François Ollivier

Beatfaiseur du mois : LiamLiamLiam

Le beatmaker élargit rapidement ses horizons, pour tranquillement glisser vers le rap.

Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatfaiseurs.es absolument incroyables. Ces forces tranquilles œuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseur » qui, chaque mois, vous fera découvrir un.e producteur.rice en plus de vous présenter une playlist de son cru.

Oeuvrant dans son coin depuis un bon moment déjà, LiamLiamLiam commence à faire parler de plus en plus de lui. Celui qui a commencé en solo à faire des beats devant son ordi s’est franchement émancipé avec le temps. Depuis, il ajoute des cordes à son arc. Collaborateur officiel du rappeur ST depuis un bon moment déjà, LiamLiamLiam élargit maintenant ses horizons, diversifiant les collaborations, en plus de s’essayer maintenant derrière le micro en tant que rappeur.

Ce mois-ci, il est de retour avec Satelitte, un projet qui fait suite à Summit lancé l’an dernier. Ensemble, nous avons discuté de son évolution, de ses ambitions dans le game, ainsi que de ses techniques de création.

L’école artbeat

Comment t’es-tu intéressé au beatmaking?

Ça a commencé pas mal dans les années 2007-2008, quand j’ai eu un regain d’intérêt pour le hip-hop. Avant ça, j’écoutais pas mal de tout au cégep, et j’ai toujours fait un peu de musique, sans trop me prendre au sérieux ou quoi que ce soit. J’ai fait plusieurs tentatives pour jouer de la guitare, partir des bands, sans jamais que ça décolle.

C’est une fois rendu avec un laptop que j’ai fini par être capable de pouvoir faire la musique que je voulais, sans avoir besoin de l’aide de personne.

Ce sont ces deux facteurs-là qui m’ont mené à faire du beatmaking. Un regain d’intérêt pour la musique, et l’arrivée des logiciels de création de musique dans ma vie.

Qui sont les beatmakers qui t’inspirent?

Je te mentirai pas qu’Alaclair, avec KenLo et Vlooper, ça a changé pas mal ma vision des choses. Quand j’ai découvert ça, j’étais fasciné par leur son très « Nintendo ». Le 8-bit mélangé avec le hip-hop et les soirées Artbeat, ça m’a inspiré.

Mais c’est vraiment en découvrant les beats de KenLo, que j’ai voulu faire du beat moi aussi. 

C’est drôle parce qu’après ça, toi aussi tu t’es joint à eux dans les soirées Artbeat. Comment tu trouvais ça, faire du beat avec tes modèles?

C’était fou. J’étais inspiré par ça. Je préparais mon premier beat tape à l’époque et quand je suis arrivé dans la scène du Artbeat, y a peu de gens qui me connaissaient. Tout le monde me demandait d’où je sortais.

Je pense que le premier qui y a cru c’est Musoni. C’est lui qui a commencé à dire à tout le monde « Yo checkez le beat à Liam ».

Finalement, j’ai fait deux événements avec la gang d’Artbeat, pis ç’a un peu beaucoup changé ma vie. C’est devenu comme une deuxième famille.

Le fait d’avoir pu rencontrer autant de beatmakers qui sont par la suite devenus énormes, c’est une source de motivation constante pour moi. C’pas nécessairement mon objectif, mais ça me permet de rester grounder.

Ce serait quoi ton objectif par rapport au beatmaking alors?

Plus les années avancent, plus je développe quelque chose qui ressemble à un son bien à moi. Et c’est ce que j’ai appris d’eux : l’importance de développer une formule qui est la tienne.

Produis le son qui te ressemble, au lieu de suivre la vague. Quand j’écoute la chanson que High Klassified a produite pour Future et The Weeknd, j’entends encore son son à lui. Y a pas modifié son style pour s’adapter à l’artiste.

Mon objectif à la longue c’est un peu ça : qu’on puisse reconnaître mon son, ma signature. Et éventuellement, que mon nom se passe en tant que producteur.

 

Moi, si j’avais à décrire ta touche, ce serait « puriste ». J’ai l’impression que ton son, c’est proche d’un beat tape classique, très épurée. Ce que j’aime de tes beats, c’est qu’ils sont simples, et qu’on peut se permettre d’apprécier toutes les couches.

