William Arcand & Felipe Arriagada-Nunez

Beatfaiseur du mois : QuietMike

Le Michel Silencieux fait beaucoup de bruit.

Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatfaiseurs.es absolument incroyables. Ces forces tranquilles œuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseur » qui, chaque mois, vous fera découvrir un.e producteur.rice en plus de vous présenter une playlist de son cru.

Même si son nom est QuietMike, on peut dire que le Michel Silencieux fait bien du bruit depuis quelques années. Frère d’armes du très #actif rappeur FouKiQuietMike oeuvre depuis deux ans à l’avant-scène du hip-hop québécois, signant les hits qui joueront dans tous les festivals cet été. Maintenant reconnu comme un des producteurs les plus chauds du moment, en particulier depuis la sortie de ZayZay il y a deux semaines, le beatfaiseur se concentre sur la création. On a discuté lui et moi de son historique musical, de sa démarche créative et du défi de travailler avec des vétérans.

On peut maintenant débutay!

Chacun son jeu

Comment t’es-tu intéressé au beatmaking?

Quand j’étais jeune, ma mère faisait de la musique sur l’ordinateur. Dans un autre style évidemment, mais elle faisait des loops. C’est elle qui m’a montré comment jouer avec ça. Au départ, c’était ma manière à moi de gamer.

J’étais au primaire à ce moment-là et je ne savais même pas que ce que je faisais c’était du beatmaking. 

C’est plus tard, en regardant une vidéo d’un rappeur, que j’ai réalisé que ce n’était pas eux qui faisaient leurs beats. Qu’il y avait quelqu’un qui s’appelait littéralement un beatmaker !

C’est là que j’ai pu mettre un mot sur ce que je faisais : du beatmaking.

Comment as-tu été introduit au hip-hop par la suite?

Mes parents n’ont jamais vraiment écouté de hip-hop, c’était plus à l’école que j’ai découvert ça. À l’époque, les gens écoutaient du Akon, et autres. Je pense que le hip-hop, ça a été la première musique que j’ai actually aimé.

Ensuite, j’ai exploré tout ça avec YouTube et le reste de l’Internet, et je suis tombé par hasard sur des vidéos de beatmakers.

Mes parents ont voulu ensuite m’initier au rap d’ici, avec Loco Locass et tout ça. En écoutant ça, j’ai eu envie de devenir rappeur. Fak au début du secondaire je continuais à faire des beats, mais j’essayais aussi d’écrire.

C’est drôle parce que j’étais toujours excité quand venait le temps de faire mes instrus, mais quand je commençais à écrire je trouvais ça plate.

Ça a pris un 2-3 ans avant que je réalise que je devais faire des beats. À la fin de mon secondaire 2, je me suis dit : OK, c’est ça que je veux, devenir beatmaker.

Payer sa dette

Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés FouKi et toi?

Tout ce dont je t’ai parlé à date, c’est arrivé avant que je change d’école pour aller à Jeanne-Mance. Durant cet été-là, j’ai découvert plein d’affaires sur le beatmaking et je m’étais acheté du gear. J’avais officiellement mis le rap à la poubelle.

En secondaire 3, j’ai rencontré Léo (FouKi), mais je ne le prenais pas vraiment au sérieux. Il faisait du rap surtout humoristique tandis que moi je voulais vendre mes beats. Je payais déjà mes trucs avec des beats vendus. J’avais une gang de beatmakers, mais je chillais pas vraiment avec Léo. Des fois, il venait chez moi sur l’heure du dîner et on faisait de la musique ensemble.

Qu’est-ce qui a été le déclic pour que vous décidiez de vous allier comme ça?

À la fin du secondaire, Léo avait un groupe qui s’appelait Ségala et mon ami Rousseau et moi on avait fait les beats pour leur tape. Ils avaient fait un show aux Katacombes avec un énorme line up.

Après le show, je suis allé voir Léo pour lui parler. À l’époque, il me devait du cash parce que je lui avais fait des beats « à crédit », mais je lui ai dit : j’efface ta dette, mais maintenant, tous mes beats sont pour toi pis ensemble on va faire un truc. De fil en aiguille, l’idée s’est concrétisée et on a commencé à travailler sur un album.

Fak je suis passé du « hustler qui lui vend des beats » au « gars qui lui dédie mes beats ».

Assumer l’erreur

Tu travailles souvent avec du sampling. Tu les cherches où ces extraits-là?

