Entrevue : David Beaucage – Guitare, humour noir et crise cardiaque

Nombreux sont les humoristes qui se sont servi de la musique pour balancer quelques gags. Si certains grincent des dents à l’idée de voir un autre comique arriver sur scène avec une guitare, chez l’humoriste montréalais David Beaucage c’est une démarche organique et bien personnelle.

Étant du genre à mener ses idées de front, il vient tout juste de faire paraitre Une émotion dans la nuit, un mini-album de 4 chansons ludiques originales (en plus d’une version live) aux berçantes mélodies dans lequel il est notamment question de liqueur glacée, de jeunes gaillards déraisonnables et d’hémorragie interne.

Graines d’humour et de musique

Depuis sa sortie de l’École Nationale de l’Humour, en 2013, il sème le rire (et le malaise – souvent indissociable) partout où il passe. Il a fait ses premières marques à la populaire émission En Route Vers Mon Premier Gala pour ensuite s’illustrer sur une des 143 993 tribunes destinées à l’humour à travers la province. Il s’est également fait remarquer dans les courts-métrages Tony Speed et Le Killing, réalisés par Alec Pronovost, dans lesquels il tient des rôles d’avant-plan. Il attire aussi une légion de fidèles grâce à son podcast Drette su’l tape dédié de près et de loin au monde du hockey. Bref, un humoriste devenu maître du multitasking.

En plus de tout ça, David gratte et compose des airs folks depuis ce moment fatidique survenu en secondaire 2, où il a trouvé une guitare classique aux cordes explosées dans le garage familial. Un point tournant dans sa jeune vie. Inspiré par ses prédécesseurs, la musique a toujours été centrale dans le développement de son art.

« Chez beaucoup d’humoristes que j’ai aimés, la musique était bien présente. En grandissant, c’était beaucoup François Pérusse. Ses chansons étaient vraiment bien produites. Sinon il y a aussi eu les Chick’n SwellRBO et Les Trois Accords qui étaient dans cette veine-là, d’une certaine manière. Plus tard, on assistait à la naissance de The Lonely Island. Je trouve souvent que, pour ces artistes-là, ce sont les tounes qui ont le mieux vieilli (pour certains, les sketches de 1986, c’est sûr que c’est moins tight aujourd’hui). Donc, la musique, je trouve que c’est un format qui est assez punché. Ça permet de couvrir un sujet sur deux minutes de manière un peu accrocheuse », explique David Beaucage.

« Ça permet de couvrir un sujet sur deux minutes de manière un peu accrocheuse  »

Au terme de plusieurs années à composer et écrire quelques chansons pour dynamiser ses numéros sur scène, l’humoriste s’est retrouvé avec quelques petits bijoux entre les mains. L’idée de pouvoir immortaliser ses pièces s’est rapidement imposée. En compagnie des frères Frédéric et Jean-Philippe Levac, ses comparses de la formation alternative franco-ontarienne Pandaléon, ils se sont retrouvés en studio avec quelques autres collaborateurs pour mener le projet à terme.

Une (véritable) émotion dans la nuit

De ces sessions est apparu Une émotion dans la nuit, ce mini-album de quatre pièces folks à la production clean et aux arrangements léchés. « Dans le fond, le EP, c’est vraiment le résultat des tounes que je faisais en show depuis quelques années. Le single de Noël aussi. C’est juste qu’on n’avait pas beaucoup de temps pour se retrouver en studio et les enregistrer en bonne et due forme. Ça faisait longtemps que je voulais les mettre sur CD, comme pour les cristalliser et pour qu’elles puissent bien vieillir. La musique, c’est un véhicule vraiment puissant parce qu’il y a un aspect de “performance”. Tu peux donc faire passer ben des trucs qui seraient peut-être pas mal secs s’ils étaient présentés juste en stand-up. Le fait de le mettre en musique, ça a comme une deuxième vie. »

En guise de lead single, la chanson Un bon coke avec d’la glace installe le ton et frappe l’imaginaire grâce son amalgame frappant entre breuvage gazéifié et mortalité familiale. Un mélange saisissant.

