Marie Sebire

Danse ta différence : vendredi soir à la discothèque adaptée

Depuis plus de trente ans, les Compagnons de Montréal transforment le sous-sol de leur bâtisse de Rosemont-la-Petite-Patrie en piste de danse inclusive

Lumière tamisée, musique dans le tapis, un vendredi soir. Une discothèque me direz-vous ? Oui, mais une discothèque adaptée. Depuis plus de trente ans, les Compagnons de Montréal transforment le sous-sol de leur bâtisse de Rosemont-la-Petite-Patrie en piste de danse inclusive et accueillent 150 personnes chaque vendredi. On est allés y faire un tour.

Danser ensemble pour briser l’isolement social

Les Compagnons de Montréal fêtent cette année leurs soixante ans d’existence. Organisme à but non lucratif, ils offrent plusieurs services pour inclure les personnes atteintes de déficience mentale et d’autisme.

« On a un centre de jour qui propose des activités adaptées à chaque personne, puis ici, on a aussi un hébergement. On dispose aussi d’un service socioprofessionnel qui permet aux gens d’apprendre un métier comme la cuisine, la plonge, le commerce… Et notre dernier service, c’est la discothèque adaptée », nous explique la coordinatrice sur le secteur hébergement et loisirs Céline Lobet.

La discothèque est une activité à part entière qui nécessite plusieurs intervenants, dont Isabelle Bossé et Zarema Begak, toutes les deux coresponsables de cette activité.

« Briser l’isolement social, c’est un grand objectif. En déficience intellectuelle, c’est souvent un problème alors la discothèque, ça aide la sociabilité, la santé mentale et aussi la santé physique. Quand t’as une communauté et que tu sais que tous les vendredis soir tu vois des amis, ça aide dans toutes les sphères de la vie », raconte Zarema.

« La récompense de tout ça pour nous, c’est leur sourire quand ils arrivent. Si tu as eu une mauvaise journée ou une longue semaine, c’est pas grave, tu les vois contents et c’est l’fun », confie Isabelle.

L’accueil chaleureux

18 h 30. Les portes vont bientôt s’ouvrir et Sylvain est prêt. Comme tous les vendredis depuis 21 ans, il a enfilé son dossard orange et s’apprête à accueillir les fêtards. Certains arrivent en transports adaptés de la STM ou en taxi, d’autres de façon autonome en métro. Les véhicules défilent dans la petite rue de Saint-Vallier. Dehors déjà, il y a la file.

Sylvain a enfilé son dossard orange et accueille les participants à la porte. Il est fidèle au poste depuis 21 ans. Photo : Marie Sébire

À l’intérieur, les neuf intervenants et les quatre bénévoles sont en place et se sont réparti les tâches dans les différents services : accueil, vestiaire et cantine. Ils sont aussi tous présents pour écouter les participants, résoudre une chicane ou encore danser avec eux durant toute la soirée.

« C’est un milieu que je ne connaissais pas du tout avant de venir ici. Ce qui me plait, c’est le contact avec les gens et c’est chouette de se sentir utile », raconte Janine qui travaille aux compagnons depuis l’été dernier.

Louis est LE DJ de la place. Depuis 30 ans, c’est lui qui est aux platines de la plus grosse discothèque adaptée de Montréal et qui connait tous les habitués qui le saluent chaleureusement en arrivant.

Louis, DJ de la discothèque adaptée depuis ses débuts, est aux platines tous les vendredi soir depuis 30 ans. Photo : Marie Sébire

Laisser le bon temps rouler

Ça y est, la soirée commence. La diversité est belle à voir. Il y a autant d’hommes que de femmes, de jeunes que de personnes âgées. L’événement est ouvert à toute la communauté, quels que soient le handicap et le niveau d’autonomie. D’ailleurs, il est bien connu des intervenants du milieu et n’a pas besoin de communication pour faire le plein de participants. Le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime !

« C’est pas parce que tu as une situation de vie différente que t’as pas le droit de vivre des expériences. La discothèque est une occasion de vivre une soirée, peu importe ta situation », explique Zarema.

Emilie, intervenante, en tête du « train », un rituel qui se répète chaque vendredi. Photo : Marie Sébire

Les musiques s’enchaînent. Certains dansent, d’autres préfèrent rester assis ou se rendre dans la cantine où il y a plus de calme. Steven vient à la discothèque depuis 2007. C’est d’ailleurs ici qu’il a rencontré sa blonde, Annick.

« Ça va faire un an qu’on est ensemble la semaine prochaine. Puis elle va venir chez ma mère chez moi. […] On vient tous les vendredis, on a beaucoup d’amis nous autres et ma mère, elle va venir la semaine prochaine, elle veut rencontrer la gang », raconte Steven, entre deux bisous.

Sur la piste, ça s’enlace, ça s’embrasse. Plusieurs couples se sont formés pendant ces soirées dansantes.

Steven et Annick, en couple depuis un an, se sont rencontrés à la discothèque. Photo : Marie Sébire

Danny, par exemple, travaille comme concierge aux Compagnons et il a rencontré Victoria pendant une soirée discothèque, « près des speakers ». Ils voudraient se marier cette année.

Danny et Victoria se sont rencontrés à la discothèque. Photo : Marie Sébire

D’autres préfèrent la jouer en solo. Jason par exemple est un habitué de la place et se fait souvent des amis, mais il aime bien danser tout seul et est reconnu pour ses moves de danse. « Je vais danser ce soir, t’imagine même pas. Chorégraphie ma chère ! », me lance-t-il.

Quelques minutes après, c’est parti. Comme chaque vendredi, Jason a demandé sa chanson préférée des Backstreet Boys, il prend le centre de la scène et commence la chorégraphie, concentré et fier.

L’ambiance est bon enfant et spontanée. Plusieurs viennent nous voir et sont curieux de comprendre ce que l’on fait là. Certains sont vraiment ravis qu’on écrive quelque chose sur leur discothèque. On a droit à des câlins et à des danses, en toute sincérité. Après plus de 3 h de fête, l’ambiance se calme, les participants quittent les lieux peu à peu, le sourire aux lèvres. Certains se sont fait de nouveaux amis, un petit chum ou une blonde, d’autres ont enflammé la piste de danse ou écouté de la bonne musique. La soirée est terminée. À la semaine prochaine !

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