90% de mes beats c’est des samples oui. La plupart du temps, c’est totalement random. Des fois, je peux ne pas faire de beats pendant un mois, parce que je ne trouve pas de samples qui créent des étincelles. C’est rare que je creuse pour trouver des trucs. Les seules fois que je fais ça, c’est dans les albums de mes parents.

C’est le sample qui va setter le vibe, le mood de la chanson.

Il y a une rumeur qui court comme quoi le sample de Gayé n’avait pas été libéré de ses droits. C’est-tu vrai? Raconte-moi cette histoire-là.

Pour nous au départ Gayé c’était plus un gag qu’autre chose. On gossait sur YouTube et on est tombés sur la chanson d’Hindi Zhara. 

On a pris la chanson en joke et on a fait un beat avec ça en 10 minutes. Léo avait déjà un verse d’écrit et on a enregistré ça rapidement. Nos amis nous disaient qu’on ne devrait pas sortir ça. Mais nous on s’en câlissait pis on l’a mis dans l’album.

C’est un peu pour ça qu’on n’a pas pensé à libérer les droits pour le sample, parce que pour nous la chanson était un peu une joke. Une fois que ça s’est mis à pogner, c’était encore pire : on fermait notre gueule parce qu’on ne voulait pas que la chanson soit retirée.

Finalement ce qui est arrivé, c’est qu’une couple de mois plus tard, j’ai reçu un DM d’Hindi Zhara qui m’envoyait le lien de sa chanson. C’est là que j’ai su qu’on s’était fait prendre.

Finalement, nos deux labels se sont parlé et ont convenu d’un enregistrement. Maintenant, c’est good pis on dort mieux. J’pense qu’il n’yavait pas une journée que je n’y pensais pas.

Assumer sa signature

Sur l’album on retrouve des beats tropicaux (iPhone, Nefertiti). C’est rendu un passage obligé on dirait. Comment en tant que beatmaker tu arrives à garder ta touche dans des beats du genre qui sont un peu plus formatés, disons?

Tant que j’ai eu du fun à le faire, pour moi c’est correct. Nerfititi mettons, c’est une chanson de salsa un peu, mais j’ai rajouté des touches de drums plus nasty. Souvent, c’est avec les drums. Si le sample n’est pas assez original, j’essaie de casser le moule avec des percussions.

Avant d’être signé avais-tu déjà fait des beats pour d’autres personnes? C’était comment pour toi travailler avec des gens différents?

C’est cool. J’aime travailler avec des amis. Kevin Na$h par exemple, je fais de la musique avec lui, mais c’est surtout mon boy. Y en a qui vont faire des games de Call of Duty avec leurs amis. Nous nos games de Call of Duty c’est de faire de la musique. Avec 7ième Ciel on crée des liens, pis après on fait nos games.

C’est sûr que j’ai dû m’adapter. On est une nouvelle vague de beatfaiseurs et quand on travaille avec des gens qui ont plus d’expérience, des fois c’est difficile de s’affirmer envers eux. Des fois il y en a qui te donnent des conseils qui sont plus tout à fait appropriés pour notre industrie actuelle et tu dois trouver le moyen d’assumer ton point et dire : non, moi j’aime ça de même pis ça va être ça.

À quand un beattape de QuietMike?

Quand je vais avoir de quoi à donner. Je ne presserai pas de citron qui n’a pas de jus dedans.

Si tu pouvais mettre n’importe quel MC dessus, ce serait qui?

FouKi, Kevin Na$h, Young Thug. OrelSan, aussi. Je pense que c’est le seul gars que j’écoute vraiment ses bars.

Et Quentin Miller.

En terminant, ce que je trouve fascinant avec votre duo c’est que vous parlez à des gens qui sont à peine plus jeunes que vous, et qui gobent vos paroles. Même si le Michel est normalement silencieux, si tu avais à parler à cette crowd-là, tu leur dirais quoi?

Mon message ce serait aux beatmakers. Assumez-vous. J’pense que c’est ce que FouKi dit dans sa musique aussi. En tant que beatmakers, il ne faut pas voir peur de faire des trucs plus weirds. Surtout au niveau des samples : utilise des sons que toi tu aimes au lieu de suivre la mode. Si toi t’aimes la musique classique, mets du classique dans tes beats plutôt que de faire ce qui pogne déjà.

Assumez-vous.

En terminant, nous avons demandé à l’artiste de nous créer une playlist de ses chansons du moment. Voici donc la sélection de notre beatfaiseur du mois, QuietMike.

Pour suivre QuietMike, c’est ici.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Beatfaiseuse du mois : Laurence Nerbonne

La musicienne s'est permis d'explorer le trap sur son dernier album.

Dans le même esprit