Crossover : Comment le country s’y prend pour conquérir la sphère pop

Ça va beacoup plus loin que le Achy Breaky Dance.

En anglais, il y a un mot pour décrire ce phénomène exquis où un.e artiste d’un genre bien niché.e passe en mode mainstream : crossover. On parle d’un crossover lorsqu’Arcade Fire se met à faire du disco et à récolter des Grammys. On parle également d’un crossover quand des rappeurs comme ceux de Run-DMC s’acoquinent avec des bands comme Aerosmith pour marcher par là.

Récemment, la palme d’or du crossover revient à tous ces motivés de l’industrie du country américain. Même si on parle ici d’une grosse machine qui sait déjà remplir ses arènes et engranger des millions de dollars, semblerait que le désir de reach un plus grand public est tout de même présent. Les artistes country passent constamment du lapsteel à la beat machine, afin d’envahir la sphère pop. L’esprit collaboratif reste un des meilleurs moyens pour se démarquer et attirer de nouvelles oreilles.

Une Taylor sur mesure pour la pop

Avec trois/quatre albums pop traditionnels (ou crémeux), on a plus ou moins oublié que la méga star Taylor Swift avait d’abord les deux bottes de cuir bien enfoncées dans le country le plus Nashville. On a juste à écouter son premier album pour retrouver toutes les particularités du genre.

Tay n’est peut-être pas la musicienne la plus aventureuse, mais dès la fin de l’adolescence, elle vise loin et haut. À son équipe de collaborateurs s’ajoutent de grosses pointures de la pop comme Max Martin qui s’en donne à coeur joie pour faire éclater la structure gentille de certaines de ses chansons. Plus ancrés dans l’esthétique pop en vogue, Red, puis 1989 sont d’éloquents exemples d’un crossover réussis.

Une collaboration récente attire mon attention : le nouvel album Lover regorge de petits bijoux qui font pop, mais Cruel Summer, co-écrite par nulle autre qu’Annie Clark (St-Vincent), est à mille lieues des lassos et des ranchs, et propose plutôt un efficace cocktail électro-pop.

Ils ont tué Kenny (pour mieux le faire renaître)

Quand on est considéré comme LE Don Juan du country (et que les années 80 battent leur plein), c’est tout naturel de passer d’un album concept se déroulant dans un saloon à …un ovni disco-country (ou discountry?) réalisé par un des Bee Gees.

Eyes That See in the Dark est un tour de force qui mélange habilement la suavité de Kenny Rogers à la plume somptueuse et entraînante des frères Gibbs. Certaines pièces sont définitivement country (Islands in the Stream, power duo avec Dolly Parton, en est un fulgurant exemple), mais d’autres sont beaucoup trop dansantes pour un simple rodéo d’après-midi.

À plusieurs autres reprises, Misteur Rogers avait tenté le move de feu qui l’a propulsé au sommet des billboards de la pop. Share Your Love, album partiellement écrit par Lionel Richie, vise également les radios les plus commerciales, sans toutefois les atteindre. Comme quoi, quand on essaie de se réinventer en version pop, il faut s’y reprendre plusieurs fois.

EMMYLOU HARRIS

Emmylou Harris a owné le country plus d’une fois dans sa carrière. Avec 14 Grammys trônant sur son foyer (je les ai comptés à notre dernière game de bridge), on pourrait dire que la grande dame a fait le tour du genre. Sauf que jamais tout à fait. 

Pour Harris, le crossover s’est fait vers la musique alternative plutôt que vers la pop. En 1995, elle collabore avec le Québecois Daniel Lanois. On pourrait s’attendre à un gros son, ce dernier ayant réalisé une bonne poignée d’albums pour U2, mais l’album Wrecking Ball est un nuage de chansons presque ambiantes, hantées par des inflexions country, mais toujours trop à gauche pour sillonner la pop.

Affluences et confluences

J’ai l’air de vouloir dire que le country ne peut se suffire à lui-même et a besoin d’autres genres pour arriver à s’émanciper, mais vraiment pas. La conversation entre le country et les autres genres de musique est simplement loin d’être terminée. 

Simple rappel : Queen Bey a elle aussi cherché à sublimer sa pop dans l’excellente Daddy Lessons, un air country respectant toutes les règles du genre. Un certain rappeur du nom de Lil Nas X a également fait jaser de lui v’la pas très longtemps à cause de ses inclinations country, si vous voyez ce que je veux dire. 

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