Comment écouter le band le plus violent au monde

Une célébration du nouvel album d'Anaal Nathrakh « A New Kind of Horror ».

Vendredi dernier,  le duo britannique Anaal Nathrakh lançait tout discrètement leur dixième album A New Kind Of Horror.  La nouvelle a fait le bonheur d’une poignée d’irréductibles et de tous les spécialistes de la santé auditive à travers le monde.

Pourquoi est-ce important?

Pour faire une histoire courte, il s’agit d’un des groupes les plus respectés du monde de la musique extrême. L’oeuvre de Mick Kenney et David Hunt (qui rédige présentement sa thèse de doctorat en philosophie à l’université de Birmingham) est passionnée et confrontante, tout en étant intègre et sophistiquée. Elle a admirablement évolué d’album en album pour développer une esthétique qu’ils qualifient eux-mêmes de dionysiaque : lourde, opulente, complexe et 100% apocalyptique.

… mais pour le commun des mortels, ça sonne comme si t’étais pogné au milieu d’une tornade. La preuve (avant de peser sur PLAY, baissez un p’tit peu le volume. Vos tympans m’en remercieront dans plus ou moins 30 secondes) :

A New Kind of Horror, c’est vraiment bon. Le groupe n’a rien perdu de son intensité légendaire, mais a recommencé à expérimenter par petites touches. Et comme je suis une grande âme, je vous ai préparé un petit guide pour vous aider à apprécier ce boulet de canon musical.

Soyez dans un sale mood

Quand je dis « sale mood », entendons-nous : n’écoutez jamais Anaal Nathrakh si vous êtes en criss, ça va mal finir.  Mais c’est de la musique qui accompagne très bien le sentiment de s’être fait trahir, par exemple. La puissance libératrice d’une chanson comme Forward! (quand je dis libération ici, je parle de la libération qui vient lorsqu’on sait qu’on va mourir) ou l’atmosphère grotesque monstrueuse de The Reek of Fear sont d’excellentes façons de vous plonger dans l’univers morbide de cet album.

Allez lire un peu sur les horreurs de la guerre en Syrie

A New Kind of Horror est un album concept. Le groupe y met en scène une guerre nucléaire qui viendrait à bout de la race humaine, tout en traçant des parallèles avec la Première Guerre mondiale. Non, c’est pas joyeux. Ce n’est d’ailleurs pas le but. Anaal Nathrakh est un groupe qui, sans se dire engagé, qui essaie de conscientiser les gens à l’horreur de la condition humaine et à les sortir de leur torpeur. La très bizarre New Bethlehem/Mass Death Futures avec le p’tit clavier space au milieu du mur de guitare ou la féroce Vi Coactus feront une excellente trame sonore pour accompagner une séance de confrontation d’horreurs. Les horreurs de l’album sont peut-être imaginaires, mais il en existe de bien réelles.

Défoulez-vous

Bon, je vous ai peut-être légèrement downé jusqu’à maintenant Rassurez-vous, la musique d’Anaal Nathrakh est d’abord et avant tout une magnifique purge pour les émotions négatives.  Celles qui ne se guérissent pas avec des tapes dans le dos et des mots d’encouragement. Vous avez le droit de crier, de gesticuler et de vous pitcher dans les murs. The Apocalypse is About You!, la chanson plus directe et intransigeante sur A New Kind of Horror (c’est presque du death metal)  conviendra parfaitement à l’exercice. Vous vous sentirez mieux après. Changés, mais mieux.

Réécoutez

Malgré la férocité de leur musique, Anaal Nathrakh est un groupe étonnamment complexe et nuancé. Leurs fans (dont je fais bien sûr partie) débattent d’ailleurs toujours à savoir de quel genre de musique il s’agit. D’abord un groupe de black metal ultra-agressif inspiré par le Mayhem de l’époque Wolf’s Lair Abyss, ils ont graduellement incorporé à leur musique des éléments vocaux de grindcore, des textures industrielles et des refrains chantés entre deux couplets de beuglage. Y a beaucoup de détails dans leur musique et les samplings électroniques de WWI ajoutent une couche supplémentaire à cette explosion sonore méticuleusement organisée.

Anaal Nathrakh n’est pas un groupe que l’on découvre.  C’est leur musique qui nous découvre. On aime ou on déteste instinctivement.

Chose certaine, dans la musique de l’extrême on ne fait pas mieux. Mick Kenney et David Hunt vieillissent peut-être, mais ils n’ont rien perdu de leur furie.

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