Entrevue : Jason Bajada célèbre 10 ans de Loveshit

L'album culte sera disponible sur vinyle le 15 février.

Le 12 février 2009, quelques jours avant la Saint-Valentin, Jason Bajada faisait paraître son 3e album Loveshit. Ironiquement, ce long jeu n’avait rien de romantique. Les sourires sont brisés, les cœurs sont vidés et les gorges sont tranchées sur ce disque de rupture. Dix ans plus tard, le projet qui a lancé la carrière du Montréalais paraîtra enfin sur vinyle. Cette fois, la sortie se fera le lendemain de la fête des amoureux.

Même s’il avoue être une personne « zéro nostalgique », Jason Bajada a bien accepté de replonger dans l’univers déchirant de Loveshit le temps d’une entrevue. De Marc Labrèche et David Bowie à la muse derrière les chansons, l’auteur-compositeur-interprète n’oublie pas un détail sur la vie mouvementée de ce disque.

Tôt dans l’entretien, Jason Bajada admet qu’il comprenait déjà, avant même la sortie de ce troisième opus, qu’il avait quelque chose de spécial sous la main. « Je savais que moi, personnellement, musicalement, j’avais trouvé ce que je voulais faire pour la facture sonore », explique-t-il. Le tout s’est confirmé lorsque des maisons de disques ont commencé à manifester leur intérêt. «  Je réalisais que c’était pas juste moi qui étais fou, qui étais genre emo par rapport à ce document-là. »

C’est que Loveshit n’est pas un album joyeux. Le chanteur et musicien admet avoir autrefois été jaloux d’artistes comme Kurt Cobain, Elliott Smith et Fiona Apple. Des artistes torturés et amochés par la vie. Leur peine « semblait plus intense, plus véritable » que ce qu’il vivait à l’époque de ses deux premiers albums. C’est finalement une rupture difficile qui lui aura donné le carburant nécessaire pour son troisième disque.

« Elle m’avait jamais répondu si elle l’avait écouté du début à la fin »

Ce que l’album ne dit pas, c’est que Jason Bajada est revenu avec sa muse entre la fin de l’album et la tournée qui a suivi. Son ex est donc bien consciente de l’existence du disque, malgré le tabou qui l’entourait. « On n’en parlait pas vraiment », se souvient-il, expliquant qu’elle était souvent à la table de merch pendant qu’il jouait les chansons sur scène. 

« J’avais pas joué les tounes les plus assassines mettons », nuance-t-il. Il cite en exemple la première pièce de l’album, Cut Watch Leave. « Le refrain dit “You cut my throat so watch me bleed and leave.” Je refusais de la jouer parce que je trouvais que c’était trop dark, pis je voulais pas lui mettre cette pression-là. » Les deux ont depuis repris des chemins différents.

« À l’époque, la télévision avait plus d’impact. »

Même s’il ne la jouait pas en spectacle, Cut, Watch, Leave changera le cours de la carrière de Jason Bajada et la portée de l’album. Et de toutes les personnes, c’est à Marc Labrèche qu’il faut donner crédit. Son amour surprenant pour Loveshit a permis au chanteur de se produire pendant l’émission En direct de l’univers. « Moi je comprenais rien parce que de un, j’avais jamais écouté l’émission. Pis deux… T’es sûr que tu veux que j’aille jouer à Rad-Can [cette chanson-là]? »

Il avoue avoir été d’autant plus confus après avoir vu des extraits de l’émission : « Je pense qu’il y avait Jonas qui chantait J’entends frapper, pis comme YMCA avec Marjo. C’est pas mon buzz. » La production a toutefois réussi à le rassurer et Jason Bajada s’est laissé convaincre de jouer la pièce.

Dans la semaine qui a suivi sa performance, environ 3000 nouvelles copies de Loveshit ont trouvé preneur. « C’était un an après la sortie [du disque]. Tsé, on avait pas mal fait le tour. Je commençais à penser au prochain disque pis juste avec cette émission-là, ça a relancé une autre année. »

« Tous les shows étaient sold out. Il y avait vraiment un engouement pour juste trois minutes d’émission. Il y a vraiment des gens qui m’ont découvert avec ces trois minutes-là. »

« Tant qu’à faire un vinyle… »

Cet engouement explique en partie la demande accrue du public pour une version vinyle de l’album. Pour cette nouvelle édition, Jason Bajada a décidé d’offrir une chanson bonus, Worry ‘Bout You. Celle-ci est née il y a trois ans durant les sessions de son dernier album Loveshit 2 : Blondie & the Backstabberz. « J’ai l’impression que c’est un peu plus post-Loveshit, post-relationnel. Une fois que le marasme est passé, le marasme est passé. “Try not to worry about me and I’ll try not to worry about you.” Je trouvais que ça terminait bien le disque. »

Un album format vinyle a toujours besoin d’une attention différente de celle donnée à une version électronique pour tirer le maximum du médium. Loveshit a donc eu droit à un nouveau travail de masterisation chapeauté par Emily Lazar à New York. Celle qui avait accompli la tâche sur la version 2009 de l’album jouit maintenant d’une renommée mondiale. « Elle a fait David Bowie pis Vampire Weekend pis Lou Reed. C’était comme important que ce soit elle qui retouche ça. »

C’est donc dire qu’on peut mettre le nom de Jason Bajada dans la même phrase que ces grands artistes? « Au niveau du mastering, oui! »

Dans le fond, je réapprends de mon ancien moi-même.

La sortie de cette nouvelle version, combinée à la tournée qui lui est associée, aura permis à Jason Bajada de replonger dans Loveshit. Dix ans plus tard, il affirme n’avoir aucun regret par rapport à cet album phare de sa carrière. « Je crois que j’ai développé des nouveaux talents ou des nouveaux muscles de songwritting. Mais il y a une certaine naïveté qu’avec le temps, on essaie tout le temps de retrouver qui est de plus en plus rare. C’est drôle parce que dans le fond, je réapprends de moi-même; de mon ancien moi-même. »

Loveshit en format vinyle sera disponible dès le 15 février. Pour célébrer l’occasion, Jason Bajada se produira le mardi 12 février au Ministère à Montréal. Il jouera également au Mouton noir de Val-David le 16 et à l’Anti de Québec le 28.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Beatfaiseuse du mois : Laurence Nerbonne

La musicienne s'est permis d'explorer le trap sur son dernier album.

Dans le même esprit