Entrevue : Les Breastfeeders fêtent leur 20 ans en lançant deux nouveaux singles

L'heure est au bilan.

Mine de rien, ça fait déjà huit ans que les fans des Breastfeeders n’ont pas eu droit à du nouveau matériel. Leur dernier album, Dans la gueule des jours, est paru en mars 2011. Tout ça change aujourd’hui alors que le groupe mythique lance deux pièces à la manière d’un 45 tours virtuel. Le premier morceau, Ma mort avant ma mort, est une breakup song originale qui met en valeur les textes du groupe, alors que Hey, petite fille est une reprise en français de la chanson Sweet Young Thing du groupe américain The Chocolate Watchband. Nous avons profité de la sortie de ces morceaux pour rencontrer Luc Brien, frontman des Breast, afin de parler de ces chansons et des 20 ans du groupe.

« Fuck off les albums »

Je me souviens vaguement de vous avoir vus lors de l’un de vos derniers shows au Divan Orange l’an dernier et il me semble que vous parliez déjà de nouvelles chansons. Ça fait combien de temps que vous travailliez sur du nouveau matériel?

On était déjà prêt à sortir des trucs [depuis quelques années], mais ça n’a pas vraiment eu lieu. On n’a jamais arrêté de composer, mais on faisait ça dans l’optique de faire un autre album moment donné… L’an dernier, notre compagnie de disque Blow The Fuse voulait faire une compilation avec ses artistes alors on s’est dit qu’on allait en prendre une qu’on avait déjà commencée [Ma mort avant ma mort]. Finalement, la compilation n’a pas vraiment eu lieu pis si un jour ça arrive ce ne sera pas cette toune-là. Bref, ça nous a donné un coup de pied dans le cul pour finir [cette toune-là].

« On est à une époque où les gens n’achètent pas vraiment d’albums, mais ils écoutent des tounes. »

L’idée ce serait de faire un peu comme fuck off les albums. On n’a pas vraiment le temps d’écrire 20 tounes pour en garder 15 ou 12, mais on a le temps d’écrire des tounes. (…) L’idée, c’est de se tenir en vie comme ça. Dès qu’on a des tounes, on les sort. On est quand même à une époque où les gens n’achètent pas vraiment d’albums, mais ils écoutent des tounes.

Ça fait longtemps que vous n’avez pas sorti d’albums, en fait, votre dernier album [Dans la gueule des jours] est sorti l’année où je suis arrivée à Montréal. Mais, pour moi, vous n’avez jamais vraiment arrêté d’exister parce que je vous voyais toujours en concerts une fois de temps en temps.

C’est sur qu’on parlait moins de nous [à ce moment-là]. C’est un miracle qu’on ait été bookés pendant ces années-là. Je pense que cette année on va faire environ le triple de shows que dans les dernières années.

On avait aussi besoin de prendre un break. Tsé, on a fait ça non-stop pendant 12 ans pis vers 2011-12-13, la scène changeait ; le rock & roll était plus ben ben à la page… Ça me tentait moins, on dirait que j’aimais moins la scène. Tout le monde se mettait à chanter en anglais… je me reconnaissais moins là dedans. Mais là, c’est le fun parce qu’on se rend compte que le monde ne nous a pas oubliés.

Mais pendant ces années-là, comme tu disais, vous n’avez jamais arrêté d’écrire ?

Non c’est ça, on n’a jamais arrêté. J’ai été là-dedans à temps plein pendant 12 ans, mais là, non. J’ai besoin d’un coup de pied dans le cul un peu moi dans la vie [pour écrire]. Je suis super contemplatif. Quand je me mind, je suis capable, mais il faut que je m’y mette. Comme en ce moment, je me demande ce qu’on va pouvoir sortir quand ce sera l’été…

L’air d’un cadavre

Pour parler des tounes, Ma mort d’avant ma mort, c’est une espèce de breakup song ?

Totalement. C’est un flash que j’ai eu après une peine d’amour. J’avais tout le temps dans la tête une toune de country qui s’appelle The End of the World de Skeeter Davis. En gros, ça dit : comment ça qu’il fait beau, comment ça que les oiseaux chantent, c’est pas supposé, parce que t’es partie. J’avais ça dans tête. Je me trouvais quétaine, mais criss c’était tellement un bel été [pour une peine d’amour].

