me vanter, mais mes découvertes favorites restent encore celles que j’ai faites par moi-même. Je veux dire, y a de quoi s’auto-taper dans le dos à tomber, par hasard, d’accord, mais surtout par instinct, sur un disque, un artiste qui te reste dans le temps et s’accommode aux différentes versions de ta personne à travers les époques.

Chaque mélomane qui se respecte a au moins une histoire de bac à un dollar

J’ai découvert Acetone dans un bac de CD à 1 $, dans un magasin où j’étais employé, de la fin des années 90 jusqu’à au moins dix ans plus tard. Habituellement, les trucs qui se ramassaient en liquidation, on les avait vus faire racine sur les tablettes à priori. Mais là, c’était un lot qui devait nous arriver d’une partie secrète des confins du back-store. Jamais vu ces disques-là nulle part, ça devait donc dater d’avant moi, c’est dire. L’affichette annonçant le prix ridicule transpirait le désespoir ; elle sous-entendait Aubaines à ne pas rater ! au même titre qu’Acheteurs sérieux s’abstenir. Les bacs du genre nécessitent un certain don de soi, on doit le dire ; il faut avoir le temps pour ça, avoir la tête à ça. Mais voilà, chaque mélomane qui se respecte a au moins une histoire de bac à un dollar, celle-ci en est une des miennes.

Forcément, c’est la pochette qui m’a attrapé. L’album If You Only Knew montrait un plan-poitrine d’un gars assis, une clope à la main, le regard dirigé hors cadre, comme sur le point d’intervenir dans la conversation. On devine la corne de sa basse Rickenbacker au bas de l’image. Le graphisme sobre, les couleurs vives et l’allure du gars m’ont vite convaincu. Je dis ça, mais je me rappelle avoir hésité. Pour une piasse, come on.

Ce gars sur l’image, j’ignorais encore qu’il s’appelait Richie Lee. J’ai du mal à bien placer l’événement dans le temps, mais nous étions certainement au tournant du millénaire. Si Richie Lee ne s’était pas encore enlevé la vie, il était sur le point de le faire. Ça aussi, je l’ignorais.

Y a de ces artistes qu’on découvre et qui nous donnent envie de consommer en bloc la totalité de leur production. À l’inverse, parfois, l’effet produit par une œuvre est si fort qu’on préfère en rester là, à cultiver la part de rêve ; un statu quo pour conserver la pureté de la relation. If You Only Knew, paru en 1996, est le deuxième des quatre albums du groupe, et il m’a contenté pendant près de vingt ans. En fait, j’aurais pu me limiter à la pièce titre, qui ouvre le bal. Je n’ai jamais vraiment eu besoin de plus que cette chanson pour considérer Acetone comme un groupe phare de ma personnalité musicale. En fait, je pourrais ramener ça à l’effet produit à la première écoute et à la paix engendrée par la suite. Pas que ça se gâtait passé la track 1, mais j’y revenais sans arrêt.

De nombreuses années, quasiment une vie plus tard, le label Light in the Attic a fait paraître cette compilation des meilleurs moments du groupe, agrémentés de quelques démos, enregistrés dans cette chambre de maison d’une banlieue de Los Angeles, comme l’annonce le titre, entre 1992 et 2001. La totalité des quatre faces me fait l’effet d’une suite logique à If You Only Knew, pas de vieux hits ni même de moments forts. Pour tout dire, ma chanson fétiche ne s’y trouve même pas. N’empêche, la compilation présente le meilleur de l’effet produit par la musique de Acetone. Un effet qui s’apparente à une photo froissée qui révèle un souvenir oublié.

À marcher en pleine rue, seul et invincible et saoul alors que le soleil se lève.

À une bière fraîche qu’on t’offre, immobilisé dans un bouchon de circulation d’une métropole en canicule.

C’est le rayon de soleil qui s’infiltre entre deux bâtiments pour donner à une façade sans intérêt son moment de gloire. Le genre de truc qu’il faut vivre pour en saisir la beauté. À juste en parler, on passe complètement à côté.

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