Francis Gagnon

Entrevue : Alexandra Stréliski – Rentrer au bercail

La pianiste parcourt présentement le monde grâce à ses compositions.

C’est à la belle étoile que Alexandra Stréliski offrait une performance au Festif! de Baie-Saint-Paul il y a quelques jours. Si son public est autant diversifié, c’est qu’elle sait rendre accessible un concert de piano alors qu’elle se positionne à cheval entre le classique et la pop.

Ses pièces accrocheuses font voyager sa musique à travers le monde, et on a eu la chance de la rencontrer lors de son passage dans les paysages de Charlevoix, région tout aussi majestueuse que ses compositions. 

Tu te promènes un peu partout à l’international actuellement, comment te sens-tu quand tu reviens à la maison?

C’est la première fois que je joue à Baie-Saint-Paul. Mais revenir au Québec, c’est cool. Premièrement, la région ici est magnifique et le Festif!, ça rock. C’est une belle vibe. Il y a une grosse différence entre jouer ici et à l’international, parce que les gens ici me connaissent. Ils connaissent la musique. Ça arrive ailleurs dans le monde, mais ici c’est quand même massif. Mes shows au Québec sont à plus grand déploiement, il y a plus de monde, plus de gens qui m’arrêtent dans la rue. 

L’an prochain, je fais la tournée du Québec et ça me tente d’aller à la rencontre des gens. Je viens d’ici, c’est comme revenir à la maison.

Est-ce que tu vis bien avec les gens qui t’arrêtent dans la rue?

Ça dépend des jours. Y a des fois où j’aimerais plus passer inaperçue. T’sais quand t’as tes règles là… tu ne veux pas parler à personne (rires). Comme aujourd’hui, par exemple! C’est drôle. C’est un peu comme vivre dans un village. Tu t’en vas à l’épicerie pis Madame Monique te demande : « Pis, comment ça va? ». 

Vois-tu une différence chez ton public dans les différentes régions du Québec?

C’est sûr qu’à Montréal, il y a beaucoup de shows et les gens sont habitués de consommer la musique, mais c’est juste des humains. Je pense que le type de musique que je fais nous amène dans l’intériorité et il y a un fil conducteur là-dedans qui n’a rien à voir avec l’endroit où vivent les gens.

Est-ce que tu écris sur la route?

Je peux pas vraiment, j’ai pas de piano. J’écris parfois dans les soundchecks. Parfois j’ai des idées qui sortent là, ou dans des locaux de répètes. C’est plus difficile comme pianiste, tu peux pas seulement gratter ta guitare ou écrire des paroles dans un parking. 

Composer pour moi, c’est spontané. Je peux m’asseoir au piano à minuit avant d’aller me coucher et me rasseoir le lendemain matin avec le même riff. Ça sort quand ça a besoin de sortir. C’est souvent une émotion, une période de vie que je suis en train de traverser. C’est la vie, j’en ai besoin. J’ai besoin que ça sorte dans un piano. C’est comme ça!

Il va peut-être falloir que l’an prochain je me barre une période de création, parce que je pars en tournée au Québec.

Quand t’es sur une scène, seule avec ton piano, sens-tu une pression pour en donner beaucoup à la foule?

C’est certain que les gens sont plus silencieux. Mais moins tu en as sur scène, plus tu dois livrer une performance parce que tu es toute seule. 

J’ai des moments clés dans mon show où je sens davantage les gens. Toi et moi on est en face l’une de l’autre en ce moment et il y a une vibe. C’est la même chose avec mon public, mais c’est pas pareil partout dans le monde. Les gens n’ont pas le même comportement, n’ont pas la même vibe. Il y a des gens qui réagissent plus à l’humour, d’autres moins.

Il y a des publics qui sont très habitués aux conventions classiques, donc ils n’ont même pas le réflexe d’applaudir. Je dois donc leur dire, « applaudissez, c’est pas un récital ». Je leur dis souvent, parce que ça décontracte la foule.

J’ai un public varié, y a plein de gens qui n’ont jamais été voir un concert de piano de leur vie. Donc j’aime bien les accompagner là-dedans pour décloisonner le style.

Est-ce qu’il y a une place dans le monde que t’as particulièrement aimé?

J’ai vraiment aimé les Pays-Bas, Londres, Paris. Les plus froids c’était sans aucun doute les Anglais. Mais c’est pas tant qu’ils sont froids, c’est qu’ils sont conventionnels. Ils sont habitués à aller voir un récital de piano. Ça les sort moins de leur zone de confort que nous. Il y a beaucoup moins de gens au Québec qui écoutent de la musique classique qu’en Europe. Ils ont une histoire beaucoup plus lourde. 

Je m’attendais d’ailleurs jamais à vendre autant d’albums au Québec. Je m’étais pas fait d’attente à l’international. C’est sûr que je joue du piano, donc il n’y a pas de frontières. D’emblée on savait qu’on pourrait se promener. Je pense que c’est juste l’humanité. Ça parle aux émotions des gens.

Tu composes plus par inspiration qu’en suivant les conventions, comment tu penses que c’est perçu dans l’univers classique?

Je me doute qu’ils doivent me voir comme une artiste pop, parce que je ne fais pas du classique. Je n’ai pas de formes lourdes, mon langage harmonique musical est relativement simple. Pour un musicien classique je fais de la pop, pour un musicien pop je fais du classique.

Et moi je trouve que je suis entre les deux. Mon langage c’est le piano, mais j’écoute beaucoup de pop et de musique de film. C’est un mélange de ça.

On reste accroché à ma musique pour la mélodie et vu que j’ai écouté beaucoup de musique pop, je l’ai cette propension-là à faire des hooks. J’ai des thèmes dans mes mélodies. Et ça, je pense que c’est accrocheur. Mais en chanson c’est la même chose, tu ne vas pas nécessairement accrocher sur la chanson. Parfois tu vas accrocher sur la voix et probablement sur la mélodie.

Tu dis que les gens connaissent tes chansons, mais comment ça se manifeste s’ils ne peuvent pas chanter tes paroles?

Je les entends chuchoter au début d’une pièce « ah, ça c’est ma préférée ». C’est surtout après que je m’en rends compte. Les gens viennent me parler et me disent dans quel contexte ils écoutent mon album. Je réalise que ça accompagne le quotidien des gens.

Y a aussi des gens qui me livrent des témoignages assez deep : « mon enfant est né sur ton album », « mon père est mort sur ton album », des trucs comme ça. De grands évènements de vie et c’est vraiment touchant. Je reçois beaucoup de témoignages humains. 

Mais je ne compose pas pour ça. Je me concentre à créer la proposition la plus sincère, avec moi-même et de l’interpréter de la manière la plus sincère et la plus directe. Après, ça rejoint ou ça ne rejoint pas les gens.

Comment tu vois ta tournée à travers le Québec?

J’ai hâte. Il y a plein de places que je n’ai pas encore vues. Je redoute aussi, parce que je tourne en hiver. Ça risque d’être un peu intense, par moment, sur la route… Aller au Saguenay en hiver là (rires). Ça va faire changement. Parce que j’ai beaucoup voyagé.

Pour suivre Alexandra Stréliski, c’est ici.

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