Fany Ducharme

BEYRIES : une histoire de résilience et de musique

Philosophie, sincérité et légère mélancolie

Sa voix suave hérisse le poil des bras. Ses sonorités sont à la fois sensibles et mélancoliques. Souvent en anglais, parfois en français, ses paroles à la fois universelles et intimes nous mettent une espèce de baume au coeur indescriptible.

BEYRIES a percé la scène musicale québécoise il y a tout juste un an. À coup de palmarès radio et de concerts un peu partout à travers la province, et même à l’international, l’artiste a réussi à trouver un écho auprès du public en un temps record.

Écouter Beyries

Pourtant, du temps, elle en a mis avant de s’assumer auteure-compositrice-interprète. «La musique, ça a toujours été très personnel pour moi, un peu comme un journal intime», explique-t-elle. Je ne pensais pas que peut-être ça pourrait devenir public.» Elle me confie aussi que si elle débute sa carrière maintenant, à 38 ans, c’est en fait qu’elle n’avait «rien à dire» plus jeune. Et que l’essentiel de ses compositions d’adolescente était à haute teneur quétaine. «C’était des tounes à la Justin Bieber genre oh oh you left me, na na na!»

Amélie a des choses à dire et n’a plus rien à perdre.

Le déclic

Car avant d’être musicienne, Amélie Beyries a travaillé dans la publicité, en restauration, en cinéma avec le réalisateur Jean-Marc Vallée et a gagné la bataille contre deux cancers, entre autres.

Il aura malheureusement fallu la maladie pour changer de cap. Malheureusement, ou pas d’ailleurs. Puisque c’est elle qui la ramène à renouer avec la musique et à repenser sa vie entière. «Être malade, ça brouille les cartes. Tout ce à quoi je croyais ne marchait plus. J’ai dû me redéfinir… Qui suis-je après ça?»

Entre l’écriture de Soldier et son enregistrement final, il y a eu six années de mûres réflexions.

Lorsqu’elle essaye de retourner au travail, elle perd de sa fougue et tout semble se solder par un échec. Étonnamment, elle m’illustre cette douloureuse période d’introspection par la philosophie: «Tu vois, c’est comme l’allégorie de la caverne de Platon. Tu es face au mur et tu ne sais même pas que les ombres que tu vois c’est le feu derrière toi. La maladie c’est comme le sage qui te dit: «Attends! Y’a d’autres choses, regarde!» Ça m’a ouvert les yeux et les chansons ont commencé à naître.»

Et puis finalement, Amélie a des choses à dire et n’a plus rien à perdre. Mais elle n’est, une fois de plus, pas du genre à se précipiter. Entre l’écriture de sa chanson Soldier et son enregistrement final, s’écoulent encore six années de mûres réflexions.

Le succès

Aujourd’hui, trois mois après le lancement de son album Landing paru sous l’étiquette Bonsound, BEYRIES connaît une très belle notoriété (et c’est un euphémisme!) pour une personne qui ne se sentait pas capable de chanter en public il y a encore quelque temps. «Dès que ça a commencé, les portes se sont ouvertes, c’en était ridicule! On a sorti une chanson en 2016 et deux mois plus tard j’étais en studio à faire un duo avec Louis-Jean Cormier!», me confie-t-elle fébrilement, comme si elle n’avait toujours pas réalisé.

Pas «plaire» aux gens de l’industrie, mais «toucher des humains».

Mais hors de question de s’enfler la tête, d’avoir des prétentions ridicules et de courir le show-business. Le glam que pourrait lui apporter sa nouvelle job, ce n’est pas pour elle. Elle accorde d’ailleurs le crédit de sa réussite à son travail tout autant qu’à celui de sa gérante: «50% du travail d’artiste c’est les communications! Ce succès-là ne vient pas de nulle part. Y’a tellement d’opportunités que je n’aurais pas eues en partant toute seule.» Elle est comme ça BEYRIES, elle me parle beaucoup de ses rencontres, des gens qui l’aident dans l’ombre, et ne me conte même pas ses qualités de musicienne (pis on s’entend, qu’elle en a!).

Amélie ne perçoit pas le succès comme une manière de s’élever au-dessus des autres, mais plutôt comme une opportunité d’aller à leur rencontre. Elle ne souhaite pas «plaire» aux gens de l’industrie, mais «toucher des humains», tient-elle à nuancer lorsque j’aborde la question. «Ma démarche c’est la suivante: connecter avec les gens, parler avec eux. J’ai besoin de ça! Je n’ai aucune envie de jouer un rôle, de me dissocier de ma communauté et de ce que je suis.»

La résilience

Reconnaissante de ce succès quasi instantané, l’artiste espère ne jamais se tanner de jouer de la musique. Elle demeure terre à terre. «C’est un drôle de métier quand même, les gens t’idéalisent parce que tu es passée à la télé et que tu te retrouves sur des affiches. Moi j’ai le goût de leur dire: non non non! Je suis une personne vraiment très normale!», me promet-elle en riant.

Ce sont les moments tough qui permettent aussi la réussite.

Fidèle à ses propos, elle m’a consacré une heure de son temps. Une heure à me parler de son parcours de vie, à se confier à moi avec sincérité, à me faire rire avec des jeux de mots philosophiques moins sérieux aussi… Bref, à me donner envie de danser la macarena par temps de pluie tellement sa résilience est impressionnante et contagieuse. «Quand je parle à quelqu’un je ne me garde pas deux minutes et demie, je me garde du temps, parce que je ne sais pas, demain matin peut-être que je ne serai plus là! Je l’ai vécu de proche tout ça. Si on pense comme ça, ça change toute la perspective dans la vie.»

Ça paraît absurde d’évidence, mais on peut le redire: ce sont les moments tough qui permettent aussi la réussite. En tout cas, avec BEYRIES, j’ai eu la plus chill des séances de philo, le plus intéressant des girls talk de toute l’année et Landing résonne encore plus doux dans ma tête maintenant.

BEYRIES sera à C2 Montréal ce jeudi 25 mai à l’occasion de la conférence «ELLE A DIT» aux côtés de Tamy Emma Pépin, Sophie Boulanger, Rebecca et Mandy Wolfe qui partageront leurs parcours authentiques au public.

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha: «Parler sans détour des ravages du sexisme et du racisme».

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