Jean-Charles Labarre

En coulisses : Faire rouler un festival en région

Rencontre avec Alan Côté du Festival en chanson de Petite-Vallée.

On a la chance d’avoir une scène musicale de feu au Québec. Les tounes sont bonnes, le monde danse et notre culture reste en vie. Mais la musique, c’est pas juste les musiciens. Si l’industrie continue de rouler, c’est aussi grâce à d’autres passionnés qui travaillent fort en coulisses. On a décidé de les rencontrer, pour rendre hommage à tout ce qu’ils font pour nous. Aujourd’hui : Alan Côté, directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée.

Petite-Vallée, c’est une ville de 137 habitants tout au bout de la Gaspésie. Parmi eux, il y a Alan Côté, un bonhomme jovial avec les dents du bonheur, qui porte le plus souvent des lunettes rondes et une casquette. En 1983, il a récupéré la forge de son grand-père pour y créer le Théâtre de la Vieille Forge.

36 ans et deux incendies plus tard, c’est toujours cette vieille forge (devenue temporairement chapiteau) qui accueille année après année le Festival en chanson de Petite-Vallée, qui attire chaque mois de juillet des milliers de spectateurs, offrant un break mérité à la morosité d’un coin de pays où l’économie et la démographie vont so-so.

C’est le genre de festival où tu peux croiser des grands comme Michel Rivard ou Zachary Richard, des jeunes comme Fouki et Les Louanges, et découvrir la relève au concours Destination Chanson Fleuve. Pour de vrai, Alan Côté n’arrête jamais d’avoir de nouveaux projets pour bonifier l’offre de son festival et de ses activités périphériques : une immense chorale de 300 enfants gaspésiens, un camping à bas prix pour attirer les jeunes, des résidences de création pour mêler musiciens autochtones et allochtones…

Pas pire, pour un gars qui s’est formé sur le tas. Et à travers tout ça, Alan profite de son festival en étant présent à tous les shows et en restant jammer la nuit avec ses invités.

C’est quoi ta motivation pour faire ce que tu fais?

« Créer un rendez-vous qui met en valeur ma région, qui met en valeur la chanson et ses artistes. La grande rencontre autour de ça, c’est la motivation première. Ce feu-là est toujours là, malgré les embûches. Et puis aussi, l’excitation de voir le public découvrir de nouveaux artistes. Ça vient d’arriver avec Simon Kearney, j’ai eu plein de commentaires du monde qui sont venus me voir en disant “Wow! C’est donc ben bon! On a eu un coup de cœur pour ce garçon!” »

Justement, Simon Kearney est passé par votre Camp Chanson, et il participe cette année au concours Destination Chanson Fleuve…

« Le plus grand défi pour nous, c’est de demeurer pertinent dans la mouvance globale de la musique, avec les internets et tout ça. On veut être une étape dans la carrière des nouveaux artistes. Pour moi, ça, c’est super important. Pis qu’il y ait des publics pour les rencontrer, évidemment.

On le voit avec la Voix, le monde carbure aux concours de chant. Et à un moment donné, je trouvais qu’on était qu’une pâle imitation de ce qui peut se faire de meilleur ailleurs. Mais j’ai découvert que si on focalise sur ce qu’on est vraiment, c’est là qu’on devient pertinent. Là, il n’y a vraiment pas d’égal à passer par PetiteVallée. Ces artistes-là, on les prend par la main tous jeunes. Tantôt, on est allé coucher une chansonneuse parce qu’elle n’a pas dormi de la nuit pis elle chante tantôt. Donc là le papa il est allé lui dire de se coucher… »

Tu fais ça plus pour l’amour de ta région ou de la musique?

« J’ai toujours été drivé par l’amour de ma région et l’amour de la musique, les deux. La chanson, ça m’a habité toute ma vie. C’est quelque chose qui m’a excité dès que j’ai compris la force de s’exprimer par la chanson. Et ce plaisir-là est encore meilleur partagé. Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Paul Piché, Fred Pellerin : la musique peut vraiment soulever des idées, et les artistes l’ont souvent utilisée pour créer des univers et parler des villes. On fait la même chose à notre échelle. On veut créer une légende autour de ce village, à travers la musique. »

C’est quoi que tu préfères dans ton travail?

« Ce à quoi je carbure beaucoup, c’est mettre la table, faire en sorte que ça se passe, organiser l’organique pour qu’on vive un grand moment. Je veux que les bénévoles, qui travaillent vraiment fort, sortent de là en ayant vécu de quoi, en sentant que ça leur a apporté quelque chose. Et les artistes aussi, je veux qu’ils reviennent chez eux heureux. »

Alors qu’Alan voit au loin l’âge de la retraite approcher, il se désole du manque de jeunes à Petite-Vallée. « Ici, notre plus jeune a 10 ans. C’est triste en crisse. » Heureusement, grâce à Alan et à son amour pour la musique, tant que roulera son festival, Petite-Vallée restera forever young.

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