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Beatfaiseur du mois : Toast Dawg

Ou comment rester jeune grâce au hip-hop.

Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatmakers absolument incroyables. Ces forces tranquilles oeuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseurs » qui, chaque mois, vous fera découvrir un producteur ainsi que ses titres préférés dans une playlist de son cru.

Disons-le, rares sont ceux qui, dans le rap québécois, peuvent se vanter d’avoir une page Wikipédia. Mais quand on s’appelle Toast Dawg et qu’on fait partie de la scène hip-hop depuis près de 20 ans, pas surprenant que notre carrière soit documentée dans une encyclopédie en ligne.

Les plus « vieux » l’ont connu en 1998 sous le nom DJ Naes alors qu’il faisait partie d’Atach Tatuq, mythique groupe de rap québécois qui nous a notamment donné les albums La guerre des Tuqs et Deluxxx (récemment réédité). Après la séparation de la formation, le musicien a fondé Payz Play avec DJ Ephiks, RU (alias DoubleD) et Égypto.

Aujourd’hui les plus jeunes savent qui il est grâce à son travail de producteurs sur ses projets solos (la série Brazivilain, entre autres) et ceux de rappeurs, mais aussi parce qu’il est le DJ de spectacle du groupe Brown.

Et parce que la fin de la tournée avec ces derniers approche, Toast Dawg est à préparer le reste de son année. Nous avons donc discuté avec le producteur de l’évolution de la scène musicale, la motivation que lui apporte la relève ainsi que de ses futurs projets.

T’es dans le game depuis toujours : qu’est-ce qui a le plus changé depuis ton arrivée?

Tout a changé je pense.

La démocratisation des outils pour faire de la musique ç’a aidé pas mal tout le monde. À la fin des années 90, fallait que tu sortes de chez toi pour aller taper sur de la bobine. Y’avait plus ou moins de studios maison, voire presque pas et quand tu en avais un ça ne sonnait pas bien. Quand on voulait enregistrer, on n’avait pas le choix d’aller dans des gros studios. Comme producteur, je travaillais juste avec mon sampler et des records. Ç’a été long avant que j’aie un laptop.

Comment le son a évolué à Montréal?

Y a un changement qui se fait juste si tu veux qu’il y en ait un. En ce moment y a des productions qui se font dans le rap qui ressemblent à des trucs qui se faisaient dans les années 90. Ce que je veux dire c’est qu’un loop avec des drums, ça passe encore. Sauf que maintenant la plupart des beatmakers sont capables de faire des chansons plus élaborées, comparées à avant où c’était plutôt des loops. Les gens se sont développés des expertises comme producteur plutôt que beatmaker et ç’a ouvert les horizons.

Qu’est-ce que cette ouverture-là permet maintenant?

Je pense qu’avant ça se faisait juste pas de faire des « chansons » dans le rap. Ce qui a aidé le plus je pense c’est le mélange des genres. Avant l’arrivée de Timbaland y’avait pas ben ben de synthétiseurs dans le rap de la côte est américaine. Dans ce temps-là, si l’instrument que tu voulais était pas sur le record que tu samplais, y’en avais juste pas dans ta toune.

« Aujourd’hui t’as des kids qui font des beats depuis deux ans et qui sont déjà incroyables. »

Donc, est-ce que les beatmakers se sont améliorés avec le temps? Ou c’est juste une histoire de technologie?

C’est un mélange des deux en fait. J’pense que les sous-genres ont aidé à ce que tout le monde y trouve son compte et à faire évoluer les possibilités.  Mais c’est aussi une question d’outils, des tutoriels sur Internet : je veux pas dire que c’est plus facile maintenant, mais peut-être que ce l’est un peu oui.

Aujourd’hui t’as des kids qui font des beats depuis deux ans et qui sont déjà incroyables.

Est-ce que cette relève-là te shake un peu?

