Félix Renaud

Entrevue : FouKi dans le « Gentils gang » forever

Le rappeur lance « ZayZay », son deuxième album.

Il y a un an presque jour pour jour, FouKi lançait son premier album, Zay, sous la prestigieuse étiquette Disques 7ième Ciel. Après des années à expérimenter et perfectionner sa recette de façon indépendante aux côtés de son beatmaker et fidèle acolyte QuietMike, le emcee récoltait finalement le fruit de tout son travail.

Désormais bien implanté dans la cours des grands, le rappeur du Plateau a fait lever les foules d’un bord à l’autre de la province en plus de s’illustrer de l’autre côté de l’Atlantique grâce à des showcases remarqués en Europe. Comme quoi ce n’est pas parce qu’on est gayé qu’on ne peut pas être productif, bien au contraire.

Constamment sur son grind et aux côtés du Michel Silencieux, le rappeur a confectionné de manière assez spontanée la suite logique de ce premier projet dans les mois qui ont suivi. C’est ainsi qu’est né ZayZay, un deuxième album cumulant 18 morceaux. Le projet le plus ambitieux, abouti et nuancé sur lequel le jeune rappeur continue d’affûter son sens de la mélodie sur des productions allant du beat contemporain frappé aux gros 808s jusqu’à une saveur tropicale plus laid back et estivale. 

On s’est rendu dans le cœur du Plateau pour discuter en long et en large sur ce qui a mis les bases de ce deuxième album. Zayyy!

Se remettre en selle

Ça n’aura pas pris trop de temps avant que le team créatif de FouKi et Michel reparte le moteur de la mobylette. Étant constamment plongés dans la création, ils se sont retrouvés rapidement avec les bases de chansons comme De Nada. Yeyey et Positif.

« Je ne pense pas qu’il y ait vraiment eu de pression d’être à la hauteur de quoi que ce soit. De notre côté, c’était plus l’envie de tout le temps faire quelque chose de meilleur. C’est surtout ça que je trouvais qui était le fun dans le processus de ZayZay. On n’a juste pas arrêté. En fait, le challenge était plus envers moi-même qu’autre chose. »

Du côté de l’inspiration, les longs mois à se promener d’un bord à l’autre du Québec (et parfois de l’Occident) n’ont pas ralenti le groupe. Des tracks, ils ont réussi à en produire une quarantaine.

« Quand on a sorti des trucs la première année, on avait lancé quatre projets. Ce qui veut dire à peu près 40 chansons par année », explique-t-il d’un ton décontracté. « Maintenant on est signés, ça fait qu’on ne peut pas sortir des trucs comme bon nous semble. Ça fait en sorte que quand on fait un drop, on le fait pour de vrai. On en a beaucoup, donc on va en donner beaucoup. »

« C’est l’album de la maturité. Et quant à moi, c’est mon vrai premier album complet. Zay, oui c’est mon premier album, mais quand on l’a remis, moi et Quiet on était un peu pris dans le temps. On aurait aimé avoir peut-être un ou deux mois de plus juste pour drop un peu plus de heat. Pour ZayZay, on a eu le temps qu’on voulait. C’est comme si c’était Zay et La Zayté combinés ensemble, mais en meilleur. »

Une démarche plus personnelle

Pour ce deuxième tour de piste dans le spotlight, le plus zay des rappeurs a pu remodeler sa manière de faire les choses et plonger dans les eaux un peu plus creuses de la création. Désormais équipé de son propre studio installé dans sa cave, FouKi a brassé différentes idées donnant lieu à des expérimentations un peu inattendues.

« C’était vraiment le fun de travailler avec Sad [dam Huss’, qui avait enregistré et mixé l’album précédent], pis c’est intéressant de faire son truc avec quelqu’un qui t’aide et qui t’écoute en même temps. Mais d’une autre façon, c’est le fun de prendre son temps dans ses trucs pis, au pire, de pouvoir passer cinq heures juste sur un hook. Je pouvais aller me faire à manger et revenir par après. Y avait vraiment pas de stress, » observe-t-il.

« J’étais tellement dans ma bulle chez nous que ça a donné des trucs que je n’aurais peut-être pas nécessairement réussi à faire dans un studio standard, comme pour les vocals. » Le résultat s’observe sur l’album par ses refrains généralement plus chantés et un peu plus d’essais créatifs variés.

