Hugo Bastien

Entrevue : La sagesse floridienne de Denzel Curry

Discussion avec le jeune rappeur.

Même si Denzel Curry est un nom qui ne résonne pas autant qu’il le devrait au Québec, le rappeur est en train de gravir les échelons de l’industrie musicale de nos voisins du sud. Originaire de Carol City en Floride, il débute sa carrière en 2013 avec la sortie de Nostalgic 64 puis revient à la charge en 2016 avec Imperial, une mixtape saluée par la critique qui le mettra sur la mappe comme un MC de grand talent. 

En 2018, Denzel lance Ta13oo, un album plus sombre et personnel sur lequel il explore différents thèmes, dont la célébrité et la santé mentale, le tout entrecoupé de gros bangers qui rentrent au poste. À peine un an plus tard, il sort ZUU, un projet surprise qui détonne de ce qu’il a l’habitude de faire avec un côté plus dark et introspectif.

De passage à Osheaga, on s’est entretenu avec le jeune homme au sommet de son art, autant mentalement que musicalement, pour vous partager sa sagesse du haut de ses 24 ans.

En juillet l’an dernier tu as sorti Ta13oo, un projet plutôt dark et profond. Puis, moins d’un an plus tard, tu es revenu à la charge avec ZUU, un album plus heureux et léger. Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux?

Au moment où j’ai fait Ta13oo, tout le monde était triste autour de moi. En particulier après la mort de XXXTentacion. J’étais moi-même extrêmement bouleversé à cause de toute cette histoire-là. Cela étant dit, même avant sa mort, j’avais quand même beaucoup de choses à dire, et j’avais envie de prouver aux autres que j’étais là pour rester dans le game. Mais au moment de sortir ZUU je n’étais plus triste ni fâché.

À quel point la mort de XXXTentacion a teinté l’album?

Au moment de sa mort, tout le monde m’appelait parce qu’ils savaient que nous étions proches. J’veux dire, même A$AP Rocky m’a appelé pour m’offrir ses condoléances. Ça m’a fait réfléchir à ce que je devais servir. Ça n’a pas vraiment teinté l’album. Ça m’a plutôt fait réaliser encore plus ce qu’était ma mission.

Depuis quelques années, beaucoup de rappeurs populaires viennent de la Floride. Qu’est-ce qui se passe en Floride en ce moment pour expliquer ce boom-là?

C’est notre moment, c’est aussi simple que ça. La Floride n’a jamais eu son moment pour shiner, mais maintenant, c’est le temps. Et ça permet à une foule d’artistes de se démarquer, que je les aime ou pas. C’est le bon moment pour que les Floridiens montrent ce qu’ils ont dans le ventre, maintenant qu’ils ont une voix que le public écoute.

Là-bas, je suis considéré pour une légende pour ma contribution à la scène.

Toi qui as été dans les premiers à devenir gros dans la scène, est-ce que les gens viennent te voir pour des conseils?

Il y a beaucoup de jeunes qui viennent me voir pour des conseils oui, mais je ne suis pas le genre de personne qui en donne. Je veux dire… avant je le faisais, mais maintenant je trouve que la clé c’est de faire tes affaires à toi. Just do you.

Tu es un des rares rappeurs qui n’entrent pas dans la game du bling bling et du star-système américain. Quelle est ta relation avec le milieu hip-hop américain en général?

J’aime beaucoup d’artistes. Je suis cool avec Trippie Red, JID, Saba, Smino. Je veux dire, je m’en fous que tu sois connu ou undergroud : si je vibe avec toi, c’est ça l’important. 

Et ça va au-delà du hip-hop. Récemment, j’étais en tournée avec Billie Eilish.

Justement, parlons-en! J’étais curieux de savoir comment son public réagissait à ta musique.

Pour être tout à fait honnête avec toi, au début quand j’entrais sur scène, tout le monde était comme : « Who the fuck is this guy? ». Mais souvent au courant du set, les gens finissaient par réaliser que c’était moi et ils se mettaient à tripper. 

Montréal a d’ailleurs été un des meilleurs shows de la tournée. Le public a TURNED UP.

Tu as trouvé le succès assez tôt dans ta vie. Qu’est-ce que ça a changé avec les autres autour de toi?

Le succès amène à la fois beaucoup de jalousie, beaucoup de haine, mais également beaucoup d’amour. C’est beaucoup d’émotions différentes qui te happent d’un coup. Les filles qui ne voulaient rien savoir de toi parce que t’étais pas assez cool sont soudainement après toi. Et c’est difficile avec les amis. Certains te soutiennent pendant que d’autres commencent à te détester. 

Et finalement, tu as la famille. Tu as la famille, la vraie, qui est là pour toi. Et tu as celle qui ne s’est jamais pointée avant et qui maintenant est là juste pour l’argent.

Le succès c’est vraiment un couteau à double tranchant. Avant que je sois connu, personne n’était jaloux de moi. Personne n’aurait voulu être moi.

La chanson RICKY parle des apprentissages que tes parents t’ont transmis et comment gérer les mauvaises influences. Qu’est-ce qu’ils t’ont enseigné exactement là-dessus?

Les mauvaises influences vont toujours être autour de toi, l’important c’est comment tu les gères. Certaines personnes sont réceptives, d’autres non. Ce que mes parents m’ont appris, c’est d’être moi et de m’affirmer. Je n’aime pas être contrôlé, j’aime être en contrôle.

Dans la chanson, tu dis aussi que ton père t’a enseigné à ne jamais laisser les gens qui sont autour de toi depuis le début être dans le trouble. Comment tu appliques ça exactement?

C’est drôle que tu demandes ça parce que j’ai justement des gens qui sont là depuis le début dans mon équipe de tournée. Quand je rappe quelque chose, je le fais pour vrai, c’est pas du fake. Sauf que moi, si tu veux partir avec moi, tu dois avoir une responsabilité dans l’équipe.

T’sais des fois, tu vois les entourages des rappeurs et t’as le dude qui roule les joints, et l’autre qui est là pour « le support moral ». Moi c’est pas ça. Quand je pars en tournée, tout le monde du team a une job. Mon frère m’a demandé s’il pouvait partir en tournée avec moi et je lui ai dit : « Fine, mais on doit te trouver un rôle. ». Maintenant, il s’occupe de vendre la merch.

Mais de pouvoir faire ça, c’est une bénédiction. 

Dans la même chanson, tu partages les enseignements de ta mère et ton père. Quel autre conseil ajouterais-tu à cette liste-là pour ton enfant?

Honnêtement, je dirais la même affaire, point. Quand j’aurai un enfant, je veux qu’il ou elle soit préparé.e pour le monde extérieur. Je veux quand même qu’il reste un enfant autant qu’il peut, mais dès qu’il deviendra un jeune homme ou une jeune femme, je veux qu’il sache ce qu’il se passe. Je veux que mon enfant questionne tout, qu’il soit aussi capable de donner des réponses, tout en cherchant toujours plus de sagesse. 

Je veux qu’il se pousse plus loin, qu’il se challenge. Je veux qu’il se fasse respecter et qu’il soit libre.

Avec un père comme Denzel, je ne suis pas inquiet pour cet enfant.

Pour suivre Denzel Curry, c’est ici.

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