De Camila Cabello aux Foo Fighters : comment fabriquer un hit

On explore les facteurs qui font d'une chanson un succès populaire.

URBANIA et le Festival d’été de Québec s’unissent pour vous faire redécouvrir vos chansons préférées sous un autre jour!

Je suis le genre de personne qui n’écoute à peu près jamais la radio. Je préfère mes listes Spotify et mes albums de François Pérusse. Alors, quand ma blonde me parle d’une chanson, habituellement, ma réponse est : « Connais pas ».

… et là ma blonde fait jouer la toune en question, et il s’avère que si je ne connais pas le titre, je connais l’air et mystérieusement, je connais toutes les paroles. Parce que les hits, c’est comme la mort et les commentaires déplacés de son oncle au souper de famille : on n’y échappe pas.

Mais qu’est-ce qui fait qu’une chanson devient un hit? Pourquoi une chanson devient-elle un hymne immortel, alors qu’une autre devient la chanson qu’on saute quand on met notre liste de lecture sur Random? URBANIA m’a mis au défi d’analyser deux hits d’artistes qui seront présent au Festival d’été de Québec, Havana de Camila Cabello, et un succès souvenir, The Pretender des Foo Fighters.

Comment construit-on un hit?

Évidemment, Havana et The Pretender sont deux chansons très différentes. Havana nous fait penser aux robes d’été et au rhum cubain, alors que The Pretender, c’est plus vieux t-shirt et bière tablette.

Pourtant, les deux chansons ont des points en commun. Les deux reposent sur une structure assez traditionnelle. Les deux répètent abondamment les mêmes paroles (« Havana, nanana » et « What if I say… », respectivement). Est-ce qu’il y a donc une recette?

Louis-Philippe Labrèche, rédacteur en chef du blog musical Le Canal Auditif et animateur de l’émission musicale Plaque tournante, le confirme : « Tu peux construire une chanson en pensant à comment les hits sont construits : elle va durer 3-4 minutes, elle va avoir une structure couplet/refrain/couplet/refrain/bridge/refrain, ça va pas mal tout le temps être du 4/4 (ndlr : seuls les nerds qui faisaient de l’harmonie au secondaire comprendront) et tout va rimer, c’est ben important ».

Les paroles

 

Havana touche certainement aux thèmes du désir et de la nostalgie. Camila s’ennuie de son kick rencontré à la Havane. Je ne sais pas ce que les « na, na, na » veulent dire par contre.

Premièrement, les paroles. En tant qu’ex-chouchou de tous mes professeurs de français, j’aime croire que les gens écoutent les textes dans les chansons. Mais on va se le dire, y’a aucun poème de Grand Corps Malade qui a été un hit de l’été.

Pourtant, selon une étude publiée dans le Journal of Advertising Research, les paroles d’à peu près tous les hits depuis les années 60 touchent à un des sept thèmes suivants : le deuil, le désir, les aspirations, les séparations, la douleur, l’inspiration et la nostalgie.

Havana touche certainement aux thèmes du désir et de la nostalgie. Camila s’ennuie de son kick rencontré à la Havane. Je ne sais pas ce que les « na, na, na » veulent dire par contre.

The Pretender est plutôt dans le registre des aspirations. C’est un hymne de rébellion. Ça explique pourquoi l’ado rebelle que j’étais en 2007 trippait tant que ça.

La musique

Évidemment, la musique derrière ces hits suit un ensemble de règles. Une étude menée par deux étudiants à la maîtrise qui ont décidé de compiler les données de tous les hits des 50 dernières années leur a permis de déceler leurs points en commun. Ils ont noté un fait intéressant : un succès populaire a habituellement un rythme de 119,8 battements par minute (bpm).

Ici, nos deux titres ne correspondent pas tout à fait à la règle. Havana est plus lente, à 105 bpm, alors que The Pretender est beaucoup plus rapide, à 173 bpm.

«Le beat de drum n’est jamais compliqué, sinon ça vient difficile que ça devienne un ver d’oreille. [Pour que ça devienne un succès], il faut un hymne rassembleur.»

Toutefois, Louis-Philippe Labrèche note d’autres points communs musicaux intéressants : « Le beat de drum n’est jamais compliqué, sinon ça vient difficile que ça devienne un ver d’oreille. [Pour que ça devienne un succès], il faut un hymne rassembleur ».

Et si l’étude mentionnée précédemment mentionne que les hits deviennent de plus en plus dansants au fil des années, Louis-Philippe Labrèche n’a pas l’impression que la nature des chansons qui ont du succès change. Havana s’inscrit d’ailleurs dans une longue lignée de chansons d’inspiration latine qui deviennent le succès de l’heure, le temps d’un été : « Y’a toujours un rythme d’été qui pogne. Il arrive une toune dans une langue que les gens de l’endroit parlent pas, et ça devient un succès estival ».

Une question de contexte?

On a beaucoup d’éléments qui contribuent au succès d’une chanson, mais il me semble toujours que rien n’unit vraiment Havana et The Pretender. C’est que les succès n’apparaissent pas ex nihilo; il y a un contexte derrière une chanson.

Camila Cabello, si son nom n’était pas connu du grand public jusqu’à récemment, ne sort pas de nulle part. Elle a fait partie du groupe pop Fifth Harmony, avant de partir en solo en 2016. Signée par Sony, elle bénéficie d’une énorme machine. D’ailleurs, Havana est produite par Pharell Williams, génie de la chanson pop. On est loin du mythe de l’auteure-compositeure-interprète qui compose dans son sous-sol.

Et il y a aussi tout un contexte culturel à ce succès. Comme le souligne Louis-Philippe Labrèche : « Les gens de descendance latino, c’est la plus grande part de la population américaine en ce moment […] par plus de 20 millions de personnes. C’est comme normal que la musique latine […] va reprendre du galon ».

The Pretender s’inscrivait quant à elle dans un contexte complètement différent. La chanson est sortie à un moment où on attendait encore le iPhone 1, aussi bien dire il y a 1000 ans. Dans le cas des Foo Fighters, on parlait d’artistes déjà bien établis, qui jouissaient déjà d’une bonne réputation, mais, comme le rappelle M. Labrèche, qui revenaient d’un album qui avait un peu déçu, qui était plus doux.

Quand ils présentent The Pretender, ils reviennent avec une chanson plus heavy, comme à leurs débuts : « Ils revenaient à ce qui avait fait leur succès. C’est quelque chose qui marche toujours, quand c’est bien fait ».

Bref, il existe des points communs parmi les chansons qui pognent. Mais il n’y a pas une recette infaillible. Des chansons aussi différentes que The Pretender et Havana peuvent toutes deux obtenir d’énormes succès. Il y a peut-être UN secret, que Louis-Philippe Labrèche résume très bien : « Une bonne mélodie, c’est une bonne mélodie ».

Des fois, c’est aussi simple que ça.

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Si vous avez le goût d’entendre ces grands succès, sachez que Camila Cabello et les Foo Fighters, ainsi que plusieurs autres artistes de renom se produiront cet été au Festival d’été de Québec qui aura lieu du 5 au 15 juillet. Vous pouvez consulter l’horaire et vous procurer des billets en cliquant ici. Faites vite, la prévente se termine aujourd’hui, le 4 juin à 23h59.

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