Camille Gladu

Donzelle est de retour (et elle est encore en criss)

Son nouvel album, « Presse-jus », sort vendredi.

– VILLERAY 9H DU MATIN –

Je vais vous faire une confession : la raison pour laquelle j’ai décidé de devenir auteur c’est parce que je déteste me lever avant 10h le matin.

« Putain qu’il est tôt. » C’est pas mal ce que je suis en train de me dire . Il est 9h du mat’, je cogne à la porte d’un bungalow, j’ai rendez-vous avec une rappeuse…

Cette rappeuse c’est celle que je vois à travers la fenêtre marcher dans ma direction, avec un jacket vert, de longs ongles mauves percés (je savais même pas qu’on pouvait avoir un piercing sur l’ongle) et un gros sourire aux lèvres.

C’est Donzelle, celle qui malmène les machos et inspire les femmes. Celle qui fait un retour à la musique après une pause de 10 ans et qui m’ouvre la porte en disant :

« Salut moi c’est Roxanne, entre! »

Une fois à l’intérieur, soudainement, plus une once de fatigue dans mon corps. Juste de la fascination pour tout ce qui se trouve autour de moi.

« Veux-tu que je te fasse visiter la maison »

« Damn oui! »

Crédit photo : Camille Gladu

Elle commence par me montrer la chambre de sa fille : sur le mur une grosse illustration d’un palmier qui ressemble à une serviette de plage qu’on donne gratuitement à l’achat d’une caisse de Corona. Cheesy à souhait.

« C’est elle qui a demandé à avoir ça… J’étais tellement fière d’elle! » dit-elle sans une once d’ironie.

Elle me montre ensuite son salon, peuplé d’œuvres d’art contemporaines toutes plus incroyables les unes que les autres, puis sa bibliothèque qui couvre tous les murs, excepté quelques espaces où se trouvent des bibelots de chats en verre qui font la pose. Finalement la salle de bain, où une musique jazz sensuelle démarre dès qu’on ferme la porte.

« Ça fait des années qu’on travaille sur la maison mon chum et moi! »

C’est dans son royaume kitsch que Donzelle m’a invité pour discuter de son nouvel album, ses futurs projets et un peu de son passé.

 

« À l’époque, j’étais beaucoup plus en criss. J’veux dire je suis encore en criss, mais à l’époque j’avais vraiment pleins de choses à dire. Le projet est parti d’un break up après tout… »

Cette rage se sent sur Parle Parle, jase jase, sorti en 2008. À l’époque il avait fait beaucoup jaser, en particulier pour ses paroles sexuellement explicites. En fait, pratiquement tous les articles que j’ai lus en préparation pour l’entrevue en parlaient. J’étais curieux de savoir pourquoi le monde badtrippait autant avec ça, et si c’était ce qu’elle recherchait, « le scandale ».

« À l’époque, je trouvais que beaucoup du rap que j’écoutais était sexiste, mais malgré tout, je trouvais ça bon. Ce que je trouvais dommage, c’était qu’il n’y avait pas de réponse de l’autre côté, du côté des filles. Le contenu explicite de l’album c’était une réponse à ce qui se faisait. Mais quand on s’attarde à mes paroles, on va remarquer que je tombe rarement dans la séduction. Je suis pas dans le  “hey tu vas voir, tu va avoir du fun”. Je dis plus « je suis pire que toi » ou “t’es pas assez bon” »

Ce n’est donc pas une volonté de choquer qui animait Donzelle. Pensons plutôt à un retour d’ascenseur.

« C’est drôle parce qu’un dude qui rappe qu’il fourre des filles dans le cul, qui dit “m’a te venir dessus. M’a te sniffer de la coke dans le cul” ça y’a pas de problème avec ça. C’est cool man, moi ça me dérange pas. Mais on peut quand même admettre qu’il y a un problème social. »

C’est son attitude frontale, ses paroles salées et son message féministe qui ont amené la jeune femme à performer à l’époque autant au Québec qu’au Brésil et même à sortir son album au Japon

– DIX ANS PLUS TARD –

Malgré la popularité de son alter ego, Donzelle n’est qu’une partie de la multidimensionnelle Roxanne Arsenault. C’est pourquoi après la sortie de son album, elle a pris une pause de musique pour se concentrer sur ses autres centres d’intérêt : 8 ans de programmation à la galerie d’art féministe La Centrale, avant d’aller travailler pour la Galerie Clark, un des meilleurs centres d’artistes au Canada, en plus d’assumer le rôle de présidente du C.A. de POP Montréal pendant 3 ans.