Oui absolument. Pis c’est le fun que ça soit de même, moi je suis très down que ce soit comme ça. Si y a jamais rien qui évolue, c’est plate.

Tu dirais que ton son a évolué de quelle manière?

Ç’a changé. J’ai eu des phases mettons. Des fois je fais des trucs comme avant et des fois j’essaie d’être plus moderne. Je dis bien « j’essaie » parce que je pense pas que je le nail exactement. C’est un peu tough. Je pense que les gars de ma génération ont plus de misère à réussir le new-new-school-rap.

Pourquoi?

C’est dur de sortir d’un pattern, de redéfinir et renégocier avec toi-même la façon de faire la musique. Chaque fois que je sors un projet, j’essaie de me réinventer, tout en gardant ma personnalité. Mais le danger c’est que tu si te fonds trop dans un nouveau style, les gens retrouveront plus ce qu’ils aimaient chez toi avant. C’est le fun de garder un « signature sound ». Mais c’est tough.

Je dis pas que je l’ai à 100% mais je pense que je l’ai eu pendant un bout.

As-tu l’impression que ton âge influence ta musique ou que tu t’empêches de faire certains styles en te disant : « Ah non je suis trop vieux pour ça ».

Non. Mais en travaillant avec des kids au cours des années, tu apprends des trucs tout le temps. Tout le monde s’intéresse aux sessions des autres. C’est intéressant de voir comment les « newcomers » travaillent, par rapport à la façon old school.

Donc la musique te garde jeune?

Oui absolument. Ça et la tournée.

Comment tu trouves que le hip-hop a évolué? Pensais-tu que ça se rendrait là un jour?

C’est allé progressivement. Chaque fois ce sont de petites victoires : même quand c’est pas toi qui as fait un move, tu te dis « cool, ça avance ». Mais oui, je m’imaginais qu’à un moment donné ça allait avancer plus. En ce moment y a plus d’offres, plus de qualité. Si les kids commencent à écouter de la musique locale, ils vont faire de la musique qui va en influencer d’autres. C’est organique, c’est comme ça que ça se passe.

Ça a été quoi le pivot du rap queb?

J’pense que c’est l’arrivée d’Alaclair Ensemble, Dead Obies and LLA. Le virage new school, avec des gars qui avaient des idées différentes. Ils ont bougé et ils ont pas attendu après les choses. Y’ont juste foncé.

« Si les kids commencent à écouter de la musique locale, ils vont faire de la musique qui va influencer d’autres kids. »

Et ils ont fait des bons albums.

Chaque année tu aides à l’organisation de Montreal Loves Dilla (une soirée hommage au légendaire producteur de Détroit, J Dilla décédé à 32 ans d’une maladie rare). Quel est ton rapport avec lui?

On a commencé à faire ça l’année après sa mort. Au début on voulait juste en faire jouer dans une soirée de DJ qu’on avait. Et finalement c’est revenu chaque année depuis.

En gros c’est vraiment un projet communautaire. Avant j’étais vraiment motivé à mixer seul 5h de Dilla. Mais depuis on a grossi et on a inclus Artbeat Montreal dans l’organisation. Ça se fait de manière organique, y a pas de marketing, on le fait juste pour le love.

À quoi on peut s’attendre pour toi le reste de l’année?

Je travaille sur quelque chose tranquillement depuis un an. Je devrais sortir un album complet ou un EP dans les prochains mois. Sinon y a un album de Brown qui s’en vient sur lequel j’ai des coproductions. On est en fin de cycle en ce moment alors ils nous restent une couple de dates de shows avant de sortir du nouveau.

Il va y avoir une mixtape qui va sortir avant, et un album qui va sortir en 2019.

En terminant, peux-tu nous parler de ta playlist?

J’ai essayé de ratisser large, mettre de mes influences, des trucs que j’ai faits, et des trucs un peu moins connus de mon répertoire.

Mreci Toast.

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