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Entrevue : François Pérusse, le bassiste le plus drôle au monde

« Je ne pourrais pas faire d’humour sans musique, ça c’est certain. »

«Au clair de la lune

j’ai pété dans l’eau.

Ça faisait des bulles

c’était rigolo.»

Comme beaucoup de mes contemporains, ça fait longtemps que j’aime la musique humoristique. Pour la petite Audrey de 6 ans que j’étais, trafiquer une comptine connue et la transformer en joke de pet avec des paroles qui fittent EXACTEMENT dans le tempo, c’était le summum du génie. C’est aussi un procédé humoristique dont je ne me suis jamais vraiment tannée.

En grandissant, j’ai  élargi mes horizons et développé une grande culture générale. Mais j’ai toujours été attirée par la musique drôle. Cet intérêt et cette appréciation ont définitivement joué un rôle quand mon ami Olivier et moi avons créé notre band Otarie. L’exercice de parodier des styles de musique pour raconter des histoires de dates désastreuses nous faisait toujours rire. Et on a rarement eu autant de fun que quand on a parodié le classique de Noël Baby it’s Cold Outside pour en faire la version «jazzy-dégueu» Bébé y fait frette dehors.

C’est donc pas étonnant que je voue une grande admiration pour le travail de François Pérusse. Ses chansons et ses sketches sont nichées dans mon «Canal Pérusse», prêts à jaillir au moindre trigger.

On a beau vieillir, découvrir de nouveaux styles de musique, et d’humour, il ne suffit que d’un mot ou d’une situation pour que s’allume automatiquement le Canal Pérusse.

(Parenthèse pas pantoute scientifique: c’est généralement pendant la puberté que se forme dans le cerveau des Québécois ce qu’une amie et moi avons surnommé «le Canal Pérusse»: à force d’écouter les cassettes de François Pérusse en loop infini, à force de se faire rire entre amis en citant des extraits de sketches, à force de chanter ses chansons à tue-tête dans l’auto en allant au chalet, le travail de Pérusse s’imprime de façon permanente dans le cerveau. On a beau vieillir, découvrir de nouveaux styles de musique, et d’humour, il ne suffit que d’un mot ou d’une situation pour que s’allume automatiquement le Canal Pérusse et nous voilà récitant une réplique d’un sketche à voix haute, nasillarde et rapide, avec les paroles qui nous reviennent en tête 0,0000005 secondes avant de les prononcer.)

J’étais intriguée de connaître l’univers musical de l’humoriste, je voulais tenter de comprendre pourquoi la musique tient un rôle aussi important dans son oeuvre.

Il a accepté avec beaucoup de gentillesse de jaser avec moi au téléphone, le temps de me parler de ses musiciens favoris, de son instrument fétiche et de hip-hop!

Parle-moi un peu de ton premier contact avec la musique. Ça remonte à quand?

Très très jeune. J’écoutais déjà des chansons francophones à la radio de Radio-Canada quand j’avais 3-4 ans. Ma mère écoutait Les Vieux Troubadours et on écoutait les chansons qui passaient en après-midi : des auteurs-compositeurs québécois, comme Renée Claude.

Rapidement, j’ai vu que Claude Dubois et Robert Charlebois ont commencé à faire de la musique plus, sérieuses, plus rock, plus audacieux.

Charlebois est arrivé avec des compositions très pop, très audacieuses à partir de la fin des années 70. J’ai été témoin de tout ça pis ça m’a beaucoup marqué. Charlebois a été important pour moi. Louise Forestier aussi. J’ai beaucoup écouté ces artistes-là.

Et comment s’est déroulée ton éducation musicale en grandissant?

Vers l’adolescence, y a des groupes qui m’ont beaucoup impressionné, surtout les groupes [de rock] progressifs comme Genesis, Gentle Giant. Au Québec on avait les groupes Contraction, Octobre avec Pierre Flynn, Maneige avec Paul Picard, ce sont tous des groupes que j’ai beaucoup écoutés.

J’ai fait de la radio communautaire aussi et j’ai beaucoup, beaucoup écouté de musique québécoise dans ces années-là, en plus d’écouter les grands groupes britanniques. Évidemment les Beatles ont été énormes pour moi et mon frère, et ensuite Led Zeppelin, puis la prog de Genesis et Gentle Giant, j’ai été très admirateur de ça.

