Entrevue avec Vanessa Carlton : y a-t-il une vie après un « one-hit wonder » ?

La chanteuse américaine Vanessa Carlton a choisi la musique plutôt que le fame.

«Making my way downtown, walking fast, faces pass and I’m home bound, tudulududuludu.» Si tu n’as pas lu cette phrase en chantant, t’es un bien drôle d’individu. Vanessa Carlton était une jeune femme ambitieuse lorsqu’elle a sorti, il y a plus de 16 ans déjà (criss qu’on vieillit), son premier album Be Not Nobody, certifié platine aux États-Unis et dont le premier single, A Thousand Miles, a été nommé pour 3 Grammys.

Malgré ce départ pas pire prometteur, Vanessa ne trippait pas vraiment, elle qui ne s’estimait pas prête à sortir un premier album… Par contre, des années et plusieurs albums plus tard, son amour pour la musique, lui, est toujours aussi vivant. Voici des bouts de notre conversation.

Vanessa, merci de prendre le temps de répondre à mes questions, c’est bien gentil. Premièrement, à ce jour, les gens t’associent encore à « A Thousand Miles ». Est-ce que ça te fait chier? As-tu parfois envie de leur lancer tes autres albums en criant ÉCOUTEZ DONC ÇA À PLACE ou alors ça ne te dérange pas?

Avoir une chanson qui devient un gros hit, c’est un cadeau et il ne faut jamais s’en plaindre… Ou du moins, il ne faut jamais s’en plaindre en public ou alors tu as l’air d’un vrai « douche ». Par contre, on a des règles pour ce qui est des entrevues. Je ne veux pas parler seulement de cette chanson. Si c’est la seule chose dont on me parle durant une entrevue, c’est que la personne n’a pas fait ses devoirs. C’est une bonne façon de la tester, en fait!

Tu as dit quelque part que lorsque tu as sorti ton premier album, tu ne te sentais pas prête. Est-ce que c’est la musicienne en toi qui trouvait que sa musique n’était pas encore au point ou alors était-ce plutôt l’humain en toi qui n’était pas prêt à gérer la popularité?

Il y a des artistes qui se connaissent déjà très bien dès le début, qui ont un solide sentiment d’appartenance. Ils comprennent l’art d’un studio d’enregistrement et ils ont des managers qui les protègent. Moi, j’étais une jeune femme très ambitieuse qui s’est retrouvée dans l’industrie alors que j’avais encore énormément à apprendre. Je ne pouvais pas naviguer dans cet univers seule, mais j’ai essayé et j’ai zéro regret. J’ai appris beaucoup. J’me sens comme si j’avais eu 2 vies. Maintenant, j’suis à ma deuxième.

J’ai été voir ton show au Lion d’Or il y a 2 ans. C’est une salle relativement petite et le show avait un vibe très intime. Il y a 15 ans, tu aurais rempli de bien plus grandes salles. Est-ce que c’est ce à quoi tu aspirais comme carrière? Mieux vaut faire ce que tu veux dans une plus petite salle plutôt que de jouer la game pour en remplir une plus grosse?

Il y a 3 choses dont j’ai toujours rêvé. Avoir la liberté de faire la musique que je veux, avoir l’opportunité de travailler avec des artistes que je respecte et avoir la chance de gagner ma vie en faisant des shows.

J’ai l’impression que dans l’industrie de la musique, aussitôt qu’une femme joue la carte de la provocation ou du sexe, son talent en tant qu’artiste est pris moins au sérieux. Es-tu d’accord? Y a-t-il des chanteuses aujourd’hui qui, selon-toi et tes connaissances en musique, sont sous-estimées seulement à cause de l’image qu’elles projettent?

J’ai tellement d’histoires à propos de ce sujet! Ce serait beaucoup trop long pour cette entrevue, mais j’vais te dire que oui, il y a parfois beaucoup de pression, si tu es une femme, d’avoir un certain look et d’agir d’une certaine façon. En même temps, si une femme a envie de s’exprimer de cette façon, c’est correct aussi et elle ne devrait pas être jugée pour autant. Les femmes sont des êtres entiers, on ne devrait pas avoir à choisir et à se limiter à une seule façon d’être. J’ai tellement de liberté en ce moment que je ne sais même pas comment c’est pour une jeune femme qui arrive dans l’industrie aujourd’hui. Je sais qu’il y a des artistes comme Angel Olsen, par exemple. Elle fait les choses exactement comme elle veut. Elle est réfléchie et prudente dans ses choix et elle a la permission de faire les choix qu’elle veut. C’est très excitant pour moi de voir ça et il y a beaucoup d’artistes qui émergent en ce moment et qui sont comme ça.

Parlons fierté, parlons égo. Beaucoup d’artistes trouvent leur fierté dans les chiffres. Plus les chiffres sont bons, mieux c’est. Ça ne semble pas être ton cas. Quand tu penses à ta musique et à la femme que tu es devenue, de quoi es-tu le plus fière?

Ce qui me rend fière, c’est les relations et l’amour que j’ai su cultiver dans ma vie et l’exemple d’empathie et de force que j’essaye de donner à ma fille. Elle fait de moi une meilleure personne.

Je crois que l’art doit être utilisé pour transporter les gens vers de différents horizons.

Penses-tu que le succès commercial de ton premier album joue un rôle dans le fait qu’aujourd’hui, tu peux te permettre de créer de la musique que tu aimes sans devoir te casser la tête avec les ventes? Si ce n’était pas de ton premier album, est-ce que ta façon de travailler serait différente?

J’pense que je ne me serais jamais cassé la tête avec les ventes. C’est une « losing game » de toute façon. C’est sûr que tu dois avoir un « modèle d’affaire » pour ta carrière si tu veux pouvoir nourrir ta famille, mais quand un artiste écrit spécifiquement pour un public, le public peut le sentir à des kilomètres. On dirait que tu es en « date » avec quelqu’un de désespéré. C’est un privilège de faire de la musique. Si tu as un public, tu dois lui offrir quelque chose de vrai. Selon moi, tu dois avoir un point de vue et être vulnérable dans ton travail et dans ton art pour vraiment valoir quelque chose aux yeux du public.

J’ai beaucoup aimé ton dernier album, Liberman, que j’ai trouvé à la fois apaisant et enivrant, si ça se peut. Devrait-on s’attendre à un son semblable pour ton prochain album?

J’ai le concept de mon prochain album qui me flotte dans la tête depuis un an et demi. La règle avec cet album, c’est de rester hors de ma zone de confort. Liberman a été fait pour « sonner » un peu ritualiste. Un rêve sombre qui s’ouvre sur d’euphoriques horizons. Le prochain album sera déjà grand ouvert et rempli d’arrangements libres. Ce que je veux dire, c’est que mes chansons ne suivront pas toujours la structure traditionnelle d’une chanson, mais auront plutôt de l’espace pour respirer. Même chose pour les paroles. Je crois que l’art doit être utilisé pour transporter les gens vers de différents horizons.

La Vanessa Carlton que j’avais vu au Lion d’Or respirait le calme, semblait en parfait contrôle de ses affaires et terriblement « groundée ». Pas étonnant, quand tu prends la liberté de faire la musique que tu veux et de la façon dont tu le veux.

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