Grégoire Alexandre

Entrevue avec Metronomy, entre vents, marées et tempêtes

On a rencontré le meneur de la formation britannique juste avant son spectacle en plein bordel météo

La formation britannique Metronomy commence à s’habituer à la ville de Montréal : depuis le succès de leur album The English Riviera en 2011, le groupe s’est déjà produit quatre fois au MTELUS. « Ça se peut bien, m’indique Joseph Mount avant le spectacle de vendredi. Est-ce que ça a changé de nom? On n’était plus sûrs si c’était ici, mais une fois arrivés tout à l’heure, on a compris que, oui, on a déjà été ici auparavant! »

Tout comme le Metropolis qui s’est refait une beauté pour devenir le MTELUS dans les dernières années, Metronomy a également connu son lot de changement. Joseph Mount demeure la seule constance : depuis deux albums, il est seul chef à bord en studio, et Metronomy devient, à toutes fins pratiques, son projet solo sur disque. Un son qui a touché à la musique électronique, la new wave, l’indie, le funk, le soul psychédélique et plus encore. Une fois sur scène, le musicien solitaire se fait par contre accompagner d’un vrai groupe depuis environ une décennie.

Metronomy pour toujours

C’est que six albums, ça commence à faire beaucoup. Et rester pertinent aussi longtemps, c’est un exploit. C’est un fait qui n’échappe pas à Joseph Mount, qui a décidé de nommer le dernier opus du groupe Metronomy Forever. « Il y a ce sentiment que nous ne sommes pas un de ces groupes qui a eu du succès et qui se met à piquer du nez. Pour nous, ça continue de rouler. »

Si bien qu’en entrevue l’année dernière, l’auteur-compositeur-interprète avait candidement révélé que ce dernier album était « long et prétentieux ». Il est vrai que son approche était différente de celle qui a mené à Summer 08 en 2016. Celui-ci était simplement né d’un désir d’entrer en studio et de sortir du matériel rapidement pour le plaisir. Metronomy Forever est quant à lui un peu plus ambitieux avec ses 17 pièces. Mais quand je lui ramène sa citation livrée à NME, il admet qu’il blaguait… au moins un peu.

« C’est un long album, mais ç’aurait pu être plus long encore. Et c’est sérieux. Metronomy, c’est très sérieux. Mais la musique que je trouve la plus prétentieuse, c’est celle qui est complètement dénuée d’humour. Si on pense aux artistes les plus sérieux, il y avait toujours une pointe d’humour de cachée. On peut penser à David Bowie ou Prince. »

Météonomy

Avec une bonne poignée de concerts à Montréal déjà, Joseph Mount avoue se sentir « définitivement à la maison » dans la métropole, même si la tempête qui fait rage dehors apporte une atmosphère différente. « C’est la première fois qu’on vient ici et qu’il neige! » De quoi contrecarrer les plans de la veille, alors que son groupe voulait profiter d’une journée de congé en ville. Il me confie que déjà, après le spectacle, tout le monde passera la soirée dans l’autobus en direction de Toronto. Après près de quinze ans de tournée, la route en pleine crise hivernale est encore quelque chose de nouveau pour le gars du Sud-Ouest de l’Angleterre.

Tout comme Joseph qui découvre de nouvelles aventures météorologiques, même après autant d’années, de nombreux mélomanes découvrent encore son groupe de temps à autre. En fait, le bassin de fans se diversifie à chaque nouvelle tournée. « Ce qui est drôle quand tu commences, c’est que tu vois que les gens sont excités, tu obtiens tous ces nouveaux fans. Et puis quand tu continues, tu vois tous ces gens qui vont décrocher parce qu’ils n’aiment pas ta nouvelle direction, ou simplement parce qu’ils ne recherchent que ce qui est nouveau et à la mode. Mais il y a des gens qui resteront toujours, peu importe. »

« Aujourd’hui, ce sont en grande partie des gens qui, sans être vieux, suivent Metronomy depuis longtemps. Et puis il y a tous ces fans plus jeunes qui ont soit atteint le point où ils peuvent enfin nous voir, ou qui viennent de nous découvrir. »

Selon lui, certains de ces nouveaux adeptes ont tendu l’oreille vers Metronomy lorsqu’ils ont remarqué son travail sur le dernier album de Robyn. Il a en effet coécrit ou coproduit la majorité des pièces du disque Honey, paru en 2018.

Melon miel

Même s’il avoue avoir toujours le trac avant d’aller sur scène, Joseph croit que son groupe et lui sont plus confiants aujourd’hui qu’à ses débuts. « On commence à être habitués. Et ça en dit long sur nos fans : on se sent très confortables avec eux. On n’a pas besoin de prétendre d’être autre chose que nous-mêmes. »

« C’est toujours angoissant d’être devant un public, mais maintenant, on a confiance dans le fait qu’ils nous apprécient, que ce sont des gens comme nous. »

J’ai découvert Metronomy en 2014 en tant que jeune journaliste en herbe qui avait décidé de critiquer leur album Love Letters. Comme n’importe quelle amatrice de musique impressionnable, je voyais le groupe britannique comme une entité distante, qui descend une fois de temps en temps sur le plancher des vaches pour apporter du nouveau matériel.

Six ans plus tard, je suis bien calée dans ma chaise devant Joseph Mount et ses petits plateaux de fruits et légumes du IGA d’à côté, à déblatérer sur la tempête dehors comme on pense seulement savoir le faire au Québec. Et c’est vrai que c’est un gars comme nous. Et peu importe les changements de cap, de style, de nom de salle ou de température, je ne pense pas que ça va changer.

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