Y a très peu d’éléments dans mes chansons effectivement. C’est rare que ça dépasse 4-5 layers dans la chanson. C’est une résolution que j’ai prise y a quelques années : arrêter d’aller dans le over complexe. De revenir à la base du beat hip-hop.

Quand je produis du rap maintenant, j’essaie d’y aller pas mal simple. Comme on dit : KISS, Keep It Stupid and Simple. Être efficace tout en étant minimaliste.

Trouver ses alliés 

Tu travailles depuis longtemps avec ST. Comment vous êtes-vous rencontrés?

J’ai été présenté à ST par notre amie Aïsha Vertus, aka Gayance, qu’on connaissait via les Artbeat. Je venais de sortir mon premier beat tape et j’ai lancé une invitation out there pour dire que je voulais faire des beats pour des rappeurs.

Elle a vu mon message, pis au même moment elle est tombée sur un tweet de ST qui cherchait des beatmakers pour travailler. On est rentrés en contact comme ça.

C’est un gars comme ça que je cherchais. Je suis tombé en amour avec sa voix, je la trouvais deep. Ça a commencé comme ça, pis on est rendus où on est en ce moment et c’est pas prêt d’arrêter.

En ce moment on a signé un deal en plus. C’est la première fois qu’on va avoir les ressources nécessaires pour travailler sur un album. Ça donne un peu le vertige, mais ça reste un bon feeling.

Tu es directeur artistique dans la vie. Qu’est-ce que tu dirais que ton métier amène à ta musique?

Je pense que je décortique la musique de la même manière que je décortique un visuel quand je le travaille. Comme en graphisme, je travaille ma musique avec des calques, des niveaux et des contrastes. Y a beaucoup de parallèles à faire entre le graphisme et la musique, entre le son et l’image.

Comme quand je crée un visuel, le défi c’est d’essayer d’être minimaliste, tout en étant puissant et évocateur.

Nécessairement, tu t’occupes de tous les aspects d’un projet. C’est quoi l’étincelle qui déclenche tout ça?

Ça commence surtout avec le choix des chansons. Ça peut paraître bizarre, mais dans la vie j’écoute beaucoup ma propre musique, pour savoir c’est quoi le vibe qu’elle donne. Une fois que j’ai choisi les chansons qui coulent bien ensemble, je me mets à réfléchir à quel genre d’affiche de film je ferais pour cette sélection-là.

C’est comme ça que je bâtis mes visuels et mes concepts autour de mes projets.

J’me dis que comme pour un film, il faut qu’en 3 secondes, tu sois intrigué par la proposition.

Élargir ses horizons

Tu t’es essayé au rap aussi. C’est quoi la suite pour ça?

C’est sur la glace pour l’instant, mais c’est vraiment pas fini. Je continue à explorer ça. Je vais même rapper quelques verses sur le prochain album de ST x LIAM. D’ailleurs, j’ai souvent saupoudré nos albums de mes verses. J’ai un verse sur Purple.

Je pense que j’ai eu envie d’essayer ça à force de me tenir avec ST. Avec lui j’ai développé l’habileté de freestyle. Au début, je me sentais imposteur là-dedans, mais finalement je me rends compte que je suis rendu à freestyler tout le temps : quand je fais ma vaisselle, dans la douche, dans ma tête.

Maintenant, j’ai envie d’écrire, parce que le freestyle a une limite. C’est difficile d’avoir un propos en freestylant. C’est facile dire des choses qui riment, mais qui ont du sens en plus, c’est plus tough.

C’est quoi les plans pour le reste de l’année?

J’ai produit pour une compilation avec la Beatmakerie, et j’ai fait un remix du groupe Wizaard. Y a aussi les gars de l’Amalgame qui m’ont hit up pour faire de quoi, et on travaille ça tranquillement.

Sinon, avec ST on en train de travailler sur un album officiel qui sortirait idéalement cet automne, avec un single qui sortirait cet été.

Bref, ça me tente de produire avec whoever et développer ça encore plus.

L’offre est lancée!

En terminant, nous avons demandé à l’artiste de nous créer une playlist de ses chansons du moment. Voici donc la sélection de notre beatfaiseur du mois, LiamLiamLiam.

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