Jason St-Hilaire

Beatfaiseur du mois : Mike Shabb

L'artiste veut changer le son de la métropole.

Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatmakers absolument incroyables. Ces forces tranquilles œuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseur » qui, chaque mois, vous fera découvrir un producteur en plus de vous présenter une playlist de son cru.

Lorsqu’on parle de Mike Shabb, on souligne souvent son habileté à satisfaire à la fois les fans de hip-hop moderne ET old school. Parce que Mike Shabb, malgré son jeune âge, a cette personnalité de « grand frère », de mentor qui travaille sur une chose qui lui tient à cœur : la santé de la scène hip-hop montréalaise.

Son équipe du LITGANG et lui inondent la métropole de sons lourds depuis quelques années déjà, accumulant les EPs, les singles et les vidéoclips. Ensemble, ils représentent la nouvelle garde du rap anglo.

Lorsqu’il n’est pas devant le micro, Shabbo explore le beatmaking, signant les productions de plusieurs rappeurs du game, en plus des siennes. Pensons entre autres à Rx, le dernier EP de Jeune Loup aux instrus et aux bass saturées qu’il a (presque) entièrement produit.

Nous nous sommes entretenus avec le rappeur et beatmaker pour discuter de purisme dans le hip-hop et de l’exode de nos rappeurs anglos.

Genèse

Comment t’es-tu intéressé au beatmaking?

Je rappe depuis que j’ai 14 ans, donc depuis 2012-2013. Deux-trois ans plus tard, j’ai commencé à me tanner de toujours checker des beats sur YouTube. Fak j’ai stack up mon cob pis je me suis acheté un Maschine (un pad) pour commencer à faire mes propres instrus.

Every day learning shit.

Donc le emceeing est arrivé avant le beatmaking?

Ouais techniquement, mais aujourd’hui je fais plus d’instrus que de chansons. En termes de travail, c’pas la même chose ni la même créativité. Rapper, c’est vraiment de mettre des mots dans un texte et faire des beats, c’est plus de l’essai-erreur. En ce moment je peux faire 5 beats dans une journée, mais je peux pas faire 5 chansons.

Et qu’est-ce que tu aimes du beatmaking que tu ne retrouves pas dans le rap?

C’est que tu crées les sons qui seront la base de ton emceeing. Moi j’adore jouer avec les sons, parce que j’ai grandi avec de la musique de tout genre. C’est pour ça que j’aime travailler mes propres ambiances.

Abordes-tu le beatmaking différemment quand tu travailles les chansons de quelqu’un d’autre?

Of course! J’essaie de m’adapter au style des gens. Par exemple, quand j’ai connu Wolf (Jeune Loup), j’ai tout de suite catché son vibe parce que j’écoute déjà de la musique comme ça. C’est très Américain et moi j’étais down avec ça parce que y a pas beaucoup de Québécois qui écoutent ce genre de trucs-là. Lui y a amené ça, pis en français en plus! C’est incroyable.

C’est le genre de musique que j’écoute déjà tous les jours fak c’était sûr que nous deux, ça allait fonctionner.

Et comment vous vous êtes rencontrés toi et Jeune Loup?

Wolf a droppé Back sur le B.S. et je lui ai donné un props pour la track vu que c’est mon boy Touchemoipa$ qui a fait le clip. Deux jours après, j’avais un show au Ausgang et je lui ai dit de se pointer pour qu’on chill. Après show, on est allés chez moi pis je lui ai montré mon studio, on a  écouté des beats, pis y est tombé en amour. Après on a commencé à chiller ensemble de manière intensive, tous les jours, des sessions de 5-6 heures où on produisait tracks sur tracks. On fumait des woods, poppait des X, every thing.

On a une vingtaine de tracks ensemble, et c’est pas fini.

Est-ce que c’était la première fois que tu produisais un album complet pour quelqu’un?

Non j’en ai fait deux autres avant pour un ami à moi qui s’appelle, Kap Dog, mais c’était plus du underground shit. Rx c’est mon premier tape concret en tant que beatmaker.

Changer le son de la métropole

Partout on dit de toi que tu es l’artiste qui réunit autant les fans d’old school que de new school : ressens-tu une certaine pression par rapport à ça?

