Sharon Garcia

La bibliothèque idéale  : 5 autobiographies de rockstars à consommer avec fougue

Vivez le «  sex, drugs and rock n roll  » à travers des artistes particulièrement tourmentés

L’autobiographie : quel curieux genre. Celui où un individu, pertinent ou non, se donne lui-même le mandat de rédiger le récit rétrospectif de sa propre vie. Lorsqu’on raconte la construction historique de notre personnalité, il faut s’assurer qu’elle soit intéressante, cette personnalité, ou du moins qu’elle soit paradoxale, ou biscornue. Si elle est malsaine, c’est encore mieux. Et quelles personnalités correspondent plus à ce profil que les rockstars?

Aujourd’hui, la bibliothèque idéale URBANIA vous propose 5 autobiographies de vedettes de la musique qui ont ressenti ce besoin viscéral de documenter leurs écorchures (la plupart du temps encore vives).

Johnny Hallyday —Dans mes yeux (2013)

Les critiques sont très polarisées, en partie parce que c’est davantage l’auteure française Amanda Sthers, dont la plume n’est pas reconnue pour être la plus illustre, qui a rédigé cette « autobiographie » écrite au « je ». Mais dans la mesure où le décès de Johnny Hallyday est assez récent (le 5 décembre dernier pour ceux qui seraient déjà passés à autre chose), elle est selon moi d’un digne intérêt. Petit livre d’une centaine de pages, « Dans mes yeux » se présente comme une longue confidence, dans laquelle Johnny dépeint ce sentiment de vide qui l’a suivi toute sa vie, dû à l’abandon de ses parents alors qu’il était encore enfant. Pas obligé d’être un fan du rockeur, suffit de n’avoir qu’un tant soit peu d’interrogations sur le pourquoi d’un si grand phénomène pour vous plonger dans l’histoire de cet homme.

Steven Adler (le batteur de Guns N’ Roses) —My Appetite For Destruction (2010)

Steven Adler se décrit comme la personnalité américaine la plus autodestructrice de tous les temps et je dois avouer qu’il est sans doute l’archétype de la star du rock par excellence : il s’est quand même fait évincer d’un des groupes les plus trash de l’Amérique parce qu’il prenait trop de drogue (faut le faire). Steve a décidé de raconter, à l’âge de 74 ans, les détails les moins légers de son existence. Rétrospective presque sage de sa vie rocambolesque, ce livre est long, mais écrit de façon claire et chronologique et surtout bien divisé en chapitres aux titres accrocheurs (comme « Shooting Videos and Heroin »), eux-mêmes divisés en sous-chapitres avec des noms tout aussi révélateurs (tels que « Orgies and Orgasm » ou « Oh, well »). Une façon bien efficace de faire comprendre au lecteur que l’anecdote qui suivra sera peu poétique. Bref, « My appetite for destruction » est un incontournable si vous êtes du genre à aimer vivre vos émotions fortes à travers celles des autres.

Marilyn Manson —The Long Hard Road out of Hell (1998)

Phénomène de l’anti-star par excellence, pionnier d’un « choc rock » et icône tourmentée vivant pour et par la provocation, celui qui est né Brian Hugh Garner détient vraiment toutes les caractéristiques d’une rockstar, mais avec une dose de satanisme en plus. L’homme de maintenant 49 ans a su piquer la curiosité du monde entier, et c’est pour cette raison que son autobiographie « The Long Hard Road out of Hell » (un titre de vie enviable) est une riche boîte de pandore. Celui qui a toujours voulu choquer l’Amérique est en effet très doué pour romancer sa propre vie et créer son propre mythe. Le récit, co-écrit avec le journaliste Neil Strauss, commence avec la découverte de la cave de son grand-père, truffée d’objets morbides, malsains, pervers et zoophiles, et se termine à la fin de sa tournée Antichrist Superstar, en 1997. Bien qu’on puisse douter de la véracité de certains passages (comme je dis, Marilyn ADORE romancer son existence), on ne peut que consommer avec appétit ses confessions inédites et infâmes au sujet de ses tourments et ses romances intrigantes (allô Evan Rachel Wood). Parsemées de photos de son enfance, sur lesquelles sont superposés des dessins de squelettes (puisqu’enfance et ossements vont indéniablement de pairs?), les mémoires de Marilyn Manson nous prouvent à quel point la façon dont il se perçoit est aussi (sinon plus) intéressante que le personnage lui-même.

Patti Smith — Just Kids (2010)

Enfin quelque chose d’un peu plus doux! C’est certes une histoire de « drugs sex and rock and roll », mais racontée avec beaucoup plus de nuances et d’humanité que les autres ouvrages. Les premières pages retracent l’enfance et l’adolescence parallèles de Patti et de son inconditionnelle âme sœur Robert Mapplethorpe, jusqu’à ce que leurs destins se croisent et se recroisent dans les rues de New York en été 1968, alors qu’ils n’ont que 20 ans. Rencontre si déterminante dans la vie de la rockeuse que « Just Kids » est en fait la biographie des deux artistes, car que serait Patti sans Robert et Robert sans Patti? Assister à la construction de leur cocon créatif dans leur extrême pauvreté pour enfin les voir papillonner vers leur reconnaissance artistique mondiale est simplement savoureux. Ce livre moult fois lauréat de prix distingués nous raconte avec subtilité la transformation identitaire, sexuelle et artistique de Mapplethorpe, puis sa relation fusionnelle et instable avec sa partenaire, transformée après tant d’années en puissante amitié. Et même si vous n’êtes pas un fan de la musicienne-poète ou de l’artiste-photographe, le livre brosse aussi un beau portrait de l’époque révolutionnaire des années 60-70, et si vous êtes bien attentifs, vous aurez la chance d’y croiser quelques icônes prêtes à marquer l’Amérique.

Le journal de Kurt Cobain (2002)

Bien que je refuse de dire que cette récupération de journaux intimes est une autobiographie, c’est vraiment une des seules façons de connaître les réels fondements du chanteur de Nirvana. Ce recueil est en effet la compilation de 20 de ses carnets de pensées, dans lesquels on a accès à des paroles embryonnaires de chansons, à des dessins psychédéliques et à des songes des plus intimes. Ça peut être perçu comme du voyeurisme, mais selon les proches de Cobain, tout porte à croire qu’il avait envie qu’on lise son journal. En effet, dans celui-ci, figure la phrase : « Please read my diary, look through my things, and figure me out. » Et si on prend l’œuvre comme une façon de comprendre une partie cachée du musicien, celle que les médias n’avaient pas le courage d’analyser, je pense que sa lecture peut être une marque de respect. Toutefois, il est clair que cet ouvrage est voué aux vrais de vrais fans, parce que 300 pages de gribouillis d’inconnu, ça peut être long longtemps.

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