« C’est drôle parce qu’il y a environ deux ans, le frère d’un ami m’avait demandé d’où était venue l’idée pour cette chanson-là. Pendant longtemps, j’en avais sincèrement aucune idée. Par après, j’y ai repensé pis j’ai comme eu un flash. En fait, je pense que c’était mon inconscient qui parlait, parce que ça m’a toujours fait rire la génération des vieux pour qui la définition d’une gâterie c’est un bon coke. Pour les gens qui ont déjà eu une job dans le public, il y a toujours un monsieur de 73 ans qui va te donner un 2 $ pis qui va te dire tout doucement “Tu iras t’acheter un bon coke. ». Pour eux c’était comme un bonbon, mais pour vrai, non, c’est vraiment pas bon… », dénote David, d’un air (presque) contemplatif.

« Pour ce qui est des bouts sur la grand-mère, je pense que c’est naturellement venu de mon penchant pour l’humour noir. J’pense que c’est comme ça que les morceaux de la chanson se sont collés. »

En plus de ce premier extrait fort en saveur et en calories, le EP propose quelques autres pièces, dont la très franche Vieillir et l’exquise [Attention !] On sort ce soir, un hymne dédié à de jeunes malcommodes qui trouvent ça sick de porter un fedora.

À ce lot s’ajoute Le gars weird (dans les party) en featuring avec l’humoriste Katherine Levac, une pièce qui dresse un portrait anecdotique du spécimen socialement mésadapté qui sévit dans la plupart des soirées entre amis.

« À la base, ça parlait de quelqu’un que je connais, mais si tu demandes à certaines personnes, ils vont dire que je dis moi-même des choses qui n’ont pas de tact a du monde que je ne connais pas. Et souvent, je leur parle comme si on se connaissait depuis longtemps. Ça peut créer des bulles d’air dans une soirée. I guess que je suis devenu le gars weird. C’est un bon rôle quand même. C’est mieux que d’être le gars qui se prend au sérieux et qui parle de son travail dans l’évènementiel *rires*. »

Des plans pour le futur

Ce bref exercice de style, David compte évidemment le répéter. En fait, selon ses dires, l’idée serait d’en faire le point de départ vers un projet encore plus ambitieux. « C’est sûr qu’il va toujours y avoir des tounes dans mes shows. C’est quelque chose que j’aime vraiment intégrer à ce que je fais sur scène. Celles qui se retrouvent sur le EP, ce sont des chansons qui commençaient déjà à dater, d’une certaine façon. Je voulais les lockdownpour passer à autre chose et ensuite en faire des nouvelles. Mais oui, éventuellement, l’idée serait de sortir un album complet. »

« Ce EP, c’est un peu une ligne que je lance à l’eau, sans réelles attentes. »

« Honnêtement, c’est vraiment pas un projet dans lequel je me prends au sérieux, mais j’ai l’impression qu’il y a des tounes qui pourraient jouer à la radio pour vrai. Ce sont des chansons qui peuvent avoir un potentiel radiophonique, commercial ou satellite. Le fait de lancer ce EP, c’est un peu une ligne que je lance à l’eau, sans réelles attentes. Je le faisais pour moi à la base. Pour le reste, c’est pas vraiment moi qui peux décider ce qui va se passer. »

À savoir si ses chansons seront bien ancrées dans l’humour à tout jamais ou s’il pourrait nous surprendre avec un album très sérieux aux sonorités free jazz, sait-on jamais, David nous laisse sur une image poétique : « peut-être dans 42 ans, quand je vais tout remettre en question, je ferai un featuring avec Émile Bilodeau. Ensemble, on fera un album qui parlera d’à quel point tout était mieux dans le temps du Cegep. »

Le grand décompte est (peut-être) déjà amorcé !

Le mini-album Une émotion dans la nuit est disponible sur iTunes, Spotify, et la plupart des autres plateformes du genre.

Son podcast Drette su’l tape, qui a pour trame de fond le hockey, est disponible partout tout le temps.

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