Je pense que je suis comme ça parce que j’aime juste BEAUCOUP le old school hip-hop. Quand j’ai commencé à rapper c’était ça mon thang pis beaucoup de gens à Montréal ont connu ma musique à une époque où j’étais sur du classic hip-hop shit. Et tranquillement, j’ai essayé de mixer un son boom-bap à quelque chose de plus moderne et ça a évolué vers la musique que je fais actuellement.

Je suis pas un Lil Pump rapper, I can tell some shit. Mais j’essaie de l’explorer différemment qu’en étant juste un lyrical rapper. J’essaie d’être mélodique, avoir des flows différents.

En gros, t’es un puriste ?

Ouais, exactement. Moi ça me fait capoter des fois quand je parle à des new rappers qui ne connaissent pas de chansons de Biggie. Ça me fait cringe parce que c’est la base : tu fais de la musique grâce à eux, et cette musique-là est rendue populaire grâce à eux alors, soit respectueux. Fais au moins des recherches, connais les artistes qui ont pavé le chemin. C’est important pour moi, that’s how I was raised.

En tant que beatmaker, tes influences viennent plus du old school ou du hip-hop actuel?

Ça dépend vraiment. C’est sûr qu’en ce moment mes inspirations sont surtout actuelles. J’essaie de créer de la musique que le monde à Montréal aime pas encore. Les Québécois en ce moment sont beaucoup dans un vibe « rap de banlieue », tandis que mon son est plus urbain j’ai l’impression. C’pas une histoire d’être plus street parce que c’est pas ça que je suis dans la vie, mais plus… urbain.

J’ai l’impression que personne à Montréal fait de la musique comme la mienne.

C’est ça ton but, changer le son?

Moi c’est d’amener un nouveau son à Montréal. On a jamais eu rien de gros pour le rap anglophone fak moi j’essaie de make it happen. On a des gros gars qui vont nous aider à faire ça : Nate Husser, MTLord, tous ceux du LITGANG, Zach Zoya. Et faut continuer là-dedans, et surtout que ça reste sans hate.

Pis c’est litteraly en train d’arrivé. Live je t’appelle de Los Angeles, pis je suis avec Nate Husser ici. Lui, il a littéralement tout laissé derrière pour make it à L.A. pis je respecte ça parce que je pense que c’est le genre de move que je vais devoir faire moi aussi dans un an.

De Montréal à Los Angeles

Et comment tu vis ça, devoir quitter ton pays natal pour pouvoir faire ta musique?

J’adore Montréal, et tout le monde le sait. Sinon je m’en crisserais des autres rappeurs. J’encourage tout le monde. Fak quand je vais déménager, je vais garder cette mentalité-là pour essayer d’amener les gens de l’extérieur à s’intéresser à Montréal. C’est ça l’important : créer une ouverture pour ceux qui en ont pas encore.

Penses-tu qu’un jour ce sera possible pour un rappeur anglophone de vivre de sa musique au Québec, sans devoir quitter la province?

Ça va arriver dans une génération ou deux et parce que notre génération va avoir ouvert la porte. Comme à Toronto : ils ont eu le spotlight au moment où Drake a blow up. Avant y avait rien. Pour Montréal, je pense que c’est Nate qui va ouvrir cette porte-là pour nous.

Ton tag de beatmaker vient d’où?

Je naviguais sur YouTube en cherchant pour des sons et je suis tombé sur une trame sonore de tribus africaines. Au quart de la trame sonore, y a un gros silence qui arrive, suivi de tambours pis à un moment donné y a juste ce gros cri-là qui sort : OOOOOOOOOUUUUUUH. J’ai fait « OH SHIT » et je l’ai enregistré pis j’ai commencé à le mettre dans tous mes beats.

En terminant, c’est quoi les plans?

J’ai un EP qui s’en vient dans un mois à peu près. Sinon on a enregistré 4 chansons ici qu’on compte sortir cet été. On reste actifs sur les singles. Ça roule, c’est tout ce que j’ai à dire haha.

En terminant, nous avons demandé à l’artiste de nous créer une playlist de ses chansons du moment. Voici donc la sélection de notre beatfaiseur du mois, Mike Shabb.

Pour suivre Mike Shabb, c’est ici.

Pour écouter sa musique, c’est là.

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