Devon Welsh : artiste de rêves locaux

À l'occasion de la sortie de « Dream Songs », on a rencontré l'ex-Majical Cloudz.

En 2016, quand j’avais appris que Majical Cloudz se séparait, ça m’avait pas mal affecté. Je me souviens que je venais de découvrir le groupe, quelques mois seulement avant cette annonce, avec leur magnifique opus Are You Alone? et que j’écoutais compulsivement la ballade Childhood’s End. Mais voilà, fallait se résigner, Devon Welsh et Matthew Otto ne feraient plus de musique ensemble.

En mai 2016, surprise, Devon Welsh ne lâche pas entièrement le morceau et lance une compilation de chansons sur son Bandcamp. Les fans reprennent peu à peu espoir, alors que Welsh souligne aussi la mort d’Alan Vega en 2017 avec une ballade aujourd’hui disparue du net. Aujourd’hui, deux ans après cette dure épreuve, le Montréalais fait enfin son comeback avec un premier album solo impressionnant intitulé Dream Songs.

L’œuvre bonifiée

Je dis solo, mais l’artiste ne le voit pas à 100 % ainsi. « J’ai beaucoup travaillé avec Austin Tufts du groupe Braids sur l’album. Dans un sens, j’avais peut-être encore moins de contrôle sur les chansons qu’à l’époque de Majical Cloudz, où je savais ce que je voulais obtenir avec la musique au final. » Si Welsh a composé la majeure partie de ce que l’on retrouve sur son œuvre, Tufts a participé à la transformation des idées de son ami, surtout en ce qui a trait aux orchestrations. L’un des ajouts majeurs ici, c’est un quatuor à corde, qui vient réellement appuyer les paroles. « Au début, on s’est ramassé avec des cordes sur l’album, mais en version midi. C’est Austin qui m’a dit qu’on pourrait travailler avec des vrais instruments et j’ai beaucoup aimé le résultat. »

Ceci dit, ce ne sont pas les seuls « vrais instruments » que l’on peut retrouver sur Dream Songs. Comme à son habitude, Welsh compose principalement au piano et à la guitare et cette dernière est bien présente sur Summer’s End, notamment, grâce à la participation de Kyle Jukka (She-Devils). Ajoutez à cela la participation de « l’autre Austin » (Milne) au saxophone et vous vous retrouvez avec des belles innovations. C’est que Devon aime s’entourer de ceux qui l’inspire, de ces amis qui l’entoure, pour créer, et ce même si l’on peut souvent avoir l’impression que sa musique est hautement personnelle.

« Je pense que mes paroles gardent tout de même une universalité. Les thèmes dont je parle sont des expériences que j’ai traversées, mais qui sont probablement arrivées à d’autres et auxquelles ils peuvent se rattacher. » Malgré cela, l’impression que le musicien se livre à nous reste très présente à l’écoute. Sur Summer’s End, pièce maîtresse de l’opus à mon avis, Welsh parle de son père, sujet récurent dans ces textes. Sur d’autres, en messages cryptiques, il nous chante l’amour, mais avec une sensibilité impressionnante et peu commune.

« Je ne me suis jamais vraiment demandé si je pourrais parler à travers les yeux d’un autre ou de choses que je n’ai pas moi-même vécues. Je ne crois pas que ce soit quelque chose qui me vienne naturellement. »

Entouré sur scène et dans la vie

L’un des sujets qui reviennent souvent en parlant avec Devon Welsh, c’est son entourage, ses amis et ses collaborateurs. Très humble, il leur accorde souvent tout le mérite qui leur revient. Dans la description de l’album, on retrouve d’ailleurs la mention suivante, fort révélatrice : « I want to love more and better, I want to surrender more, I want to live with less fear, I want to participate in healing and connecting. I think I subconsciously write about the things I’m hoping for, and the songs on this album are about those desires. » (Je veux aimer plus et mieux, je veux me livrer plus, je veux vivre avec moins de peur, je veux participer à la guérison et aux connexions. Je crois que j’écris inconsciemment sur les choses que j’espère voir arriver et que les chansons qui composent cet album parlent de ces mêmes désirs.)

C’est que Welsh voit son entourage à Montréal comme une réelle famille, un entourage important auquel il veut collaborer dans la mesure du possible. Quelques jours seulement après notre conversation, Welsh a justement fait la manchette en offrant son soutien à une présumée victime d’abus sexuels de son ancien collaborateur Matthew Otto, sans toutefois se mouiller plus que cela. Pour lui, la sécurité de la scène musicale passe avant tout, un sentiment que je trouve bien pur.

Son lancement en témoigne d’ailleurs. Plutôt que de faire un traditionnel show et de se mettre à l’avant, Welsh a choisi d’organiser « un party bien simple où l’album va jouer en boucle, mais où les gens pourront voir les projections de Christopher (Honeywell). » Encore là, c’est sur son collaborateur que l’accent est mis, lui qui a produit un film 16mm durant le processus de composition de l’album, un film sur lequel « la musique et le cinéma se rencontrent et se répondent l’un l’autre. »

Inspiré par l’ici et le maintenant

Mais outre cette adéquation avec l’image, je veux savoir ce qui a musicalement inspiré Welsh. Si l’album semble simple, les textures y sont réfléchies et fort efficaces, le tout dans un cadre pop actuel. « Je ne suis pas vraiment à jour avec ce qui se fait en pop. Je ne cherche pas à avoir le dernier son en vogue, mais plutôt de m’inspirer de ce qui m’entoure et de ce que j’écoute vraiment. » Et comme il collabore présentement avec un membre de Braids, après avoir passé plusieurs années aux côtés de Grimes ainsi que dans l’entourage d’Arbutus Records et de Arts & Crafts, pas étonnant que son album sonne aussi montréalais et frais que ça. On est effectivement loin des tendances majeures se rapprochant du hip-hop de plus en plus. « Je ne cherche pas à obtenir un son particulier quand j’écris. Ce sont plutôt les circonstances entourant la conception de l’album et l’enregistrement qui vont avoir une influence. »

Pour son premier long-jeu solo, Devon Welsh signe donc une bande sonore remplie d’émotion et de sensibilité, bien à son image. Si le musicien n’a pas joué ses chansons lors de son lancement en août, le public montréalais aura l’occasion de le voir prochainement, alors qu’il sera en première partie de l’Américaine Zola Jesus le 26 septembre prochain dans le cadre de Pop Montréal. Son album est également disponible en téléchargement sur Bandcamp.

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