Benoît Rousseau & Romain Gabriel

Eddy de Pretto et Clara Luciani, pareil pas pareil

Intimité, Céline Dion et autres dénominateurs communs.

Elle a 24 ans, il a 25 ans. À priori, leurs univers musicaux diffèrent. L’une semble tout droit sortie d’un tableau musical croisant accents pop-rock et influences seventies, l’autre teinte son héritage rap de poésie urbaine et de variété française. Et pourtant, à y regarder de plus près, ils partagent tous deux un goût acerbe des mots et une précision du verbe. Un talent que l’on retrouve dans leurs mélodies suaves et inspirées qui rappellent à quel point la mélancolie peut être belle et terriblement profonde. Pour être moi-même du parti de l’écriture dans ce qu’elle a de plus intime et épidermique, je n’ai pas pu m’empêcher d’établir des ponts entre ces deux artistes qui ont su, chacun à leur manière, conquérir le coeur du public montréalais.

Sainte-Victoire

Clara écrit depuis qu’elle a appris à lire, et ce bien avant de faire de la musique. À 8 ans, elle imagine la suite d’Harry Potter pour fuir la solitude qui l’entoure. « Petite, j’avais un énorme mono sourcil et un physique compliqué donc je me retrouvais souvent toute seule. Les enfants te mettent vite de côté quand tu es différent. Dans ces moments-là, la première chose que je faisais, c’était écrire. D’abord la suite d’Harry Potter, puis après des textes, des poèmes puis des chansons… L’écriture a toujours été nécessaire pour moi » avoue-t-elle. Nécessaire comme une échappatoire, une respiration à la fois créative et curatrice à l’image de son premier album, Sainte-Victoire, qui raconte sa revanche sur le passé, sa reconquête de l’existence à la suite d’une rupture douloureuse.

« Petite, j’avais un énorme mono sourcil et un physique compliqué donc je me retrouvais souvent toute seule. Les enfants te mettent vite de côté quand tu es différent. Dans ces moments-là, la première chose que je faisais, c’était écrire.»

Comme Eddy de Pretto, elle raconte son expérience du monde, met à nu ses sentiments, dévoile ses peurs, ses chagrins et ses peines sans détour ni retour avec pour seuls moteurs, la sincérité et l’authenticité. « Je parle de la vie, dans ce qu’elle a de plus extraordinaire et de plus banal. Tout peut se transformer en chanson ! » En la regardant se mouvoir sur scène, j’ai tout de suite reconnu dans son allure sage et sa silhouette gracile des airs de Françoise Hardy. Bonne pioche, mon intuition ne m’a pas trahi. Clara adore l’icône des yéyés. « Elle a marqué mon adolescence tant pour son écriture que par sa voix blanche. Elle ne fait pas de manières, elle a un vrai style. » Quand je lui demande son morceau préféré, elle me cite « La Question », un texte poignant qui parle de la violence du sentiment amoureux dans toute sa splendeur, ses énigmes, ses zones d’ombre, ses incertitudes et dont j’ai recopié les paroles sur le journal intime de mes 15 ans.

Cure

Eddy de Pretto cite de son côté Marguerite Duras, femme de lettres connue et reconnue pour ses récits autobiographiques comme son inoubliable chef d’oeuvre L’Amant. « Plus tu racontes ton intérieur de façon précise, plus tu vas toucher de monde » confie le chanteur de Kid, un morceau où il démonte avec ferveur la vision archaïque du mâle ultra-virilisé. Il ajoute : « Quand je travaille, je cherche les synonymes, je traque les mots justes pour décrire au plus profond mes émotions. J’ai toujours envie de faire bouger les mots. J’essaie au maximum de faire rythmer le français, faire claquer les consonnes, pas forcément pour que les gens dansent, mais pour que ça soit mouvant intérieurement » précise-t-il, lui qui a pour habitude de monter sur scène avec pour seuls accompagnements, un batteur et son iPhone.

« Plus tu racontes ton intérieur de façon précise, plus tu vas toucher de monde. »

Comme Clara Luciani, il écrit toutes ses idées sur son téléphone, il prend des notes pour ne pas perdre une miette de son inspiration. Ensuite, il retravaille l’ensemble. « Je brainstorme. J’étudie tout, je réfléchis à ce que j’ai envie d’amener, de montrer, de développer. » Biberonnés au digital, ces deux cool kids de la nouvelle chanson française sont à l’image de toute une génération à savoir sans tabou, pétrie de spontanéité et guidée par l’envie d’innover tant dans la manière de composer leur musique que de communiquer via les réseaux sociaux.

Un premier passage en terre québécoise réussi, mais bien trop rapide pour ces deux fans de Céline Dion (ben oui!) qui ont eu à peine le temps de goûter à la poutine, mais qui ont quand même su apprécier à sa juste valeur les talents d’un certain Pierre Lapointe… Clara aurait même enregistré avec l’artiste une chanson sur les vertiges de l’amour, cette attraction qui bien souvent ne frappe pas avant d’entrer.

Ils partageront la scène le 13 Juillet prochain aux Francofolies de la Rochelle. Eddy sera pour sa part de retour en septembre prochain pour le Mile Ex End Montréal 2018. Cool!

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