Entrevue : Nilüfer Yanya – « En fait je… Je n’aime pas vraiment mon album. »

Autant j'ai adoré son premier album, autant elle a hâte de passer à autre chose.

13:40 pile. C’est l’heure à laquelle Nilüfer Yanya doit monter sur scène. C’est aussi l’heure à laquelle je réussis enfin à rentrer sur le site d’Osheaga. Je marche d’un pas décidé sur le sable blanc pour me rendre devant la scène de la montagne. Le soleil, bien ancré au sommet du ciel me brûle la peau et j’ai oublié mes lunettes de soleil chez moi. Nilüfer, elle, les porte fièrement. Elle les gardera tout au long de sa performance, et ne s’adressera que rarement au public.

S’il y a une chose que j’aime de l’artiste britannique, c’est qu’elle est gênée de nature. Je l’ai rapidement réalisée quelques jours plus tôt, lors d’un entretien téléphonique. Comme elle se trouvait encore à Cleveland, la qualité de l’appel et un court délai rendait la communication difficile. 

Tournée exigeante

Puis, il y a la fatigue. Nilüfer Yanya ne se la coule pas douce. Le lendemain de l’entrevue, elle jouait à Détroit, puis Toronto et enfin Montréal, sans journée de congé. Un horaire qui semble la mettre dans un état plutôt morose. « J’en ai peut-être apprécié la moitié », me dit-elle en parlant de son temps en tournée. « C’est juste que, de voyager entre chaque spectacle, c’est long. Tu veux avoir l’impression d’avoir vu des endroits. Mais au fond, tu es juste dans une voiture, puis dans une salle de spectacle, puis dans une voiture, puis une autre salle de spectacle… »

Heureusement, lors de son passage à Osheaga, le public ne semblait pas se douter de grand-chose. La foule grandissait à vue d’œil tout au long du concert, et les applaudissements se faisaient entendre de plus en plus fort à mesure qu’elle enchaînait les chansons. Sans grande surprise, ce sont les morceaux de son premier album qui occupaient la majeure partie de la performance.

À un autre moment dans l’entrevue, elle admet que malgré la routine, elle a toujours du plaisir à jouer ses chansons. Elle semble aussi aimer que la scène lui permette de donner une seconde vie à ses pièces. Ainsi, la chanson Angels, l’un des points forts de son disque, est réactualisée avec ce qui semblait, de loin, être un saxophone.

Déni musicale

Ce qui me mène à l’une des révélations les plus surprenantes de l’entrevue. J’ai adoré son album Miss Universe. Je l’ai acheté en vinyle. J’en ai parlé si souvent sur URBANIA Musique qu’on m’a offert cette entrevue sur un plateau d’argent. Je parle alors à Nilüfer des différentes accolades et de l’accueil critique chaleureux qu’a reçu le disque depuis sa sortie en mars. Je lui demande si elle s’attendait à une telle réaction. Je m’attends à ce qu’elle me dise quelque chose comme « non, mais j’en suis très fière », ou « je ne fais pas de la musique pour les critiques » ou peu importe. Mais pas… ça.

« Non, pas vraiment. En fait je… Je n’aime pas vraiment mon album. »

Éventuellement, elle tente de rectifier le tir. « Je suis fière de l’avoir fait, mais je ne suis pas complètement heureuse du résultat. » Qu’est-ce qu’elle aurait voulu changer?

« Tout. Oui, vraiment, si je le faisais à nouveau, je ferais tout différemment. Je ferais des choix différents par rapport à tout. Je me sens reconnaissante d’avoir pu le faire parce que je peux maintenant passer à autre chose, mais je n’y suis pas attachée. »

Tout d’un coup, toutes mes autres questions sur son album semblent moins intéressantes. Ses réponses sont courtes quand je lui demande ce qui l’a inspirée à nommer un disque aux propos aussi mélancoliques et au son aussi cru. Quand je lui parle du visuel qui accompagne l’album, elle ne semble pas avoir grand-chose à me dire non plus.

Vers la fin de l’entretien, je lui demande si elle pense déjà au prochain projet. « Je crois que je vais simplement prendre plus mon temps cette fois-ci. » Comme elle aime réinventer ses chansons en concert, je lui fait remarquer qu’en prenant son temps, elle pourra tester et modifier des nouvelles chansons sur la route. « Oui, exactement ». Et ça tombe bien : il lui reste encore plusieurs spectacles à faire en 2019. Heureusement pour elle, ou malheureusement.

Je ne sais plus.

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