Daphné Caron

Les dessous de Milk & Bone

Dans le cadre de la sortie de leur 2e album, « Deception Bay », Véronique Grenier a plongé doucement, délicatement dans l'intimité du duo.

C’est par un lundi humide frette que je me rends à Montréal pour n’y faire qu’une seule chose : aller jaser avec Camille Poliquin et Laurence Lafond-Beaulne du duo Milk & Bone. J’aurais pu leur parler au téléphone, mais je tenais à les voir, en vrai, à les entendre, en vrai, raconter ce nouvel album, Deception Bay, sorti le 2 février, et tout le chemin parcouru depuis. Parce que je les aime beaucoup. Parce que leur premier album, Little Mourning (2015), a bercé, en trame de fond, un bout de ma vie.

On se rencontre dans un café aux murs blancs. Elles sont vives, clairement enjouées, la discussion flow et leurs paroles s’alternent, se complètent, font des tremplins de l’une à l’autre, un transparent de cette amitié et des années qui les unissent.

Leur histoire, en très bref

Elles se sont rencontrées au cégep, mais ce n’est qu’une fois engagées sur la même tournée en tant que musiciennes, qu’elles se sont rapprochées. Elles passaient beaucoup de temps toutes les deux, chantaient ensemble. L’envie d’écrire, pour le plaisir de la chose, s’est rapidement imposée et c’est ainsi que la pièce «New York» a été composée, puis lancée sur Soundcloud. La réponse y a été plus qu’enthousiaste, la suite, une série de surprises, surtout, de plaisir, nécessairement, et de travail assidu.

À la veille de la sortie de Deception Bay, elles regardent la distance parcourue en ayant l’impression d’être en continuité avec leurs débuts, qu’elles ont frayé leur chemin à coup de baby steps, de dire Laurence, que rien n’a changé drastiquement, au fil du temps. Si ce n’est cette confiance qui désormais les habite. Confiance dans leur écriture, les sujets abordés et le souci de les traiter sans pudeur, de s’être données la permission de s’assumer, de pouvoir jouer, d’être elles-mêmes, sans filtre. Elles explorent l’humain, ses multiples facettes. Et leur public, qui aime et se retrouve dans leurs mots, le leur rend bien. Ils sont nombreux, souligne Camille, à lui avoir mentionné que les deux premiers mots de Daydream, «Touch me», les ont surpris tout en les touchant, qu’ils trouvaient ça bien d’entendre cette volonté, cet impératif, dit avec autant de simplicité. « Nommer le vrai parce que c’est ce qui fait du bien », dit-elle, et le désir en fait partie, du vrai.

Elles considèrent donc oser davantage, autre marque de la confiance qui les meut, et qui se transpose également dans la manière avec laquelle elles vivent Milk & Bone. Elles savent qui elles sont, ce qu’elles veulent offrir, ce qui les attend. Elles ont le sentiment d’avoir pris le contrôle, d’être moins dépassées par la nouveauté, ce qui leur a permis de s’approprier les processus, de questionner les manières de faire et de choisir celles qui les représente vraiment comme le mentionne celle qu’on connait aussi sous le nom de Kroy : « notre projet, nous est extrêmement cher, on sait exactement où on s’en va avec ça, on ne mettra pas de l’avant une image qui n’est pas la nôtre ».

Elles savent qui elles sont, ce qu’elles veulent offrir, ce qui les attend. Elles ont le sentiment d’avoir pris le contrôle, d’être moins dépassées par la nouveauté, ce qui leur a permis de s’approprier les processus, de questionner les manières de faire et de choisir celles qui les représente vraiment.

Finalement, c’est jusque dans l’acte même de la création qu’elles se donnent mutuellement force et ancrage, une confiance dans le miroir offert par l’autre, dans sa présence. Elles écrivent chacune de leur côté, puis se présentent leur matériel respectif pour voir ce qui leur parle, les inspire, serait à retravailler. Laurence juge que « ce qui est le fun d’être deux, c’est que ça permet de calmer les doutes, […] d’enlever des insécurités », elle mentionne également que ce second regard sur des pièces qu’elle avait, parfois, un peu tassées lui a permis de « retomber en amour avec ces chansons-là ». Elles ont passé quatre jours dans un chalet, pour entamer le travail sur le deuxième album, à faire ça, s’offrir, en tout premier lieu, leurs mots, l’une et l’autre pour y trouver la matière nécessaire aux nouvelles compositions. À ce qui serait offert aux oreilles, notamment celles de leurs fans qui les surprennent et qu’elles trouvent « vraiment merveilleux ». Le duo vit clairement ce rapport avec ceux et celles qui les écoutent de manière privilégiée et reçoit avec beaucoup d’intensité les témoignages des émotions vécues par leur public grâce à leur musique.