Ah oui, et le tout en élevant sa fille qui a maintenant 8 ans.

Mais la rappeuse n’est jamais restée bien loin. Donzelle a continué à plancher, assez pour arriver à Presse-jus , nouvel album qui sortira officiellement le 18 mai prochain. Et puisque ce n’est jamais assez, chaque chanson aura son vidéoclip.

« J’ai eu l’idée de faire un album vidéo parce que j’ai vraiment trippé sur les deux albums vidéos de Sonic Youth. Ça trahit mon âge, mais j’ai l’album ici en VHS. J’ai toujours trouvé que c’était vraiment cool, surtout pour le partage et la collaboration »

Et de la collaboration y’en a en masse sur son nouveau projet puisque les 10 pièces sont produites par 10 beatmakers et que chaque vidéoclip est réalisé par un artiste différent. On y compte en plus des featurings de Random Recipe, TIGNA$$E (sœur de la rappeuse), du Brésilien Nego Mozambique et de Miss Eaves, rappeuse de Brooklyn. Le tout sans oublier son crew de danseuses qu’elle traîne depuis ses débuts.

« L’idée c’était de faire un album qui amènerait assez d’attention médiatique pour que ça rejaillise sur tous les autres collaborateurs »

Et en matière de thèmes on peut s’attendre à quoi?

« Le premier album je l’ai fait en 2-3 ans et le nouveau en 10 ans. Alors, disons que les choses ont changé dans le sens où c’est un peu plus raffiné, que mon spectre de sujet est plus vaste. Y’a des trucs assez sérieux, je suis encore en criss. Je parle aussi de maternité, ce qui est assez difficile à faire sans tomber dans le cheesy… »

En parlant de sa réalité de mère, la rappeuse a aussi fait participer sa fille à son projet, entre autres dans le vidéoclip de « Blame it on the baby ».

« Moi j’aime les gens multidimensionnels et j’aspire à l’être aussi. Et c’est pour ça que c’était important pour que ma fille soit incluse dans les processus de création, pour qu’elle comprenne qu’on peut être ce qu’on veut. Elle vient à mes shows, elle écoute ma musique, elle en parle avec ses amis. Et je me suis toujours dit que c’est ben plus inspirant pour un enfant de voir que sa mère s’accomplit en poussant ses projets que de se faire dire « j’ai tout sacrifié pour toi »»

D’ailleurs Donzelle ne veut pas juste motiver sa fille, mais aussi toutes les femmes.

« T’sais mes danseuses et moi on s’habille pas sur scène en col roulé zippé jusqu’au cou parce que je suis plus vieille et que j’ai de la cellulite. Fuck that! T’as besoin de le voir que ça existe! Pis les filles quand elles le voient elles se disent « ah ok c’est possible! » Y a toute une game d’empowerment là-dedans. Moi je suis inspirée par plein d’autres filles pis j’aimerais ça inspirer les autres femmes à le faire encore mieux que moi. »

« Ce projet-là dépasse la musique : on peut parler de féminisme, de communauté, de processus créatif. Pis j’pense que c’est le fun pour tout le monde d’avoir des projets qui sont initiateurs de conversations »

Et si tu compares les discussions que tu avais sur ton album il y a 10 ans avec celles que tu as maintenant, dirais-tu que les choses changent?

« Les questions sont différentes, plus riches. Je pense qu’on est prêts à avoir des discussions plus intéressantes, plus complexes. Moi-même je suis plus nuancé en vieillissant. J’aime fucking ça vieillir. Je m’ennuie pas pantoute dans mes 20 ans. »

Moi quand je vais être grand, je veux être comme Donzelle.

Vous pouvez assister gratuitement au lancement de Presse-jus le 15 mai au Ministère. L’événement est aussi ouvert aux enfants de tous âges. Plus de détails ici.

Vous pouvez aussi regarder les trois premiers vidéoclips de l’album vidéo sur le compte YouTube de la rappeuse ici.

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