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Entrevue : Les soeurs Boulay regardent vers le ciel avec « La mort des étoiles »

Un album qui parle au « nous ».

Après deux années plutôt tumultueuses, remplies de projets et d’amour, Les sœurs Boulay nous reviennent finalement avec un nouvel album, La mort des étoiles. Le projet délaisse  un peu le côté intimiste et les histoires personnelles auxquelles le duo nous avait habitués pour tourner son regard vers le futur, et surtout, vers nous tous. Vers le nous qui habite dans un monde qui va vite et qui ne sait pas trop où il s’en va. Le nous qui a peur, qui se questionne et qui ose espérer mieux pour nous tous, mais aussi pour ceux et celles qui viendront après.

Dans le petit bar du Plateau où je les rencontre, elles sont lumineuses et assurées. Elles viennent de terminer un marathon d’entrevues pour la promotion de l’album, mais tout va bien, je suis la dernière de la journée et elles se sentent d’attaque pour me jaser. Tout au long de la conversation, je les sens « groundées », matures, réfléchies. Elles ont créé cet album comme s’il pouvait être le dernier, avec un sentiment d’urgence et une pointe de lumière. Nous avons discuté de réchauffement climatique et d’impuissance, mais aussi du bonheur et de l’espoir. Récit de ma rencontre avec Stéphanie et Mélanie, Les sœurs Boulay. 

La création

Je lisais en entrevue que vous aviez commencé à travailler sur du matériel ensemble à peu près au même moment où Stéphanie travaillait sur son album solo. Est-ce que c’était le début de La mort des étoiles ?

Stéphanie : Je travaillais plus tant sur l’écriture, mais je travaillais sur la production, les shows. J’ai écrit la dernière toune de mon album pis on a commencé direct à écrire La mort des étoiles.

Mélanie : T’as beaucoup de tounes dans le corps dans la dernière année.

S : Oui, c’est fou. Avec le livre aussi… J’ai toujours dit que je n’étais pas capable de faire plusieurs choses en même temps, mais là je n’ai pas vraiment eu le choix.

Pis là, c’est comment de retomber aussi rapidement en mode promo ?

S : Je suis contente parce que je suis vraiment fière de l’album. Ça fait environ 6 mois là qu’il est terminé…

M : On a eu le temps de décanter, de le digérer, on n’est pas à vif en ce moment. On la réécouté plein de fois pis le travail est fini depuis un bout de temps. Souvent, le mix est tellement long pis tu te fais envoyer des versions différentes tous les jours ou presque faque ça vient que t’arrives à être tannée de ce que t’as fait. Là, on est au stade où on recommence à l’aimer (rires).

S : Y a un avantage aussi avec cet album-là qu’on n’avait pas sur les autres. Avant on écrivait, on testait les chansons, elles nous habitaient avant qu’on les endisque. On les connaissait déjà sur le bout de nos doigts, elles étaient dans notre corps, là, ç’a été plus spontané. On finissait les chansons pis on les enregistrait tout de suite après. 

Je trouve que c’est un avantage parce que les chansons sont comme fraiches. J’écoutais l’album la semaine passée pis je redécouvrais nos chansons. C’est plus dynamique, plus pétillant de cette façon-là.

C’est pas la fin du monde (mais presque)

En écoutant l’album, on peut voir un thème, ou une ligne directrice, qui fait vraiment « fin du monde » (urgence climatique, traitement des femmes, entre autres). Saviez-vous en partant que c’est ce que vous vouliez explorer ?

M : C’est vrai, c’était déjà là en partant. À l’époque, Steph elle avait commencé à écouter l’album de Starmania, qui aborde ces sujets-là, mais il y a des années de ça. 

S : Il y a eu plein d’articles qui ont été écrits pour parler de comment ça avait été visionnaire et ça me faisait capoter de voir que ça avait déjà été écrit dans ce temps-là. C’était écrit presque comme une prophétie.

M : On savait que c’était les thèmes qu’on voulait aborder. Ce sont des thèmes qui nous habitent. On est écoanxieuses. On n’arrête pas de parler de ça. On parle de la crise environnementale. On se pose des questions sur ce qu’on peut faire nous. Dans nos soupers entre amis, on ne parle que de ça. 

Moi en plus, ayant eu un petit garçon entre temps, là le futur m’angoisse encore plus. J’ai une vision complètement différente du monde dans lequel on vit. Pas que je m’en foutais avant, mais là ça se peut comme pas qu’on laisse ça arriver.

C’est quand même un switch de perspective important. Avant vous étiez plutôt dans l’intime avec le « je » et là on se tourne plus vers un « nous » collectif. Est-ce que vous pensez que ça vient du fait que vous vieillissez pis que vos vies changent?

S : Le premier album c’était un peu à propos des relations amoureuses qui ne fonctionnent pas, c’était la course pour se trouver soi-même, la crise identitaire. Le deuxième album c’était le post première tournée, le déracinement. C’était le « je travaille tellement que j’ai pu de vie sociale », c’est quoi mon chez-moi, mon ancrage.

Pour le troisième, ça adonne qu’on est plus settées dans nos vies. On est plus posées et plus entourées. On a conscience de la valeur de ça, mais ce confort-là fait que tu regardes à l’extérieur de toi pour voir ce qui se passe ailleurs. 

Malgré tout, on a de l’espoir, on a comme pas le choix d’en avoir (rires). Dans vos vies, ça ressemble à quoi cette lumière-là ?

S : Je pense que c’est de s’accrocher aux choses qui ont du sens maintenant pour nous. Les relations, l’amour véritable, l’engagement… J’aurais pas cru dans ma vie trouver autant de bonheur dans les choses simples. Comme avoir une maison, s’occuper des enfants, faire à souper, avoir quelqu’un à aimer et me contenter de ça. 

On s’est tellement perdues, on a tellement erré, tellement été en mouvement et vécu d’expériences que là j’ai envie de m’ancrer. 

M : La mort des étoiles c’est un peu ça aussi. On parle de crise climatique oui, mais il y a aussi notre rapport avec le milieu dans lequel on est qui parait super brillant de l’extérieur, mais qui est vraiment beaucoup moins brillant de l’intérieur (rires). 

S : J’imagine aussi que d’avoir un enfant, ça rend ça un peu futile le succès. Mais en même temps, ça justifie pourquoi on crée, pour essayer de partager et de changer le monde au moins un petit peu. D’apporter du beau, de le chercher, de le nommer et de le partager. 

La mort des étoiles, le nouvel album des Sœurs Boulay est disponible dès aujourd’hui. Vous pouvez l’écouter ici et suivre Stéphanie et Mélanie sur leur page Facebook.

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