De Brenda Lee à Blood Orange : Ces chansons qui nous parlent

Cette semaine, on se penche sur les chansons qui mettent en scène la parole.

C’est aujourd’hui que sort Negro Swan, l’attendu quatrième album de Blood Orange, projet du Britannique Devonté Hynes. Si l’artiste a su faire parler de lui grâce à ses collaborations de renom, il a également su, au fil de ses créations en solo, faire parler ses propres chansons. Le songwriting unique de Hynes est notamment connu pour son abondance de passages non chantés. Témoignages, réflexions, discours, Blood Orange donne la parole à des voix diverses qui étoffent son propos.

La pratique ne date pourtant pas d’hier : voici donc un survol de son utilisation dans l’histoire de la musique.

Les années 60 et le temps des confidences

La célèbre pièce I’m Sorry de Brenda Lee est une véritable excuse. Adressée à un cœur injustement brisé, elle met en scène une Brenda toute vulnérable qui n’hésite pas à arrêter de chanter pour s’adresser humblement à l’amour bafoué. L’effet est prenant et mémorable.  Plus convaincante que, disons, Donne-moi ma chance, la méthode « confidence » est courante pour l’époque, particulièrement dans le monde du Countrypolitan, comme le démontre ce petit bijou.

Parler dans sa pop : Les années 70-80

Des maîtres du hit single tels que Michael Jackson et Prince savent comment se servir du mot parlé dans leurs chansons autrement conventionnelles. Un Notre Père subversif au milieu d’un funk lancinant comme dans Controversy, une abdication plaintive au début d’un Don’t Stop ‘Til You Get Enough, une intervention ténébreuse de Vincent Price pendant Thriller, les passages parlés confèrent un statut mythique aux morceaux qui les contiennent.

Les années 90-2000 : citations et samples.

Du clap au kick drum, le concept de sample est devenu un incontournable de la création musicale. Pourtant, échantillonner du vocal non chanté est une idée qui progresse petit à petit. Des pistes telles que The Jezabel Spirit de Brian Eno et David Byrne, mettant en relief un véritable exorcisme, sont peut-être précurseures d’une pratique qui trouve sa pleine expression dans le Hip-Hop et l’électro du tournant du siècle.

Ici et maintenant : prise de pouvoir

Ces passages sont d’une grande diversité et remplissent de primordiales fonctions.

Les interventions poétiques de Kendrick Lamar entre les morceaux de To Pimp A Butterfly font partie intégrante de l’œuvre, tout comme les interludes parlés qui parsèment A Seat at the Table de Solange, les messages téléphoniques sur Blond de Frank Ocean, et Ctrl de SZA ou les monologues qui précèdent les pièces du tout nouveau OnePointFive du rappeur américain Aminé. Ces passages sont d’une grande diversité et remplissent de primordiales fonctions. Ils dévoilent la vulnérabilité de l’artiste, ses aspirations, ses limites ou ses luttes. Ils transforment l’écoute de simples chansons en véritable aventure humaine en nous faisant découvrir le contexte dans lequel l’artiste évolue.

Et au Québec?

Ne vous inquiétez pas, le Québec détient son lot de mots parlés sur chansons populaires. Des grands noms tels que Jean-Pierre Ferland ont versé eux aussi dans le blabla musical, au plus grand plaisir de nos oreilles. Plus récemment, un Jean Leloup fragile nous a même fait la conversation au téléphone. Force est de constater qu’ici ou ailleurs, la parole fait autant office de musique que n’importe quel autre instrument.

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