Bruno Guérin

Dans la tête de Jean-Michel Blais

Le pianiste montréalais nous parle de son nouvel album « Dans ma main ».

La musique de Jean-Michel Blais est résolument contemporaine. Le pianiste montréalais, signé sur le label torontois Arts & Crafts, s’apprête à sortir son deuxième album complet en carrière intitulé Dans ma main le 11 mai prochain. Je suis allé le rencontrer chez lui durant un après-midi assez occupé, alors qu’il s’apprêtait à enregistrer une version unplugged de son premier opus. Bien accueillant, il m’offre dès mon arrivée de faire du café, entreprise complexe de team building que l’on arrivera à surmonter après moult difficultés. Je visite en même temps le reste de son appartement et on s’installe dans sa chambre, pièce où trône son bon vieux piano, pour l’entrevue.

Forteresse

On commence directement à parler du lieu qui nous entoure parce que le pianiste déménagera en juillet prochain. Si ça peut avoir l’air anecdotique comme information, il faut savoir que l’actuel appartement du Mile-End du musicien occupe une place importante dans son processus de création et sur l’album Il, alors qu’il y a été enregistré dans son intégralité. On y entend les bruits de la rue Hutchison et les craquements du plancher de sa chambre vivre et imprégner la musique involontairement. Sur Dans ma main, cet aspect a été en partie exclu, alors que les intrusions bruitistes y sont plus volontaires, assumées et travaillées. L’inclusion de synthétiseurs et d’influences électroniques viennent aussi souligner un tournant dans la jeune carrière du musicien, alors que le travail d’enregistrement plus professionnel et complexe vient prendre le pas sur la convivialité de Il, sans non plus devenir froid ou inaccessible.

« Le premier album a été composé de jour, on y entend des bruits de la vie de tous les jours. Le deuxième, je l’ai écrit de nuit, dans mon lit. Je voulais qu’on s’y sente un peu comme quand on se réveille d’un rêve et qu’on ne sait plus trop ce qui réel. »

Chanson

Faut dire que le musicien ne s’est jamais non plus fermé à l’électronique. Déjà sur Il, on avait droit à un avant-goût de ce qui allait venir par la suite avec la pièce Nostos. « C’est Bufflo qui a poussé pour qu’on la mette sur l’album. Moi je me disais déjà que c’était pour plus tard, que c’était une autre phase. Finalement, une maudite chance parce que c’est celle qui marche le mieux sur Spotify! »

Loin de simplement suivre la vague électronique qui sévit présentement dans le milieu néoclassique, Blais voit ce nouvel outil plutôt comme une texture ou une nouvelle option d’exploration. Parce qu’il faut le dire, le pianiste se garde toujours une porte ouverte à l’exploration, comme en témoigne également son travail avec le producer CFCF l’an dernier sur l’EP Cascades. S’ouvrant à toutes les influences et les procédés, il s’attarde surtout à la déconstruction du piano et des genres. « J’ai vite fait le pont entre le new age, le minimalisme, la trance, ou juste la musique répétitive et presque spirituelle comme la musique soufi. Ça m’a beaucoup inspiré par la suite. »

« J’avais vraiment été marqué quand Arcade Fire a repris sa chanson No Cars Go. C’était presque trop liché, trop tight sur la deuxième version. Je voulais éviter de faire ça. »

L’idée de reprise ne lui fait pas peur non plus. Alors que Cascades nous offrait déjà un aspect de revisite commune de matériel plus ancien des deux musiciens, Dans ma main ne fait pas non plus exception. La chanson titre elle-même est en fait une pièce originellement parue sur l’album I, aujourd’hui disparu des internets. Ce « premier » album, plus personnel et définitivement plus classique, a beau ne plus vraiment s’intégrer dans le son du projet Jean-Michel Blais, il fournit du matériel de travail intéressant encore aujourd’hui!

Outsiders

Sur scène, tout ça se présentait presque comme une conférence à certains égards. Blais joue ses pièces, mais n’hésite pas à présenter à son public des informations sur l’écriture musicale plus classique ou à parler de son processus de création durant quelques minutes à chaque interventions, le tout avec humour. Quand je lui demande si c’est la même formule qui sera présentée sur scène lors de son prochain spectacle au Festival international de jazz de Montréal avec Ólafur Arnalds le 29 juin prochain, il me fait une belle preuve de son goût prononcé pour l’improvisation. « J’en ai honnêtement aucune idée. Je commence à travailler là-dessus et je pense que c’est vraiment au Jazz qu’on va voir comment ça se décline, mais je ferme la porte à rien. »

Ceci dit, il ne faut pas non plus s’attendre à des spectacles comprenant ses divers acolytes, comme Bufflo, CFCF ou même la montréalaise Foxtrott. « Je trouverais ça plate de recevoir des invités rien que pour une ou deux tounes chacun. Ça se ferait mal pour une éventuelle tournée. » Et pour ce qui est de l’improvisation en spectacle, ce serait peut-être un éventuel but pour le pianiste, qui aimerait un jour pouvoir vraiment s’amuser avec la forme même de ses pièces et offrir des prestations plus conceptuelles et uniques. Avec un peu de pratique, tout est possible pour lui, même s’il ne s’est initié à la pratique électronique et au sampling que tout récemment, se considérant encore humblement comme un amateur en la matière.

« Je me vois tellement pas comme un musicien classique. Je m’identifie à rien, moi. »

Loin de faire dans la facilité, bénéficiant déjà d’une belle renommée et d’un succès critique avec son premier album, Blais s’est donc encore une fois lancé dans une exploration sans limites. Avec l’inclusion de textures électroniques, de la recherche sonore novatrice et un certain rejet des limites parfois rigides de la musique classique, la tête du musicien bouillonne d’idées. Et ce qui marque de Jean-Michel Blais, c’est son humilité et la qualité de sa réflexion sur le rôle et les implications de la musique. Très réaliste, il me parlera durant l’heure qu’on passe ensemble autant de sa vision du futur de la musique classique chez les jeunes, de techniques de création ou même des implications des médias sur sa carrière. Avec lui, tout devient captivant, presque extraordinaire, tant il a l’air intéressé par ce qu’il fait et ce qui l’entoure. La rencontre se finit sur un shooting photo, alors que Blais décide de se mettre au piano et de nous interpréter quelques pièces dans le cadre intime de sa chambre. C’est beau.

L’album Dans ma main sera disponible sur toutes les plateformes numériques dès le 11 mai 2018.

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