Comment j’ai découvert Chandra 40 ans trop tard

Le secret trop bien caché de M pour Montréal.

De nos jours, on a une vision un peu floue de ce qu’était New York dans les années 1980. D’un côté on nous en parle comme si c’était un endroit sale, dur et dangereux, d’un autre la métropole était totalement électrisante et remplie d’énergie créatrice. À l’époque, une jeune Patti Smith se promenait dans l’East Village et on pouvait encore tomber sur David Byrne au CBGB. Au même moment, une rumeur courait dans la communauté musicale, une fillette serait la frontwoman d’un band de post-punk… et ce serait assez solide en plus. Cest de là que la légende de Chandra Oppenheim est née.

En 1980, âgée d’à peine 12 ans, Chandra était la leader d’un groupe portant son nom qui alliait le meilleur du post-punk et du disco à des textes d’une profondeur qui dépassait largement son âge. Encouragée par son père, l’artiste Dennis Oppenheim, Chandra écrivait des chansons depuis déjà quelques années. Ce sont des amis de son partenel, des membres du groupe Model Citizens, qui l’ont recruté pour créer un nouveau groupe. Les musiciens avaient repéré Chandra alors qu’elle participait à des performance piece sous la supervision de ses parents. C’est à la suite de cette rencontre qu’est paru Transportation, le premier EP de Chandra, le groupe.

Mettre la musique sur pause

On pourrait réduire un morceau comme Kate, écrit pour sa meilleure amie de l’époque, à de la simple jalousie envers la fille populaire de l’école, des enfantillages. Chandra y inclut toutefois une critique sociale, consciemment ou pas. L’envie qu’elle ressent pour la fille « with the pretty blond hair » y est palpable, mais la pièce aborde aussi l’envers de la médaille : le poids du regard des autres, avec lequel vit Kate, mais également toutes les filles/femmes de sa génération.

Après la sortie de Transportation, le groupe passe deux ans à faire des spectacles sur la scène underground de New York et à partir en tournée avec la Chandra Dimension, un groupe de musiciens composé d’autres ados. Vers 14-15 ans, la jeune femme a mis de côté la musique pour se concentrer sur ses études et a ainsi mis son groupe sur pause pendant près de trois décennies…

36 ans plus tard…

En 1982, personne n’aurait pu se douter les morceaux de Transportation seraient encore joués sur scène plus de 36 ans plus tard et par Chandra elle-même. En 2008, le EP a été réédité par la maison de disque Cantor Records, puis en 2014 un spectacle hommage à Chandra a été organisé à Toronto. Lorsqu’elle en a entendu parler, Chandra a tenu à participer au concert et a fait son retour sur les planches avec son tout premier projet. S’ensuivent une tournée en 2015 ainsi qu’un passage chez nous à Pop Montréal en 2016. De nôtre côté, c’est dans une nouvelle salle de la rue Saint-Laurent, le Diving Bell Social Club, que nous avons eu la chance de voir la légende new-yorkaise le week-end dernier.

C’était l’un des secrets les mieux gardés de M pour Montréal et l’un des spectacles les plus mémorables de l’année 2018, selon moi. Même si elle semblait un peu timide au début de la prestation, Chandra Oppenheim, maintenant âgée de 50 ans, n’a rien perdu de l’énergie de son adolescence. Elle était tout simplement magnétique. La petite foule rassemblée pour cet évènement ne pouvait regarder ailleurs. La fascination peut possiblement s’expliquer par son style de chant qui peut ressembler aux cris de ralliement des cheerleaders sur certains morceaux ou le deuxième niveau de lecture qu’ont ses paroles maintenant chantées par une adulte. Peu importe, la magie a opéré ce soir-là.

Lors d’un moment qui nous a semblé hors du temps, Chandra Oppenheim a prouvé que la bonne musique ne vieillit pas.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

L’histoire du rap québécois en 10 chansons

Le rap québécois vit présentement une percée historique auprès du grand public, percée très attendue et possible entre autres grâce aux sites de […]

Dans le même esprit