Un peu plus de flava in ya ear

Au sommet de son art, le prolifique QuietMike offre de son côté une palette musicale diversifiée. Sur ce projet, le prolifique beatfaiseur a enrichi sa proposition en travaillant avec l’apport créatif de masterminds tel que Kable Beatz, Tsonky, Kevin Figs, Vince James et Xi Xool du collectif Tour de Manège. Et c’est évidemment sans mentionner l’apport de FouKi, qui assure lui-même une touche dans quatre chansons du tracklisting.

À tout cela, on dénotera le passage remarqué du désormais mythique Ruffsound qui vient ajouter sa touche personnelle au produit final sur les chansons No Offense, iPhone et Papillon

« Ruff, c’est pas un beatmaker, c’est un hitmaker! À moment donné, sur iPhone, on a rajouté des backs à la fin. Il est vraiment capable de rajouter des trucs qui restent dans le vibe d’un track. C’est ça qui est nice avec lui, il s’adapte vraiment bien aux rappers. Il prend mon vocal, pis si je suis doux, il va y aller doux. Si j’suis hard, il va y aller hard. Il n’est pas là pour te formater. Et admettons qu’il y a un espace vide où y a pas de paroles, il va être en mesure de rajouter un petit son. C’est vraiment dope. »

Ruffsound contribue à sa façon à cette vibe tropicale ou hispano qui teinte une bonne partie du nouvel album. FouKi, fidèle à ses premières inspirations, sait faire revivre son Manu Chao intérieur. On peut l’entendre sur Nefertiti.

Toujours autant de love, même si…

Bien qu’il soit connu comme membre en règle du Gentils Gang, le rappeur a tout de même tenu à remettre certaines pendules à l’heure et souligner certaines frustrations qui l’habitent sur ZayZay. Sur Wono, il décroche quelques tirs sur les haters qui se permettent de lui imposer leur vision très rigide de ce qu’est le rap.

« C’est que, que tu le veuilles ou pas, la réussite, il y a du monde qui n’aime pas ça. Même Eman en parle dans son projet Maison, il dit “Quand un queb réussi on dit qu’y est trop wack, quand un queb réussi pas on dit qu’y est trop wack.” Peu importe ce que tu vas faire, tu vas être wack dans la tête de certaines personnes. Je pense que c’était un peu ça que je voulais rectifier dans certaines chansons. C’est qu’à un moment donné, j’peux ne pas être ton rappeur préféré, mais tu dois respecter le grind. »

Sur la même chanson, FouKi prend quelques lignes pour tirer des flèches sur quelques institutions qui boudent un peu le hip-hop, dont l’ADISQ et Tout le monde en parle.

« On pourrait en parler pendant des heures. Ils sont tellement fermés au hip-hop. On ne va pas se mentir, c’est le genre musical qui est vingt fois plus écouté que tout le reste. J’ai ben plus d’écoutes mensuelles que Marie-Mai. Je veux dire, respectez un peu le truc! C’est pour ça que je le call dans ma chanson. C’est souvent des trucs de baby-boomers. Tu le vois même avec la laïcité, c’est tous des baby-boomers qui vivent dans le fond du rang. Mais c’est ça, je les diss un peu. »

Malgré tout, ces petits tirs lancés ici et là sont contrebalancés par tout le love qu’il envoie à ses proches, son loyal bassin de fans et à sa zaybae. S’il montre les dents, c’est toujours pour mieux flasher son sourire.

« C’est important l’amour. On peut tout faire maintenant, et ce qui compte, c’est d’aimer ce que tu fais. C’est de te concentrer sur tes shits au lieu de regarder ce que l’autre fait à côté. C’est un peu ça l’idée de la pochette avec les lunettes en forme de cœurs », dénote-t-il, prenant soin de mettre de l’avant son positivisme.

« Le statement avec cet album-là, c’est d’être bien avec soi-même. C’est toujours ça la morale. Gentils Gang forever! »

Le nouvel album ZayZay est maintenant disponible sur toutes les plateformes numériques (et en magasins, pour les old schoolers)

FouKi fera le lancement officiel le 11 mai au Club Soda (Montréal), le 17 mai à l’Impérial Bell (Québec) et le 20 mai à la Boule Noire (Paris)

Pour consulter toutes ses dates de tournée, on peut se référer à ses réseaux sociaux ici et

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