Marie-Clarys Taillon

Entrevue avec Loïc April : Ressusciter les vieux synthés

L'artiste nous offre une session live avant la sortie de son prochain EP, ce vendredi

Lorsque Loïc April a fait paraître son premier album en 2018, je suis rapidement tombée amoureuse des textures riches de ses guitares. Deux ans plus tard, je rencontre l’auteur-compositeur-interprète pour parler de la sortie de son prochain projet, Ressusciter les stigmates, alors qu’il me confie : « On dirait que les guitares, ça ne m’intéressait plus. »

Bon, ok.

En effet, le mini-album de cinq pièces qui paraît ce vendredi est un virage inattendu, mais qui colle drôlement bien à l’artiste qui a plus d’une corde à son arc. Ce déclic, il s’est fait simplement en achetant un nouvel instrument : un orgue, « un genre de Farfisa cheap » avec une boîte à rythmes. C’est ce même orgue que l’on peut voir briller dans la session live épurée que nous offre Loïc April aujourd’hui, pour la pièce Tu ne peux plus mourir.

Enterrer les guitares

« J’ai jamais joué de clavier de ma vie. C’était vraiment parce que je voulais essayer autre chose. J’ai commencé à écouter plus de musique avec des claviers et des synthétiseurs. Je me rendais compte que c’était tout un monde que je n’avais pas encore exploré, mais que je trouvais super intéressant. Le son est encore plus large. »

Pour l’album, Loïc April a travaillé avec Jean-Michel Coutu d’IDALG, qui a aussi déjà collaboré avec Crabe et Jésuslesfilles, entre autres. Cette collaboration, sans l’aide d’un groupe pour accompagner Loïc, a eu une influence directe sur le produit final. « [Pour le premier album,] tu veux que le guitariste ait des riffs, tu veux qu’il joue de quoi. Tu ne veux pas qu’il reste sur la scène à rien crisser. Tandis que pour la composition de celui-là, c’était vraiment juste Jean-Michel et moi en studio qui gossons des affaires. Je me posais même plus de questions par rapport à comment ça va se rendre sur scène. »

Le choc initial peut être palpable pour celles et ceux qui suivent sa carrière, mais à force d’écouter le EP en boucle, on finit par reconnaître Loïc April par sa voix et ses textes recherchés. 

Le EP qui s’en vient est flambant neuf

J’en profite d’ailleurs pour lui demander si c’est une overdose d’emo qui le pousse à nommer ses chansons Nous ne sommes plus de ceux qui se foudroient ou La tête une heure plus tard dans les maritimes. N’en déplaise aux fans de Panic ! At the Disco, le raisonnement de Loïc April va un peu plus loin.

« Il y a tellement de titres de tounes, de courts mots qui sont pris. Mettons, Power of Love, t’en as douze millions. Je pense que c’est important d’avoir une unicité là-dedans. C’est plus l’école d’Avec pas d’casque que Fall Out Boy. »

« C’est d’aller piquer la curiosité. Ça fait en sorte que quand les gens qui considèrent écouter l’album le voient, ils savent que j’ai mis du temps sur les paroles. Il y a vraiment un raisonnement et je me suis appliqué sur les textes. »

Catéchèse 101

Comme le titre le laisse présager, Ressusciter les stigmates explore le thème de la religion catholique. Pas que l’auteur soit particulièrement croyant. « Pas tant, c’est plus pour l’aspect artistique du truc que je trouve ça intéressant. Et c’est un vocabulaire qui n’est pas tant utilisé. C’est comme un bon matériel, il y a quelque chose de très solennel et puissant de rattaché à ce vocabulaire-là. »

« Il y a un aspect un peu tragique dans la musique que je compose. Et toute l’histoire de l’église c’est tragique. » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’album contient cinq pièces. Cinq, c’est le nombre de stigmates que l’on trouvait sur Jésus, le nombre de cicatrices qu’il portait lorsqu’il était crucifié. Bref, le genre de concepts qui m’a échappé lorsque ma cohorte scolaire a vu la catéchèse disparaitre avant qu’on voie les bouts trash.

Le lancement approche

Pour l’instant, Loïc April n’a pas de tournée de prévue derrière Ressusciter les stigmates. Seul son lancement, qui aura lieu vendredi dans le O Patro Vys pendant le Taverne Tour, est prévu à son calendrier. Ce sera l’occasion d’entendre à la fois les nouvelles pièces et les anciennes, dans une formule étoffée. Curieuse, je lui demande si les chansons du EP en sortiront plus rock ou si ce sont plutôt celles de l’album qui ressembleront au nouveau projet. « Je pense que ça va être les deux. Elles vont se rencontrer. » Au moment de notre entretien, Loïc avait hâte de pratiquer les chansons pour une première fois avec toute sa troupe. « J’ai engagé des professionnels occupés pour le lancement. »

« Le gars qui va jouer de la guitare va aussi jouer du synthétiseur. Mais j’ai pas abandonné les guitares pour autant. Sur les vieilles tounes, il va peut-être y avoir plus de synthés. »

« Ça ne me dérange pas de ne pas faire de spectacles. Je sors des chansons, quitte à retourner en studio. On va voir. On va essayer de nouveaux trucs. »

Pendant l’entretien, Loïc m’avoue ne plus avoir envie de s’enfermer durant deux ans pour préparer un album, comme il l’a fait avec son premier disque. Plutôt, il aimerait sortir du matériel plus rapidement, quitte à sauter des tournées. Reste à voir quelle sera sa prochaine avenue. « Je me suis acheté une nouvelle guitare dernièrement. C’est pour faire du riffing, alors ça se peut que ce soit ça la prochaine direction. Je me rends compte que c’est le gear que j’achète qui va déterminer où je m’en vais. »

D’ici là, je vais pouvoir écouter son EP en boucle dès le 31 janvier. Tout comme vous d’ailleurs !

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