Détecteur de métal : le grindcore

L'équivalent musical de rentrer chez quelqu'un, boire son alcool, chier sur son tapis et terroriser ses enfants. En trente secondes ou moins.

Il n’est pas rare de voir des commentaires sous des articles sur la culture du métal des gens qui mentionnent vouloir s’y initier. Cela dit, il n’est pas nécessairement évident de savoir par où commencer. Comment faire pour apprécier un style quand on n’a pas tous les référents du genre? Dans la série « Détecteur de métal », on porte fièrement à bout de bras la solution à ce questionnement avec une série d’articles sur les genres et sous-genres du métal.

Le grindcore, c’est la musique par excellence pour partir une chicane.

Certains vous diront que c’est pas de la musique. D’autres que c’est pas du métal. Les plus intolérants appelleront la police si vous en faites jouer chez vous et aucun d’entre eux n’a tort. Le grindcore, ça dérange.  C’est de la musique faite pour faire chier les bien pensants. Aujourd’hui je vous explique d’où ça vient et pourquoi vous devriez en écouter.

L’origine

Le grindcore a vu le jour quelque part en Europe, au milieu des années 80. On attribue souvent la paternité du genre au groupe britannique Napalm Death, mais c’est pas SI clair que ça. Eux-mêmes ont affirmé en entrevue avoir été originalement inspirés par le travail du groupe américain Repulsion. D’autres disent que c’est le groupe Siege qui est à l’origine du mouvement. En gros, le grindcore existait à peine et déjà, le monde se chicanait à son propos.

 

L’idée derrière ce genre musical cacophonique et imprévisible, c’était mélanger l’agressivité du punk hardcore avec la brutalité sonore du death metal. De faire de l’agressivité et du volume les deux variables les plus importantes. Le mouvement s’attaque aussi à la structure des chansons. Elles durent le temps qu’elles ont à durer…. d’habitude entre 2 minutes et une seconde et quart (non, je n’exagère pas. J’en parle plus loin). 

C’est pour qui

Pour le gars qui est écoeuré des geeks qui viennent voir Mayhem ou Anaal Nathrakh juste pour rester droit comme un piquet et observer le guitariste faire ses solos, comme s’ils regardaient de la porn. Ou pour ceux qui haïssent Opeth et leurs fans qui disent à tout le monde pendant Heavy MTL : «Moi, j’aime pas ça la musique simple.»

C’est aussi pour les gens qui ont trop de colère accumulée et qui cherchent un simili safe space pour s’exprimer sans se faire arrêter par la police. C’est une drôle de crowd, sérieux. Si vous allez voir un show de grindcore, attendez-vous au moins à saigner un petit peu et à voir des choses que vous ne pensiez jamais voir, genre un dude sur le PCP qui vide une armoire de concierge en balais, moppes et bouteilles de produits chimiques sur le monde (true story!). 

Les maîtres du genre

Napalm Death

L’exemple canonique, lorsqu’on parle de grindcore. C’est bruyant, abrasif et ça ne prend pas de détour. Napalm Death sont célèbres non seulement pour avoir fondé le genre, mais aussi pour être l’un des groupes les plus engagés du mouvement. Leurs sujets de leurs chansons sont toujours une variante de: envoyer chier les politiciens anglais, envoyer chier les fascistes ou encore réenvoyer chier les politiciens anglais. Parfois, tout ça à l’intérieur de la même chanson. 

Brutal Truth

Un autre groupe à saveur engagée, mais un tantinet moins cérébral que Napalm Death. Formé par l’ancien bassiste d’Anthrax Dan Lilker, Brutal Truth est un des premiers groupes de musique extrême à s’intéresser aux enjeux environnementaux. Ils faisaient ça avant que ce soit cool, eux. Le groupe s’est malheureusement séparé aujourd’hui, parce que ce bon Dan éprouvait des problèmes de santé. J’ai eu la chance de les voir en spectacle avec Testament en 2006 et leur chanteur Kevin Sharp est tout simplement une bombe d’énergie. Il joue aujourd’hui avec Shane Embury de Napalm Death dans un groupe qui s’appelle Lock Up.

