Le GED

Entrevue : KNLO – En mode appropriation naturelle

Le rappeur vient de se lancer son nouvel album « Sainte-Foy ».

C’est un retour à ses racines territoriales (et créatives) qui a secoué les plus récents élans du rappeur et beatmaker KNLO. Nouvellement réinstallé dans la ville de Quoibec après des années à errer dans l’est de Montréal, le membre d’Alaclair a pris le temps d’explorer sa seconde nature et de brouiller les lignes de genres musicaux.

Trois années après la parution de Long Jeu, son premier album solo officiel laid back aux touches jazzées, l’artiste est allé plonger dans les eaux claires et tropicales du dancehall, du funk, du trap, du r&b et de diverses musiques africaines pour concocter un mash-up vivant proprement nommé Sainte-Foy en l’honneur de son quartier natal.

Dans ce qu’il considère son premier « véritable » album solo, le prolifique emcee revient en force nourri par l’esprit collaboratif qu’il a développé avec Vlooper, sa connexion presque spirituelle avec sa compagne Caro Dupont, mais aussi par cette volonté de revenir sur le chemin parcouru avec l’âge.

De Veggie Loops jusqu’à Sainte-Foy

« L’esprit de l’album était de déléguer un peu au niveau de la production et d’y aller plus sur l’aspect vocal, même si j’aime produire. C’était un peu cette approche-là, » explique Akena Okoko, de son véritable nom, précisant que son nouvel album est davantage la suite logique de Veggie Loops, un projet self-released en 2006 qui comptait sur la production de Vlooper, qu’une continuité de son précédent opus Long Jeu.

Défini par son vibe chaleureux, ce nouvel album témoigne également du système à deux vitesses des membres d’Alaclair. Une manière de faire qui s’est détachée du processus très bootcamps que s’impose son collectif bas-canadien habituellement. Cette fois-ci, l’enregistrement s’est étiré au fil des jours, et parfois, sur des mois de temps.

« C’était plutôt au rythme de la vraie vie. C’était plus des petites sessions en après-midi ou même des fois des chillings la fin de semaine. Ça a quand même pris du temps. Je pense que le premier track a été enregistré en début 2017, » se remémore KNLO.

« C’est drôle parce que grâce à des artistes comme J Dilla ou Madlib, on a appris à faire des albums en une journée, et là on est un peu revenu à faire des albums au rythme des saisons. »

« Aussi, je vais dire ça en tout respect, mais ça faisait longtemps que j’attendais d’entendre du dancehall en joual québécois. C’est un long devoir qui date de la cour d’école, où on a grandi avec le reggae, le funk. On continue aussi de découvrir la musique africaine et tout ça. Pour moi, la musique c’est la musique, et j’aime tout. Je suis en mode appropriation naturelle. »

Un peu de soleil et des props

L’aura exotique du projet ne sera pas trop dépaysant pour ceux qui ont pu prêter l’oreille à Multifruits, un beattape lumineux concocté l’été dernier par le tandem Caro Dupont et KenLo Craqnuques

« Ça a été la bougie d’allumage ben raide, explique-t-il. Ç’a été des moments chamaniques dans les nouveaux endroits de créations à Québec. On commence à découvrir l’ambiance et créer à partir de Québec, » explique KNLO, en parlant de son passage de Ville-Marie à la Vieille Capitale.

« Actually, pendant qu’on faisait Multifruits, je travaillais déjà sur cet album-là. Le beattape c’est un truc qui a été fait à une échelle plus rapide. On avait quelques maquettes, mais on est allé vraiment intensément pendant un mois, on a tout wrap up pis on a uploadé ça, ce que permet ce format-là. Et comme tu vois, le EP Maison de Eman, il l’a fait comme ça ce printemps. Moi, ça faisait longtemps que je work sur un album. C’est deux façons de travailler. C’est le fun de travailler aux deux vitesses, ça fait dans l’équilibre des projets. »

Pour rajouter à tout ce mix-up de saveurs fruitées et internationales, Sainte-Foy compte également sur une touche g-funk qui teinte une bonne partie du projet. La dynamique et rafraichissant TGV en fait une belle démonstration.

« En faisant l’album, on écoutait beaucoup de West Coast. Ça a un lien naturel avec le fait que Sainte-Foy, c’est comme Québec-Ouest. Quelque part, je pense que l’Ouest, à cause du récit de l’humanité, ça représente la conquête. C’est un peu le vibe découverte qu’on peut retrouver sur l’album. »

Le territoire qui s’impose

KNLO passe beaucoup de temps sur Sainte-Foy à se remémorer les anciens quartiers où il a habité, certains amis du présent et du passé, et certains passages de sa vie. Sans tomber dans la nostalgie contreproductive, le rappeur reste conscient du chemin parcouru et donne des props, notamment sur des chansons comme Cool Cool. « J’ai eu mes premiers poils blancs, mais j’t’en mode we still young. »

« C’est vrai que là-dessus, j’suis en mode It’s too late to go back. C’est ça aussi, l’album. J’ai pus vraiment la capacité de me revirer, de faire autre chose de ma vie que de la musique, du basket ou de la construction. Et justement, c’est de voir qu’il y a un aboutissement et de donner du respect aux gens sur le passage qui ont fait ce qu’on est aujourd’hui. Basically, c’est ça. Mais on est encore jeunes. On est la relève pis on se relève à chaque fois, tu vois c’que j’veux dire! »

En fin de compte, faisant fi de toute l’introspection que les récents changements ont dû entrainer, KNLO se retrouve au bout de son exercice solo avec beaucoup d’éléments entre les mains et des idées détonantes à n’en plus finir. Cette envie de reprendre son environnement lui trottait dans la tête depuis un bon moment.

« Sainte-Foy, c’est le lieu où j’ai grandi. C’est mon turf. À un moment donné je pensais à ça, pis man, le sens du nom Sainte-Foy, c’est deep! (rires) Même si tu le sors du contexte de la religion, c’est comme une prière pour les athées. C’est un peu ce qui reste après que tu sois passé dans le gutter ou les tranchées. Avant on parlait de la foi en Dieu, en Jésus, en ci ou en ça, mais là, c’est comme si tu disais la foi en la foi. Peu importe d’où tu viens ou où tu vas, il y a ça qui te fait bouger dans un sens ou dans l’autre. »

Amen.

Le nouvel album Sainte-Foy de KNLO est maintenant disponible sur toutes les plateformes de streaming et en magasins

Il sera de passage sur la scène Desjardins des Francos de Montréal le 14 juin prochain. Pour toutes ses dates de shows, ça se passe pas mal ici.

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