Entrevue : Fred Fortin nous présente « Microdose »

Un album surprise à temps pour l'automne.

Quatre ans après la sortie de « Ultramarr », on commençait à s’ennuyer de Fred Fortin. Même s’il a multiplié les tournées et les concerts, seul ou avec le groupe Galaxie, reste qu’on avait hâte d’entendre du nouveau Fred. Comme un petit cadeau, il nous arrive aujourd’hui avec un album surprise, « Microdose », pour assouvir nos envies de rimes bien tournées et de personnages colorés.

Par un bel après-midi, je suis sortie de ma petite bulle de clim pour affronter le soleil qui plombait sur le Mile-End et aller à la rencontre de Fred. Dans un café trendy du quartier des start-ups, on était à 1000 lieux de l’univers habituel du rockeur, et c’était un peu étrange de lui parler là plutôt que dans la ruelle avec une « douille » au bec. 

En sirotant un café siphon d’inspiration japonaise qu’on m’avait gentiment agrémenté de lait chaud (j’avais demandé un latté), j’ai écouté Fred me raconter que son horaire de tournée n’affectait pas vraiment ses passes créatives. « Ça se fait comme en plusieurs petites batchs… tu ramasses [des chansons] à gauche pis à droite, m’explique-t-il. [Pour l’album] il y a un noyau que j’ai fait quand je voulais pousser des tounes pour mon show solo. Le gros [de « Microdose » vient de là, d’un petit quatre jours au chalet. » Ces morceaux « satellites », comme il les appelle, qu’il avait accumulé au fil des mois et des ans ont fini par former un tout qui fittait ensemble. « Ça s’est comme tout ramassé dans le même motton, dans le porte-poussière (rires). »

Le sens de l’humour

On en vient au vif du sujet : la pièce titre de l’album, « Microdose ». C’est une espèce de parodie des tounes de slacker « en trendy majeur 7 ». Vous savez, ces chansons très catchy avec une vibe relaxe, mais qui ne parlent pas de grand-chose dans le fond quand on s’y attarde. Dans le communiqué de presse de l’album, on parle de « hippies californiens à casquettes-à-palettes, cigarettes nonchalantes au bec. » Moi je voulais des noms. « Quand je lis ça, je pense tout de suite à Mac DeMarco », lui ai-je dit. Et Fred m’en a donné « C’est exactement ça! (rires) C’est drette à lui que je pensais! En fait, je pensais à lui, à des bands comme Whitney, des gars comme ça (rires). » C’est une parodie affectueuse, il faut le dire, ça reste de la musique qu’il apprécie et qu’il écoute.

« Microdose », c’est un peu une joke, alors pourquoi en faire le titre de l’album, c’est la question que je me posais. Mais en la posant, j’oubliais un truc très important, le sens de l’humour un peu décalé de Fred Fortin. « Je laisse souvent mes amis décider [du titre de mes albums]. Comme “Ultramarr”, c’était une joke aussi (rires). Je trouve que ça fait une belle continuité t’sais, “ultra”… “micro”… ça fitte! » Même la création de la toune était un peu une joke avec lui-même. 

C’est après avoir travaillé avec Diane Tell que l’idée lui est venue : « J’ai écrit une couple de tounes pour elle. Je suis allé dans un genre de musique latine, de bossanova, pis j’ai trouvé ça le fun au boutte. C’est comme un exercice de style. » C’est là que « Microdose » est née, des accords en majeur 7 avec lesquels il s’était amusé pour Diane Tell et qu’il avait encore en tête en arrivant au chalet pour enregistrer ses propres chansons. 

Les choses sérieuses

L’album est truffé de chansons faites avec un sourire en coin, comme « Redneck », mais aussi de moments plus sincères, comme un petit interlude dédié à son chien décédé l’an dernier, « Wendy », et « Led Zeppelin », qui met en scène sa famille. Ce n’est pas du jamais vu, mais c’est plutôt rare pour Fortin de parler directement des gens sans les cacher derrière un personnage. « En m’en allant au Lac, j’écoutais l’album de Camaromance, mon amie Martine, pis dans chaque chanson elle nomme du monde. Je pensais à ça, pis à Sun Kil Moon, un boy qui cite sa soeur, sa cousine, son mononcle, tout le monde… » C’est ce qu’il avait en tête en créant la pièce douce et drôle qui parle du chum de sa belle Léo, sa fille, qui se prend pour « Led Zeppelin », de son fils qui a l’air bête ce jour-là… une petite fenêtre sur leur quotidien. « C’est comme une photo de famille. Que ça soit ta face à toé ou celle d’un autre, tu deviens un peu un personnage pareil », résume bien Fred. 

L’album « Microdose » est disponible sur toutes les plateformes. Vous pouvez l’écouter juste ici.

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