Cinq leçons à retenir du nouvel album de Lost

Le rappeur a lancé son premier album depuis sa sortie de prison.

Grosse nouvelle dans l’univers du street rap montréalais puisque le 16 décembre, Lost, rappeur phare du crew 5Sang14, a sorti son dernier mixtape Bonhomme Pendu (Chapitre 3). C’était d’ailleurs assez anticipé, puisque c’est le premier projet que lance le rappeur depuis sa sortie de prison. Plus mature et intelligent, le rappeur de Cartierville utilise cet album pour envoyer différentes leçons à son public. À la suite de notre écoute, nous en avons retenu cinq.

1 — Lost n’a pas peur de parler de ses émotions

Le rappeur du 5Sang14 ne s’est jamais privé de parler des difficultés de la rue, des larmes versées à cause de la perte d’amis ou des longues heures au froid à faire rouler le commerce. Sur BP3, il se livre toujours autant, notamment sur la chanson IcebergLost avoue qu’il risque de « finir seul, le cœur gelé comme un iceberg ».

Sur Rocky Balboa, il montre la profondeur de ses heurts, en avançant que « si les larmes qui coulent nous blessent, imagine celles qu’on retient ». Clairement, la vie de rue est difficile et Lost aborde le tout avec une honnêteté et une vulnérabilité qui détonnent dans le street rap.

La solitude est un thème qui revient constamment, notamment sur La Noche où Lost se porte seul garant de son succès, lui qui a toujours fait son chemin seul :

« Mais quand j’étais personne, ben y’avait personne
J’dois rien à personne, même si jamais j’perce
Depuis l’début, j’perds seul, mais j’m’accroche et j’persiste »

2 — Lost n’apprécie pas forcément le succès

Bien qu’il soit un des rappeurs québécois les plus écoutés en ce moment, Lost a une vision plus nuancée de son succès. S’il profite de l’argent légal que la musique lui apporte, ce qui lui permet d’avancer que « tu sais que ta musique bump quand tu payes tout par Interac » sur Sur la route, il avoue sur la même chanson que beaucoup de gens autour de lui ne seraient pas là s’il ne connaissait pas ce succès.

Il va encore plus loin sur La Noche en affirmant :

« Un million d’vues, un million d’mauvais œil

Depuis l’fame, c’est vrai qu’y a plein d’fans

Donc forcément c’est vrai qu’y a plein d’femmes

Mais quand j’étais personne, ben y’avait personne »

Donc Lost se méfie du succès de par son effet sur les gens de son entourage et va même jusqu’à prétendre que toutes les vues de ses vidéos sont équivalentes à un « mauvais œil », donc de la malchance. C’est vrai que plus on a d’attention, plus les choses se compliquent.

3 — Lost ne se voit pas comme un rappeur ou un modèle

Quand on mène la vie de la rue et qu’on est une personne honnête et intègre, on sait qu’on ne peut pas servir d’exemple. Lost le rappelle souvent. Ce n’est jamais aussi clair que sur Sosa, où le rappeur admet qu’il est « là que pour faire des sous je veux pas devenir une icône ». On le comprend, parce que malgré sa facilité à dévoiler ses émotions, les thèmes de violence, de sexe et d’argent sale reviennent souvent. Le rappeur comprend donc l’importance de la dualité qui vient avec le fait d’exposer les gens à ce mode de vie qui existe réellement, sans toutefois le glorifier.

C’est un peu ce qu’il dit dans Rocky Balboa, où il avoue candidement qu’il n’est pas un lyriciste, mais bien « un homme qui sait de quoi il parle », et ça se ressent à travers BP3. Lost est un humain, un vrai, qui vit des joies, des peines et qui ne prétend pas être un candidat au culte de la personnalité.

Il étend ce rapport au reste des humains, car pour Lost, personne n’est invincible, et c’est bien ce qui doit nous garder humbles. C’est ce qu’il avance sur Bandito Story :

« Peur de qui? On craint pas les hommes

Si j’te coupe, tu saignes

Que tu sois descendant d’Adam ou descendant du singe »

Personne n’est donc à l’abri d’un coup de couteau bien placé, et somme toute, c’est bien qu’on nous le rappelle par moments, nous qui vivons dans un pays développé où le mode de vie est majoritairement axé sur le confort et non la survie.

4 — Lost est un peu le Damso québécois

Bon, je vous vois venir. Évidemment que Lost et Damso ne sonnent pas du tout pareil. Bien que les deux aient tendance à pousser la note, leurs styles ne se ressemblent pas tellement, Lost étant bien plus friand de l’Autotune que Dems. Par contre, on retrouve chez les deux rappeurs une honnêteté à propos de leurs relations amoureuses et/ou sexuelles qui crée un parallèle intéressant.

Les propos de Lost ne sont pas sans rappeler ceux de son confrère belge sur Autotune, où il abordait ses désirs pour une femme de façon crue et basée sur le sexe. Sur Badman, Lost avoue que sa femme du moment lui a donné son cœur, mais lui ne « voulait que son corps », et malgré tout ça, elle le « rappelle encore ».

Il a clairement conscience de l’influence qu’il a sur cette femme et on sent chez le rappeur un certain malaise face à la situation, sachant qu’il est le badman qu’elle recherche, mais qu’il est possible qu’elle ne soit intéressée que parce que Lost est désormais connu.

5 — Lost est fan d’Harry Potter

C’est anecdotique, mais c’est toujours drôle d’entendre des rappeurs street sortir des références à des œuvres culturelles qui sont complètement à l’opposé de leur identité. Par exemple, Lost explique sur Bandito Story qu’il lui « vendra du rêve » tant qu’une femme le fait « bien manger ». Par contre, la nourriture comme le bon sexe ne suffisent pas à cadenasser Lost dans une relation et il prend le temps de le préciser dans la ligne suivante : « pas même mind, fuck sa magie noire, la chatte d’Hermione Granger ».

Bon, c’est cru, pas forcément dit de façon très éloquente, et c’est justement ça qui rend la ligne si mémorable. La pauvre Hermione n’a rien demandé, mais s’est retrouvée malgré elle dans une ligne de rapkeb qui fait mention de magie noire. La morale, c’est que Lost a écouté les films d’Harry Potter. Pis vous savez quoi? Au vu de toute la violence et la misère dont il témoigne dans sa musique, ça me rassure un peu d’imaginer Lost qui se tape les films Harry Potter back-to-back dans son salon.

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