manvs

Entrevue : L’Amalgame – Une visite aux frontières du concret

Le groupe sort aujourd'hui son nouvel album.

Après presque deux ans d’absence, L’Amalgame est de retour avec un nouvel album, Aux frontières du concret. Forts d’un été 2018 de fou où les membres du groupe se sont produits sur certaines des plus grosses scènes de la métropole avec La Fourmillière, les gars se sont brièvement retirés pour mieux revenir. Partis s’isoler pour quelques séjours créatifs dans des chalets aux différents coins de la province, ils ont atteint les frontières du concret. Question de mieux comprendre où exactement se situent ces frontières, je suis allé chiller avec L’Amalgame le temps d’une conversation entre chums.

L’Amalgame revu et corrigé

Le rendez-vous était donné au Boogie Crib, le repaire rosemontois de La Fourmillière, et accessoirement, l’appartement de quelques-uns des membres du groupe. Attablé dans la cuisine, je demande aux boys de me donner leur ressenti par rapport à cet album qui marque un changement de cap clair pour L’Amalgame.

« Je pense qu’on avait faim, affirme John Ouain. Ça commence à faire un bout qu’on est actifs et je pense qu’on offre un produit de qualité depuis le début. Mais là, on peut dire que c’est L’Amalgame 2.0, revu et corrigé. »

C’est effectivement le cas et le rappeur le confirme d’ailleurs sur Correction, où il rappe: « on met le brouillon au propre, les élèves ont dépassé le prof. » On retrouve dans Aux frontières du concret un groupe décomplexé, à son aise et en pleine confiance. Anciennement, on pouvait reprocher au groupe de tomber dans certaines formes de purisme, alors qu’il adoptait un son beaucoup plus traditionnel.

Par contre, on retrouve ici L’Amalgame au goût du jour, alors que s’entremêlent autotune, 808s et influences trap sur des productions de Catboot, Quiet Mike, Rousseau, bnjmn.lloyd et Kodakludo, qui signe cinq beats, dont Perron et Hypemen, mes highlights personnels de l’album. La «toutoune», le surnom que les boys ont donné à l’effet autotune, est devenue un gamechanger, surtout pour Catboot. «Ça fait partie d’une nouvelle facture, explique-t-il. En travaillant avec les Fourmis, je me suis rendu compte du potentiel et des différentes utilisations qu’on pouvait faire de la toutoune.»

Cela dit, pas question de se limiter au niveau de la qualité des paroles afin d’atteindre un plus grand public. «On va pas downgrade les bars pour avoir de l’attention, insiste Catboot. Sauf que faire des refrains avec deux mots, ça nous dérange fuckall, maintenant.»

Un album conçu pour le live

S’il y a quelque chose qui ressort d’Aux frontières du concret, c’est bien cet esprit festif, positif même dans les moments plus deep qui laisse penser que les gars avaient déjà leurs spectacles en tête lors de la création de l’album. «Perso, je fais juste mettre des drops partout dans mes verses, avoue Vendou en riant.» À John Ouain de renchérir: «On y pense de plus en plus, parce que des fois, tu fais une toune, pis elle est super bonne, mais en show, c’est plate.»

«L’affaire, c’est qu’on en a fait en criss, des shows, explique Catboot. Tsé, on a fait une année complète sans faire de musique, à juste faire plein de shows. Un moment donné tu catch ce qui fonctionne, et ce qui fonctionne moins.»

Ce qui est sûr, c’est que la dynamique du groupe n’a jamais été aussi forte. Grand absent des festivités de l’été 2018 (et de l’entrevue), Gary Légaré – anciennement Quantom – signe un retour marquant. Sa puissance vocale amène une coupure agréable avec les styles plus smooth de ses compères. Comment expliquer ce retour en force?

«Je pense que de witness de loin tout ce qui s’est passé l’été dernier – il était en voyage avec sa blonde – ça l’a vraiment motivé à reprendre la musique, avoue Vendou. C’est lui qui a proposé de faire le premier chalet créatif. Manquer les Francos et tous les autres shows qu’on a faits avec La Fourmillière, ça l’a amené à pousser fort pour qu’on revienne en tant que groupe, parce qu’il a vu les possibilités qui s’offrent maintenant à nous.»

