50 ans de Tommy : Les meilleurs opéras rock

Beaucoup de rock, beaucoup d'ambition, mais pas beaucoup d'histoires faciles à suivre

Il y a cinquante ans ce mois-ci, The Who faisait paraître Tommy, leur quatrième album. Le groupe compte plusieurs classiques avant et après ce disque, mais Tommy sort du lot. C’est que le projet est devenu le premier exemple d’opéra rock à obtenir un grand succès populaire. L’album double s’est hissé dans le top 10 des meilleurs vendeurs au Canada, aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni, alouette.

Mais qu’est-ce qu’un opéra rock? N’en déplaise à Étienne Cousineau, ce n’est pas aussi simple que de lancer un chanteur d’opéra dans une reprise de Bring Me to Life d’Evanescence. Au contraire, un opéra rock, ça se vit surtout à travers un album concept. On y glisse des personnages qui vivent des péripéties au fil des chansons.

C’est un projet qui est souvent ambitieux, et c’est facile de se casser la gueule. Même Tommy, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon qui devient sourd et aveugle et qui retrouve graduellement ses sens, n’a jamais fait l’unanimité. Il a toutefois ouvert la porte à d’autres opéras rock cultes. En voici cinq à découvrir.

Genesis – The Lamb Lies Down on Broadway

Pour faire un bon opéra rock, ça prend d’abord et avant tout de bonnes chansons. On recherche aussi une belle théâtralité, tant dans les paroles que dans la musique. Aucun problème donc pour Genesis : toutes ces qualités étaient déjà dans leur ADN, surtout lorsque Peter Gabriel faisait encore partie du groupe.

Heureusement pour eux, la cohérence de l’histoire est un critère qui arrive bien bas dans la liste de priorités d’un opéra. C’est que Gabriel était peut-être un peu trop inspiré par son histoire confuse d’un Porto Ricain à New York. Si bien que le groupe a dû retourner enregistrer plus de musique pour pouvoir faire entrer tous les mots écrits par le chanteur.  On ne comprend pas tout ce qui se passe, mais ça reste un album solide. Tellement solide qu’Hugo Bastien, chargé de contenu chez URBANIA Musique, m’a implorée de l’inclure dans la liste.

Pink Floyd – The Wall

Ce n’est pas compliqué : The Wall est l’un des albums les plus vendus de tous les temps. N’importe qui ayant déjà syntonisé une station rock plus d’une heure a déjà entendu au moins un extrait ou deux de l’album. Comfortably Numb finit toujours près du sommet lorsque CHOM fait son décompte annuel des meilleures chansons de tous les temps. La pièce est si enracinée dans notre univers collectif que le premier réflexe de mon ami a été de m’amener dans son char pour l’écouter après avoir fumé du pot pour la première fois. C’était juste pour avoir un bon système de son : on est restés stationnés dans l’entrée, promis.

Oui, beaucoup de stoners, jeunes et moins jeunes, ont vécu de drôles de choses sur cet album. Mais The Wall et ses 81 minutes ont beaucoup plus de sens lorsque l’on est en mesure de lui donner l’attention qu’is méritent. C’est un album si ambitieux que certains critiques de l’époque l’accusaient d’être prétentieux. Ici, le mur éponyme n’est pas fait de vraies briques. Il s’agit plutôt d’une métaphore pour la distance et l’isolement que s’impose tranquillement la rockstar Pink, héros du récit. L’album a notamment fait l’objet d’un film du même nom, mettant en vedette Bob Geldof, trois ans après sa sortie.

 

My Chemical Romance – The Black Parade

Difficile de savoir si The Black Parade est sorti au meilleur moment possible ou au pire. C’est qu’avec la vague emo pop de l’époque et le maquillage épais du chanteur, My Chemical Romance s’est rapidement fait embarquer dans le même wagon de groupes comme Fall Out Boy, Panic! At the Disco, AFI et autres Dashboard Confessional. Ce qui est un peu con : il suffit d’écouter cinq minutes de l’album pour se rendre compte que Gerard Way et compagnie sont beaucoup plus près de David Bowie et Queen que de Simple Plan. Mais comme plusieurs avaient une idée préconçue du groupe (c’est vrai que ça n’aide pas quand ton plus gros succès jusque-là s’appelle I’m Not Okay (I Promise)), l’album s’est fait regarder de haut à sa sortie.

C’est ce qui fait que, dans l’imaginaire collectif, The Black Parade n’est qu’une extravagance destinée aux adolescentes qui vivent mal leur secondaire. Et c’est bien dommage. Treize ans plus tard, l’album a beaucoup mieux vieilli que le travail de plusieurs des groupes nommés ci-haut. The Black Parade explore l’histoire d’un patient qui succombe du cancer dans les premières minutes de l’album : la mort vient le chercher à l’aide de la fameuse parade noire pour l’amener à réfléchir sur sa vie.

Le tout est brillamment orchestré, sans tomber dans l’excessif. Cela dit, je prends le premier extrait Welcome to the Black Parade avant Bohemian Rhapsody n’importe quand. Il est tant que le rock se réveille et réévalue cet album-là.

Fucked Up – David Comes to Life

Trois ans après avoir remporté le Prix Polaris pour le meilleur album canadien, Fucked Up est revenu à la charge en 2011 avec un projet encore plus ambitieux. Si le punk hardcore est reconnu pour sa simplicité et sa brièveté, David Comes to Life n’est qu’à une chanson près de ne pas pouvoir être contenu sur un seul CD.

L’album ramène le personnage de David Eliade qui était déjà présent dans l’univers du groupe, il est ici travailleur dans une usine d’ampoules et tombe amoureux de Veronica, activiste de gauche.

L’histoire prend ensuite de nombreux détours, incluant la mort de Veronica à mi-chemin et l’entrée en scène du narrateur Octavio qui se bat contre David pour contrôler le reste de l’histoire. À l’époque, ça m’en prenait beaucoup pour pleurer : la première fois que je me suis rendue à l’avant-dernière pièce One More Night, je suis devenue émotive sur un moyen temps. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à avoir été émue : le magazine SPIN avait placé David Comes to Life au sommet de sa liste des meilleurs albums de 2011.

Les Hôtesses d’Hilaire – Viens avec moi

Je voulais inclure au moins un album québécois dans la liste, mais mon oreille s’est plutôt tendue vers l’Acadie. Paru il y a tout juste un an, Viens avec moi est un projet ambitieux qui mélange les genres, tant musicaux qu’artistiques. La plupart des opéras rock ne sont qu’une succession de chansons : ici, le rock se mélange aux talents d’acteur, de conteur et de chanteur de Serge Bideau. On y entend du rock progressif, du bluegrass, du punk, du psychédélique, de la narration et du collage sonore.

Pendant 19 pièces, on suit l’histoire de deux chanteurs aux destins parallèles, qui vivront les hauts et les bas des milieux underground et jetset tour à tour. Le projet prend également vie sur scène : les Hôtesses présenteront leur opéra rock devant public entre autres au Club Soda le 15 juin dans le cadre des Francos de Montréal, le 20 juillet pendant le Festif de Baie St-Paul et dans plusieurs autres villes à l’automne.

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