5 choses auxquelles on a pensé en découvrant le nouvel album de Suuns

Après une dizaine d’années d’existence et trois albums acclamés mondialement, le quatuor de Montréal s’est de nouveau enfermé quelques mois au mythique Breakglass Studio pour enregistrer Felt. 

Impressions après une première écoute:

1. Il y a plus de chaleur sur Felt que dans tout ce qu’a produit Suuns jusqu’ici. C’est assurément leur disque le moins dark. Et le moins clinique (sans mauvais jeu de mot).

2. Après les deux albums pointus ayant suivis Zeros QC (Images du futur en 2013, et surtout le Hold/Still de 2016), où le groupe poussait l’exploration d’un minimalisme de textures et de tensions au point d’en devenir parfois suffocant, Felt troque l’oppression et l’angoisse pour un sentiment d’exploration, de découvertes d’univers sonores. Ça s’inscrit dans la logique du travail de Suuns, mais on sent que la matière est différente. Le tout donne quelque chose qui ferait un sale soundtrack de film de science-fiction surréaliste.

3. Le groupe prend de nouvelles directions : la pièce qui ouvre l’album, Look no further, est d’un funky hypnotique. Quelque chose comme du Gorillaz lo-fi, ou du vieux Beck sur la grosse drogue. Le chant de Ben Shemie prend de l’assurance et une place plus centrale; Make it real, par exemple, est véritablement une « chanson ». Le premier extrait, Watch you, Watch me pulse comme du krautrock en accéléré. Par moments on pense même aux grandes années de Trent Reznor ou à certaines explorations de Radiohead à l’époque d’Amnesiac (Control).

4. C’est une véritable leçon de virtuosité dans la science du mix (chapeau bas à John Congleton, le réalisateur de St Vincent, Angel Olsen et bien d’autres, que le band s’est fait expédier de Dallas pour l’occasion) et des textures sonores. L’écho, le flanger, le vocoder sur la voix de Shemie qui gonfle et explose juste au bon moment : très loin d’être une musique de fond de bar acceptable, ça exige une vraie écoute immersive en stéréo pour être exploré et apprécié à sa juste valeur.

5. Felt est certainement l’album le plus accessible du groupe à ce jour, mais c’est essentiellement grâce à la maitrise des explorations précédentes, pas parce qu’il renie ses ambitions. Comme si la bande avait digéré autant ses influences que ses tendances les plus weird pour créer quelque chose d’habitable, d’enveloppant. Ou comme si un control freak génial se laissait aller à respirer un peu plus librement.

Très, très hâte de voir comment tout ça va exploser sur une scène!

Album à écouter/commander ici.

Lancement le 9 mars au National!

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