Pis PAF! Je suis tombé dans le jazz comme un vrai maniaque, je tapais sur les nerfs de tout le monde parce que j’en ai été obsédé pendant une grande période, autant  le jazz traditionnel plus moderne.

Quels artistes jazz t’ont marqué?

Le bassiste Jaco Pastorius, qui était mon idole, avec le groupe Weather Report, ç’a été très gros pour moi. Pis d’autres musiciens plus traditionnels comme Oscar Peterson, Miles Davis, Wayne Shorter, Ron Carter et le jazz plus moderne avec le guitariste Pat Metheny, Pat Martino… toutes des Pat, finalement!

Et t’as fini par en jouer, du jazz, non?

Mon frère m’a engagé comme bassiste dans un groupe de jazz quand j’avais 16 ans. Le groupe s’appelait Grafiti. Mon frère a une grande responsabilité [dans le développement de mon amour de la musique]; il me voyait jouer sur ses guitares et il trouvait que j’avais des aptitudes pour être bassiste, pis je rêvais d’être bassiste aussi.

J’ai aussi accompagné des chanteurs, chanteuses. J’ai toujours été dans la musique. J’étais beaucoup au courant de ce qui se faisait dans la musique underground, parce que j’ai fait 12 ans de radio communautaire.

Pourquoi avoir choisi la basse? Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir cet instrument-là?

Le jazz surtout. Et le prog. La basse c’est un instrument qui s’est développé dans les années 70 de façon exponentielle. Au début c’était juste un instrument qui servait à marquer les notes principales, les notes dominantes pis le tempo et tranquillement c’est presque devenu un instrument solo.

Pastorius, par exemple, qui est souvent considéré comme le plus grand bassiste jazz au monde, m’a beaucoup impressionné parce que son jeu était aussi mélodique que rythmique. Il a carrément inventé une sonorité et inventer une sonorité à la basse, faut le faire.

Donc son nouveau style, j’ai beaucoup collé à ça et sans vouloir l’imiter, je m’étais donné le défi de jouer dans ce style-là.

En gros, j’ai été attiré par la basse parce que c’était un instrument qui se renouvelait beaucoup dans les années 70, tant dans le jazz que dans le rock.

Donc la musique a toujours fait partie de ton travail…

Oui, c’est pour ça que dans les produits que je fais aujourd’hui, la musique est présente. Elle l’a peut-être même été encore plus dans les tout débuts parce que c’est comme ça que je me démarquais. C’est comme ça que Normand Brathwaite, quand je suis arrivé à CKOI, s’est intéressé à ce que je faisais.

Quand j’ai fait des parodies au début, c’était des parodies de chansons existantes dont je changeais les paroles. Et je refaisais l’instrumentation moi-même. Pour m’approprier la chanson un peu plus et la diriger où je voulais en coupant des mesures et en ajoutant des jokes musicales à l’intérieur même des chansons.

J’ai donc fait des parodies 2-3 ans, pis après ça j’ai commencé à composer des chansons. Évidemment c’est un peu plus difficile de faire fonctionner une chanson quand c’est notre composition. C’est pas évident mettre une chanson sur le marché et la faire chanter par des gens, que les gens l’apprivoisent.

Donc la musique est très importante pour moi. Je ne pourrais pas faire d’humour sans musique, ça c’est certain.

Est-ce que des groupes d’humour t’ont influencé?

Rock et Belles Oreilles, ça été énorme, j’adorais ça. J’ai adoré Claude Meunier dans Ding et Dong c’est moins musical, mais j’ai ben accroché là-dessus. Yvon Deschamps aussi.

L’humour français m’a aussi beaucoup influencé: les Inconnus, les Charlots (dans leurs débuts, quand ils étaient plus audacieux).

Mais l’humour musical m’est plus venu par ma formation de musicien que par l’humour musical des autres. Beaucoup d’humoristes m’ont influencé par leur style, mais la musique vient plus de mon côté musicien.

Est-ce que tu composes de la musique plus sérieuse, plus personnelle? As-tu un coffret secret de chansons que tu fais écouter à personne, qui sont juste pour toi?