Je me sentais mort. Je me sentais mort avant ma mort. C’est comme ça que j’a eu cette idée-là. Je me regardais pis j’avais l’air d’un cadavre. Je me sentais froid. Et j’ai écrit le texte avec Johnny Maldoror, mais c’est pas dirigé envers une personne en particulier, c’est comme un mix de trois-quatre affaires que j’ai vécu.

Je trouve que c’est ma meilleure toune de peine d’amour. Je suis vraiment content de ce texte-là.

Messages cachés

En faisant mes recherches, j’arrêtais pas de tomber sur des mentions de clés de lecture, c’est un truc que tu « pluggais » souvent en entrevue. Est-ce que tu t’amuses à cacher des trucs dans tes chansons ?

Ouin… Je fais beaucoup ça.

Dans l’espoir que quelqu’un les déchiffre ?

Oui, et ça marche. Il y a déjà du monde qui est venu me dire « Ahh t’as dit telle affaire qui fait référence à telle chose, donc ça veut dire que… »

Donc, il y a plusieurs niveaux de lecture dans vos tounes…

Ouais, vraiment. On a du fun à faire des textes. Moi pis Johnny Maldoror on est passé par la poésie avant, donc on est super conscients qu’un texte peut avoir une pluralité de sens. On aime jouer avec ça.

Il y a du monde qui pense que Les Breastfeeders on fait des tounes de party pis que c’est ben nono ce qu’on raconte, mais j’ai de la misère à pas essayer d’aller plus loin.

Ce que j’aime [d’une chanson comme ] Ma mort avant ma mort, c’est que les gens ne nous attendent pas nécessairement là. [Ils se disent] les Breast sortent une nouvelle toune, ça va ruer dans les brancards, ça doit beugler, mais nonnnn. C’est pas ça.

C’est quand même une toune qui a du mordant.

Oui, mais je peux mordre encore plus fort.

Tu voulais qu’on comprenne bien les paroles ?

Oui, parce qu’en show, je vais pas sortir mon tabouret pis m’asseoir pour qu’on checke mes textes. J’haïs ça ce genre de show-là. Faut que les textes soient bons en maudit pour que je tripe sur un gars assis sur un tabouret…

« Le but de ma carrière, c’était de faire danser le monde sur des affaires qui ne sont pas nounounes. Pis… on le fait. »

Mais c’est ça, il y a une grande dualité [dans le projet]. Moi, le but de ma carrière, c’était vraiment de trouver ça, de faire danser le monde sur des affaires qui ne sont pas nounounes. Pis… on le fait (rires).

20 ans plus tard

Comment tu vois ça les Breast après 20 ans ? Tu disais que t’étais satisfait d’avoir trouvé cette dualité-là…

C’est dur à dire parce qu’on vit de drôles de choses. Il y a deux ans, j’étais DJ à l’Esco pis je suis sorti dehors pour fumer une cigarette et y a un gars qui est venu me voir. Je ne me suis pas dit: « Ah y’est jeune ». Je me suis dit : « C’t’un gars comme moé ». Il m’a dit: « Eille t’es le chanteur des Breastfeeders ? C’est cool, mes parents écoutaient tout le temps ça quand j’étais petit » (rires).

Je suis rendu à ce stade-là de ma vie. Dans le temps, quand on sortait nos albums, j’avais pas l’impression qu’il y avait des parents qui écoutaient ça, mais tsé, dans le fond [ses parents] c’est du monde de mon âge (rires).

On a toujours une bonne réponse du public et on est toujours capables de remplir nos salles. C’est sur que si tu fais un band avec du monde avec qui tu t’entends plus ou moins bien et que tu veux que ça marche… Pis pour toi que ça marche c’est d’être numéro un à la radio… Ça risque pas de durer ben ben. Tandis que nous autre, c’est plutôt une histoire d’amitié pis on a été surpris du succès que ça l’a eut. Ensuite, pourquoi arrêter… le monde aime encore ça.

On me pose la question des fois: « T’aurais pas envie de faire un album solo ? »… Pourquoi faire ? Moi dans la vie, quand j’écris une toune, c’est du Breastfeeders. Si j’avais envie de faire du techno ou n’importe quoi, je me donnerais le droit de le faire, mais j’ai juste pas envie.

Le « 45 tours virtuel » des Breastfeeders est disponible dès maintenant. Le groupe sera en concert le 10 mai prochain dans le cadre du festival DISTORSION Psych Fest.

Gardez aussi l’oeil ouvert sur leur page Facebook pour des surprises à venir pour les 15 ans de Déjeuner sur l’herbe, leur premier album, et les 20 ans des Breastfeeders en 2019.

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