Mathieu Lussier

« Buskologie » : la réalité des musiciens de métro en huit capsules

Entrevue avec Mathieu Lussier, créateur de la série documentaire

Une ballade dans le métro semble incomplète quand on ne croise pas au moins un busker, un musicien qui essaie d’attirer notre attention quelques instants dans un coin de station. Installé derrière un étui de guitare ouvert ou autre réceptacle, le musicien joue au rythme des passants à l’intérêt variable. Si on s’arrête pour l’écouter, on ne reste jamais plus de cinq minutes avant de continuer notre chemin.

Et cinq minutes, c’est exactement le temps qu’offre Mathieu Lussier à chacun des huit univers de sa série documentaire Buskologie. Ici, chaque capsule dresse le portrait intime d’un busker dans ses propres mots. On en apprend plus sur son quotidien, son parcours, ses ambitions… Bref, on donne la chance aux musiciens de prendre la parole et de raconter leurs histoires.

Se donner les moyens

Buskologie : Portraits d'artistes – Trailer officiel

Le trailer officiel de la série est arrivé!! Et il reste seulement 6 jours avant le lancement, let's goooo!

Posted by Buskologie : Portrait d'artistes / Buskology : Artist portraits on Saturday, April 20, 2019

Étudiant à la maîtrise en communications, Mathieu Lussier gravite dans le milieu de la musique depuis quelques années. En plus de son DEC en guitare jazz, le Montréalais fait partie de l’équipe de High Life Stream. Le média présente entre autres des performances en direct d’artistes de la relève sur Facebook.

Rencontré lors du lancement de sa série documentaire, il raconte comment son désir de rencontrer des musiciens l’a mené vers ce projet.

« Je voulais absolument interviewer du monde. Ma première idée, c’était d’aller avec notre caméra littéralement dans le métro et dire scuse, on peut-tu te déranger deux secondes; te poser trois questions? » À partir de cette impulsion, Mathieu est allé chercher de l’aide chez l’organisme La Génératrice vers septembre. Il s’agit d’une initiative du Forum jeunesse de Montréal qui veut permettre la réalisation de projets citoyens dans la ville. « Ça m’a permis de rendre ça beaucoup plus professionnel, beaucoup plus encadré. » En octobre, il a appris que son projet avait été sélectionné par l’organisme. Dès décembre, son équipe a commencé à tourner les premières capsules. 

Le budget de La Génératrice lui a aussi permis d’offrir un cachet aux artistes impliqués. « On entend trop souvent qu’on va te payer avec de l’exposure. Mais pour moi, ça a toujours été important de pouvoir les rémunérer. »

Un sourire ou un dollar?

Si les huit portraits présentent des personnalités différentes, certains constats relient chacune d’entre elles. Les invités se font souvent demander s’ils préfèrent recevoir un dollar ou un sourire : la deuxième option prend le dessus chaque fois. 

« J’ai appris à quel point le fait de s’arrêter et de reconnaître qu’ils sont là, que heille, cette track-là je l’aime, ce cover-là, c’est nice comment tu le joues… Juste de s’arrêter, ça change tout, même s’ils font ça pour l’argent », révèle Mathieu. « Même s’ils font ça de manière professionnelle, ce qui les touche le plus, c’est l’attention qu’on peut leur donner. »

Lors des différentes capsules, on en apprend aussi un peu plus sur la mécanique derrière le busking dans le métro de Montréal. « Ces gens-là se lèvent à 5 h du matin pour se rendre à l’ouverture du métro. » Ce n’est pas toujours pour jouer tôt le matin : les musiciens y vont plutôt pour réserver leur plage horaire. Ici, les bouts de papier, glissés derrière l’enseigne de lyre sous laquelle ils performeront plus tard, font loi. « Des fois, ils écrivent leur nom pour 16 h, pendant l’heure de pointe quand les gens reviennent du travail : donc ils retournent se coucher. Ou des fois, il est 5 h 30, le métro ouvre, mais ils peuvent seulement trouver un spot pour 9 h. Pendant ce temps-là, ils vont attendre dans un Tim Hortons. »

Post-mortem

Les huit premières capsules à peine terminées, Mathieu Lussier pense déjà à la suite. Une fois la poussière retombée, il entrevoit en effet de continuer à faire vivre son projet. « Ça va être de continuer de nourrir le public et aussi de continuer à cartographier la communauté des buskers. » Parmi les prochaines avenues, il avoue considérer l’idée de rencontrer des musiciens à l’extérieur de Montréal. Le reste du Canada, voire le reste du monde, fait partie de ses cibles potentielles.

Cette fois-ci, il souhaite mieux représenter les femmes dans ses capsules. « Niveau timing et avec les gens que j’avais approché, ça avait moins adonné, mais c’est quelque chose que je veux mettre plus en valeur. » Toutefois, il se garde de vouloir encadrer les prochaines capsules d’un titre à la « busking au féminin ». « Ça va juste être d’essayer de dresser un portrait plus vrai », ajoute-t-il, en précisant que le ratio homme/femme dans le milieu « est presque 50/50 » selon ses estimations.

Les premières capsules de Buskologie sont disponibles sur la page Facebook du projet. 

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