Le rap québ, c’est concret

Cette professionnalisation du rap québ permet aux artistes d’aspirer à vivre de leur art, ce qui n’était qu’un rêve improbable il n’y a encore que quelques années. Vendou peut en témoigner, lui qui a tout lâché pour suivre FouKi en tant que hypeman et pour se consacrer à sa carrière musicale à temps plein. Alors, ça fonctionne? «À date, c’est la meilleure décision de ma vie,» avoue-t-il candidement.

D’ailleurs, ce rôle de hypeman a donné naissance à la chanson Hypemen. «On niaisait au chalet, là où on sort plein de conneries qui nous restent en tête, et qui finissent par former la mythologie de l’album, le slang, explique Vendou. Les gars niaisaient parce que je suis le hypeman de FouKi. Faque là, je leur ai dit qu’on se backait tous finalement, donc le hypeman de mon hypeman, c’est aussi mon hypeman. C’est un peu la force de La Fourmillière, puis ç’a donné naissance à la chanson.»

Le rôle des chalets créatifs dans la création de l’univers qui entoure l’album est palpable, notamment dans le processus qui a mené au titre de l’album. «Le chalet, précise John Ouain, ça crée des référents et des insides, comme ‘Gatorade bleu’, ‘la correction’, etc. On parlait d’esthétique, continue-t-il, de ce qu’on voulait pour l’album, pis moi je voyais ça comme un truc à la X-Files, Blade Runner, etc. Je me disais, Aux frontières du réel c’est nice, mais après c’est devenu Aux frontières du concret et on a tout de suite accroché

Le pouvoir du Gatorade bleu

En fin d’entrevue, j’ose admettre aux gars que je suis malheureusement plutôt team Gatorade rouge, question de les faire réagir un brin. «C’est correct que t’aimes le Kool Aid cheap au punch aux fruits, me lance John Ouain, sourire en coin. Le Gatorade Bleu cool, c’est plus qu’une saveur, c’est un état d’esprit et une attitude.»

«Y a rien d’autre qui goûte le Gatorade bleu, affirme Vendou, comme y a rien d’autre qui sonne comme L’Amalgame! (Rires.) Par contre, on est pas ignorants, parce qu’on brainstorm souvent sur des façons de proposer le Gatorade bleu sans les bouteilles en plastique. Un genre de Gatorade bleu en fût, mettons. On voudrait proposer un Gatorade bleu zéro déchets,» s’exclame-t-il, soulevant les rires de la petite dizaine de personnes rassemblées dans la cuisine. Ils ont pensé à tout, les salauds.

Puis, c’est logique en fait: la magie du Gatorade bleu cool dépasse la simple blague. «L’affaire, explique Catboot, c’est qu’on revendique aussi que nos shows sont du sport, on est des athlètes, et on sue big time sur scène. Alors on a besoin d’électrolytes, et nos fans aussi finalement, alors le Gatorade bleu, c’est pour tout le monde.»

«On revendique aussi que nos shows sont du sport; on est des athlètes sur scène, alors on a besoin d’électrolytes»

L’argument est béton, concret. En sortant du Boogie Crib, je passe au dep m’acheter un Gatorade bleu. Je préfère toujours le Gatorade rouge, mais je dois admettre que j’ai eu l’impression d’appartenir à quelque chose de plus gros que mes goûts personnels le temps de quelques gorgées de la fameuse boisson bleue cool. Rendu là, impossible de douter du concret de la démarche de L’Amalgame.

Vous aurez la chance de partager un Gatorade bleu avec les boys lors de leurs deux lancements d’Aux frontières du concret: le 19 avril au Ministère pour les Montréalais, ainsi que le 27 avril au Pantoum, pour les fans de rap de la Capitale nationale. L’Amalgame sera également en tournée un peu partout à travers la province en avril.  

Pour suivre L’Amalgame, c’est ici.

Pour écouter leur discographie, c’est ici.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Beatfaiseur du mois : Mike Shabb

L'artiste veut changer le son de la métropole.

Dans le même esprit