Ya des musiques que j’ai faites qui étaient sensée devenir des chansons humoristiques, mais que ne le sont jamais devenues. Je n’ai pas vraiment pris le temps dans les 20 dernières années de faire de la musique qui sort de l’humour. J’arrête pas de me promettre de faire un album avec mon frère, qui est dans ce métier-là. Mais c’est pas fait encore.

Les musiques que j’ai faites jusqu’à maintenant ont toujours été pour mon métier d’humoriste. Mais celles que je garde, je sais pas encore ce que je vais en faire. Ça va peut-être devenir quelque chose un moment donné. Mais non, je fais pas écouter ça à personne, c’est drôle, han?

Ben si t’es plutôt introverti, c’est normal…

Ouais peut-être. L’habitude d’être seul aussi, c’est une drôle d’affaire.

Quand tu décides de composer une chanson, qu’est-ce qui vient en premier : le désir de parodier une chanson ou bien quelque chose que tu trouves drôle et que tu veux coller à une mélodie?

Aujourd’hui c’est plus rare que je fais une chanson pour faire une chanson, c’est plus des extraits musicaux. Au début je parodiais des styles. Je faisais une joke au sujet du jazz, au sujet du country, ça je l’ai fait. Mais généralement la musique est là pour accompagner quelque chose que je veux dire.

Retournerais-tu à la parodie? Mettons, referais-tu Despacito en reprenant les arrangements, mais en changeant les paroles?

Je dis pas non, ça pourrait se faire, mais j’avoue que je le ferais peut-être si j’ai quelque chose de particulier à dire sur une chanson en particulier, mais pour rire de la chanson elle-même pis que c’est ça le sujet, je ne penserais pas.

Je vais plutôt faire un clin d’œil à une musique connue, je dis pas non à la parodie, mais j’avoue que j’ai l’impression que c’est un peu derrière moi.

Qu’est-ce que t’écoutes ces temps-ci?

Si on parle québécois, j’ai beaucoup aimé l’album de Klô Pelgag, j’ai trouvé son approche vraiment intéressante. J’ai toujours aimé Louis-Jean Cormier aussi. J’aime bien le style des Trois Accords, leur rock drôle, je trouve qu’ils ont une façon très joyeuse de chanter leurs choses. C’est bien joué, c’est un bon rock, c’est joyeux, ça s’écoute partout!

Du côté français, j’ai toujours aimé Charlotte Gainsbourg, ses 2 derniers albums j’adore son mélange de composition et d’interprétation et ça rejoint exactement le style musical que j’aime entendre.

Sinon à l’international, j’ai toujours aimé Coldplay et Maroon Five.

Est-ce que —

AH! PIS LE HIP-HOP! J’aime beaucoup Drake pis j’aime beaucoup le hip-hop en général, je trouve que c’est une musique qui est ouverte à tous les arrangements. Je trouve que le hip-hop est une belle avenue pour plein de styles de chant et d’instrumentation. J’en écoute beaucoup dans ma voiture.

Est-ce que c’est un style de musique que tu aimerais explorer toi-même dans ton travail?

Ça m’arrive des fois pour des petits extraits de capsules, j’ai jamais fait un hip-hop complet. Mais oui c’est quelque chose qui pourrait arriver éventuellement.

Tu disais tout à l’heure que tes enfants aiment beaucoup la musique, est-ce que ça vient de toi? Comment vous vous rejoignez là-dedans?

Je pense qu’on sait assez tôt dans la vie d’un être humain s’il est fan de musique ou non. Et chez mes enfants, la musique, ç’a accroché tout de suite. Ça s’est fait ben naturellement, parce qu’il y avait toujours de la musique qui jouait à la maison. On est très diversifiés dans ce qu’on écoute.

Et j’ai commencé à leur montrer à faire certaines choses, comme comment faire du multipistes avec plusieurs instruments et ils adorent ça, vraiment.

Si vous souhaitez vous saucer les oreilles dans l’univers musical de François Pérusse, on vous a préparé une playlist inspirée de cette entrevue. Attachez vos tympans avec de la broche, ça passe du prog au jazz en passant par du Klô Pelgag et du Drake! Bonne écoute!

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