The Locust

Il y a tout un pan du grindcore plus axé sur l’expérimentation et l’éclatement complet des structures musicales. The Locust en est non seulement un bon exemple, mais l’un des groupes les plus populaires issus de ce mouvement un peu plus intello/jazzy. Ils ont adopté une esthétique sonore plus noise rock avec les années, mais ils demeurent quand même un des groupes les plus cités au monde.

 

Suggestions d’écoute

Pig Destroyer – Alexandria

Mon groupe de grindcore préféré. Cette chanson est l’équivalent d’être coincé dans ma tête pendant 3 minutes. Une histoire bien connue à leur sujet: leur chanteur a pété son micro en plein spectacle et a juste… décidé de continuer sans. Parce que fuck les micros quand tu chantes fort.

Dying Fetus – Kill Your Mother/Rape Your Dog

Autre idée pour partir une chicane: demander aux gens si Dying Fetus sont grindcore ou brutal death metal. Les réponses varient d’une personne à l’autre. Cette chanson-ci est purement grind. Le riff de guitare à 0:35 est l’équivalent de se faire donner une claque sua yeule par le diable lui-même.

Napalm Death – You Suffer

Oui, c’est la toune la plus courte au monde. Très existentiel comme vibe.

Lock Up – Accelerated Mutation

Le groupe de Kevin Sharp et Shane Embury dont je vous parlais plus haut. Deux puristes intransigeants qui font de la musique ensemble, ça torche un max.

Nasum – Wrath

Le groupe suédois faisait fureur internationalement lorsque leur chanteur Mieszko a trouvé la mort dans le Tsunami de 2004 en Asie du Sud-est. Leur musique avait une délicieuse fureur qui donnait envie de se battre avec le premier venu.

Leng Tch’e – Derisive Conscience

Ce petit groupe belge a toujours été le darling des festivals, parce que leur musique est lourde, catchy et propice à aux mosh pits les plus extrêmes. Leng Tch’e, c’est de la musique de party pour les amateurs de violence. Ils sont aussi connus pour avoir fait ce curieux clip dans une tour à bureaux quelconque. 

Agoraphobic Nosebleed – Merry Crystmeth

Un autre groupe précurseur. C’est d’ailleurs l’un de leurs membres qui a fondé Pig Destroyer. Personnellement, je ne trippe pas full sur eux, maaaais… on ne peut pas parler de grindcore et ne pas les nommer. Cette toune est quand même très amusante.

Agathocles – No Gain, Just Pain

Là, on est plus dans mes cordes. On crédite souvent Agathocles pour l’invention de multiples sous-genres tels que le goregrind et le noisegrind, ce qui est pas tout à fait vrai… mais ils étaient quand même épouvantablement extrêmes pour l’époque. 

Carcass – Genital Grinder

Techniquement, le goregrind, ça a commencé avec Carcass. Écoutez-moi ces guitares caverneuses et cette batterie assourdissante. Un triomphe de production lo-fi. Il a fort à parier que cette chanson aurait eu beaucoup plus de succès si elle ne s’appelait pas “moulin à parties génitales“. Elle est sur ma playlist Spotify de course depuis plusieurs années.

Wormrot – Fallen Into Disuse

On ne peut pas parler de musique extrême à proprement parler sans proposer un groupe japonais. Wormrot ne sont pas les plus extrêmes, mais leur musique a une énergie et une rage contagieuse qui fait d’eux des incontournables du grindcore en 2020. 

Vous aurez remarqué que je n’ai pas TROP parlé de goregrind, noisegrind, cybergrind et tout les sous-genres qui finissent en -grind, mais c’est une discussion un peu plus complexe avec des personnages plus ou moins stables mentalement et au talent musical questionnable qu’on abordera un autre jour. En attendant, mettez-vous en plein les oreilles! 

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