« On a besoin d’eux. », dit doucement Laurence.

La place des femmes en musique

La question de la place des femmes dans le domaine de la musique occupe de plus en plus d’espace médiatique, ce que Laurence considère comme une chose bien : « il y a un dialogue d’amorcé, les gens sont conscients qu’il y a un problème, qu’il y a encore énormément d’inégalités, et que c’est frustrant. » Elle s’inquiète surtout que ce qui est pointé du doigt en reste aux dénonciations et que peu d’actions en découlent. Parce que ce n’est pas si simple. Camille enchaîne avec le fait qu’il « faut plus de femmes, point. L’égalité des chances. » Qu’on cesse, aussi, de n’offrir, surtout dans les parcours académiques, que des hommes comme modèles comme si les femmes n’avaient jamais su performer suffisamment pour figurer dans les histoires de la musique. Que l’éducation change, donc, et qu’on offre aux femmes et aux filles des exemples à suivre et de qui s’inspirer, pour pouvoir se dire « qu’on est capables ».

Et c’est sans doute un peu pour cela, et par grande cohérence, qu’elles ont généreusement choisi de participer à l’initiative B-Cause de la compagnie montréalaise Sokoloff Lingerie – qui a demandé à sept femmes influentes qu’elle aime de créer une bralette à leur image et dont les profits iraient à l’organisme de leur choix – en confectionnant donc un duo de bralettes d’inspiration Milk & Bone – qui ne sont tristement plus en vente – et en choisissant comme cause, le « Camp Rock pour Filles Montréal [qui] encourage les jeunes filles et jeunes de genre non conforme à s’épanouir dans un environnement sain et propice au développement de l’estime de soi, à travers l’accomplissement que procure la composition et la performance musicale en équipe ».

« La féminité, moi, je pense que c’est tout ça : c’est aussi avoir du caractère, être forte, en crisse des fois, autant qu’être sensible et douce. »

Créer du beau à porter, soutenir un projet qui permet à d’autres de s’épanouir. J’ai le goût de leur dire « être tellement un exemple fort à suivre », à pleins d’égards, entre autres sur la représentation de la féminité qu’elles incarnent que Laurence résume si bien : « La féminité, moi, je pense que c’est tout ça : c’est aussi avoir du caractère, être forte, en crisse des fois, autant qu’être sensible et douce. ». Se donner le droit d’être, elles disaient, au début de notre rencontre.

Elles ont terminé une journée d’entrevues avec encore le sourire large, avaient hâte au lancement qu’elles voulaient un party, un moment pour prendre le temps avec les gens présents. Elles feront un show au Théâtre Corona le 5 avril, puis partiront en tournée aux États-Unis et en Europe et tout cela leur est déjà tellement immense : « On n’a jamais attendu rien de ce projet-là. Tout ce qui se passe est plus que ce à quoi on s’attendait », dit Camille, en s’exclamant du même coup que la playlist du café est parfaite. Un peu comme elles, leur musique, leur propos.

J’ai roulé en char pour retourner à Sherbrooke avec en boucle, le nouvel album. Le son très fort, question de remplir chaque espace de l’habitacle de leurs voix. À la troisième écoute, j’avais déjà quatre nouvelles chansons préférées, de celles que je vais écouter à l’infini, sans me tanner. De celles que mes p’tits vont finir par connaître cœur, aussi. BBBlue est déjà sur repeat, Daydream, aussi, et bien que j’aime beaucoup le Touch me du début, c’est le Breathe me qui me donne le plus de frissons sur la nuque. C’est un peu ça, les entendre, un long frisson de magnifique que je te souhaite.

Crédit photo : Daphné Caron

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