Camille Lortie

5 questions, 5 chansons avec Kirouac & Kodakludo

Comment composer un album inspiré d'Amos Daragon ?

À la suite du surprenant succès de leur premier EP Wesh paru en juin dernier, Kirouac & Kodakludo ont su rester très actifs sur la scène rap montréalaise. Respectivement prénommés Paul (chant) et Ludovic (beatmaking), les deux étudiants lançaient en octobre dernier le vidéoclip de Bixi, tournant ainsi la page sur leur dernier projet.

Quelques mois plus tard, les rappeurs du Mile-End sont de retour avec Amos, leur deuxième opus qui paraîtra le 1er février. Beaucoup plus complexe que le précédent, l’album conceptuel permet à cinq chansons hétéroclites de coexister grâce à la thématique des cinq éléments.

5 questions

Sept mois après Wesh, quels ont été les retours du public? Vous attendiez-vous à cette réception?

Le feedback est incroyable, les gens chantent toutes nos tounes… what the fuck! On s’attendait tellement pas à ça, encore moins que tout se passe si vite. En l’espace d’un an, on est passés de gars qui font de la musique cool pour le fun, à deux gars de qui on parle. Tout a changé. Maintenant il y a une certaine pression, des attentes. Y a une place qui s’est faite pour nous. C’est le fun, mais là faut donner le meilleur de nous parce qu’on est attendus. C’est fou, le cercle grossit, le nombre d’amis qui nous écrivent pour nous dire que leurs amis écoutent notre beat! On rejoint du monde. C’est malade, mais ce qui arrive, c’est qu’on ne peut plus juste faire de la musique pour nos amis, on fait aussi de la musique pour notre public.

Chaque chanson de votre deuxième EP a un featuring. Comment avez-vous réussi à vous implanter dans la scène rap montréalaise ?

Depuis Wesh, on est rendus à un point où, non seulement on a envie de collaborer, mais on a maintenant les ressources pour le faire. Ensemble, on a beaucoup d’amis, beaucoup de contacts, on est complémentaires. Personnellement (Paul), j’ai pleins d’amis dans le cercle de La Fourmilière pi Ludo s’est fait beaucoup de contacts parmi les beatmakers surtout dans le champ gauche du rap. Les featuring, c’est pas pour la visibilité c’est pas stratégique, c’est parce qu’à chaque toune on se disait : « Ah ce serait fou qu’il y ait telle ou telle personne avec nous! » Au final, on va toujours travailler avec des gens qu’on aime et qu’on apprécie. Le résultat, c’est juste du fun, surtout sur scène. Pour ce qui est de la production, quand tu débutes dans le métier t’as l’obligation de fournir si tu veux que ça start. Notre école de rap, c’est ça, c’est être productif, être actif. Dès la fin de cet été, on se disait « Yo, ça va être quoi notre prochain move ? »

Amos, mais pourquoi Amos Daragon comme inspiration musicale ?

Kid, j’étais [Paul] le plus grand fan d’Amos Daragon; j’les avais tous lus, j’allais même voir Bryan pour qu’il me les signe, je voulais aller au sanctuaire des braves. Depuis longtemps j’ai l’idée de faire un album de 12 tounes, chacune pour les 12 tomes. Le monde du fantastique en général est tellement riche musicalement. Pis j’me rappelle, quand j’écoutais les nouvelles prods de Ludo, c’est comme si je ressentais vraiment quelque chose de weird, je percevais une notion, une genre de présence élémentaire dans chaque morceau, surtout Air, ça flottait tsé… Bon j’étais peut-être un peu high…

Au moment même où j’en ai parlé à Ludo, ça faisait deux semaines qu’il bingewatchait Avatar : The Last Airbender, donc les deux on a pris ça comme un signe de la vie.

Comment deux étudiants universitaires en cinéma qui produisent une musique aux inspirations littéraires associent le 4e, le 5e et le 7e art ?

On s’inspire de tellement de médiums. On est deux grosses éponges, on écoute la télé, on écoute du cinéma, on lit, on joue aux jeux vidéo, on consomme beaucoup, beaucoup, beaucoup de contenus. Notre inspiration n’est jamais juste musicale. La musique, surtout sur un projet comme Amos, c’est très imagée. En t’inspirant d’un univers riche, tu peux recréer des images à travers le son. C’est une relation qui est naturelle dans un certain sens. Nous deux, on a la conscience de faire ça, parce qu’on a respectivement acquis une mentalité extramusicale. C’est involontaire, mais c’est certain que nos projets vont toujours transposer ça, le résultat est très sensoriel.

Le EP sort le 1er février, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite des choses ?

On va avoir beaucoup de gros spectacles, on nous souhaite surtout de ne pas oublier nos paroles pis de pas attraper de pneumonies! Non plus sérieusement, on veut juste avoir du gros fun, on veut pas se faire d’attentes. C’est ce qui nous fait un peu peur, pour la première fois, les gens nous attendent. Surtout que Wesh pi Amos c’est tellement différent. Wesh c’était cool c’était simple, mais Amos c’est genre un gros film indépendant. Au show de prélancement, le monde chantait déjà Air ça nous a juste confirmé que même si on sort quelque chose de complètement différent, qui risque de peut-être en brusquer quelques-uns, y en a quand même beaucoup qui vont vraiment embarquer dans notre trip.

5 chansons

Dans la foulée de cet album hommage aux éléments d’Amos Daragon, le collectif nous présente quelle chanson symbolise le mieux chacun de ceux-ci.

L’air

XXXTentation — Moonlight

C’est tellement le genre de prod qui te fait juste flotter, en plus sa voix est si légère, c’est super délicat.

Le feu

Roméo Elvis — Pogo

Y a aucun vidéoclip de rap qui donne autant le goût de faire de la scène que Pogo, c’est littéralement l’énergie de foule de rêve! Je pensais justement à cette toune en écrivant le hook de Feu.

L’eau

Tom Misch — It Runs Trough Me

Pour bien entendre l’eau, il faut plus imaginer un corps qui danse qu’une vague qui s’écrase sur la plage. Tsé c’est ça la musique qui te fait faire des vagues avec tout ton corps.

La terre

Rowjay — Saint-Léonard

Cette toune-là c’est très militaire, le genre de beat qui te fait squat donc tu te rapproches du sol tsé…

L’éther

GoldLink — Rough Soul

C’est un beat de fin de chemin, d’accomplissement, quand tu goûtes l’éther t’as juste envie de célébrer.

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