Félix Renaud

Entrevue : Lomepal – 1000°C au pays de l’hiver

On a rencontré le rappeur lors de son passage à Montréal.

Lomepal, de son vrai nom Antoine Valentinelli, a parcouru le monde, dans les derniers mois, pour la sortie de son deuxième album Jeannine. Si son nom ne vous dit peut-être rien, il est connu en France comme un des rappeurs les plus populaires du moment, ses deux albums étant certifiés platine et son single Yeux disent ayant récemment atteint la mention Diamant. Après avoir parcouru l’Hexagone, il compte maintenant s’emparer du Québec où il a achevé sa tournée avec deux dates à Québec et à Montréal.

Grande fan de Lomepal depuis ses débuts, j’ai eu la chance de m’entretenir avec l’artiste au bar Psy, lors de son passage dans la métropole. Avertissement : cette entrevue contient des papillons dans l’estomac.

Tout fraîchement arrivé à Montréal, comment tu te sens ?

Très fatigué et gros jetlag. Je suis en grosse décompression de la plus grosse tournée de ma vie : 15 dates en 3 semaines. Et du coup là, c’est un peu le contre coup avec la fatigue du jetlag mais je suis bien.

Ça fait un bon moment que je te suis et aujourd’hui tu es déjà rendu à ton deuxième album. Ces deux albums, tu les as composés de manière complètement différente : pourquoi cette volonté de faire un album plus pour rigoler (Flip) et un autre plus introspectif (Jeannine) ?

Franchement, c’est pas fait exprès. Flip c’était pas mal de sujets que j’avais envie d’écrire depuis longtemps. Je m’étais dit « mon premier morceau qui parlera de skate, ce sera pour mon premier album ». Et quand enfin, je me suis donné le droit de faire cet album, là c’est sorti très vite.

Alors que Jeannine (c’est le nom de ma grand-mère) ça n’avait rien à voir. J’avais rien à dire en fait : dans ma tête j’avais déjà tout raconté dans le premier album. Je me disais : « qu’est-ce que je vais raconter de plus? ». J’écrivais des morceaux dans le vide complet, c’était horrible, j’angoissais. Puis un jour, à force de creuser dans la réserve, j’ai trouvé des trucs un peu plus profonds.

J’aime autant les deux albums, mais Jeannine, y a un truc que j’aurais jamais réussi à avoir si je m’étais pas autant pris la tête à trouver des trucs à dire.

La plupart des rappeurs d’aujourd’hui s’inspirent du rap US mais dans ta musique on ne retrouve aucunement ça. Elle me fait plus penser à de la variété française, par ses paroles poétiques et profondes. D’où vient ton inspiration?

Je m’inspire de tout : du rap US, du rap français, de la chanson française, du rock des années 70, du rock des années 2000. Tout ce que j’écoute quoi. Quand il faut que j’écrive, je vais chercher la mélodie en premier en général et du coup instinctivement, je me fais influencer par plein de genres en même temps. Y a des morceaux qui sont très proches du rock (comme 1000°C), tandis que d’autres, comme Trop beau, sont plus près de la variété.

Ce que j’adore chez toi ce sont les thèmes que tu explores. Pas mal de tes morceaux traitent d’amour (Yeux Disent, ou encore Trop beau par exemple) : comment tu t’y prends pour les façonner ?

Tout ce que j’écris dans mes deux albums Jeannine et Flip, c’est ma vie. C’est des choses de ma vie que je détourne ou que je lâche de manière brute quand j’ai envie de le faire. Mais c’est très inspiré par ce que j’ai ressenti. C’est le seul truc que je sais faire en faite.

Je ne sais pas inventer une émotion.

Je ne sais pas inventer une émotion. Je suis obligé de me dire : « Ah ouais, c’est comment quand je ressentais ça? ». Quand j’ai écrit Trop beau, je repensais à mon ex et j’ai retrouvé l’émotion que j’avais quand c’était fusionnel entre nous. Pour Yeux disent, c’était pareil. Ce qui me passionne c’est de toucher les gens, d’arriver à les émouvoir, c’est ce que j’aime le plus.

Le skate occupe une grande partie de ta vie : tu en fais depuis ton plus jeune âge. Qu’est-ce la culture du skate apporte à ta musique?

Bizarrement je fais plus de skate en tournée ! En vrai, c’est le moment où j’ai le plus le temps d’en faire. J’arrive en tour bus le matin et je joue le soir, donc j’ai toute la journée pour skater. Pas maintenant évidemment, car je ne suis pas en tour bus, je joue à Montréal et c’est dans le cadre d’une tournée.

Je parle surtout de celle que je viens de faire où tous les jours tu fais un spectacle : tu fais le concert, tu pars juste après, tu dors dans le bus, tu te réveilles le matin, t’arrives dans une autre ville. Heureusement, c’est cool car on a tous notre skate; on va skater dans la salle, dans la ville ou dans le skate park d’à côté.

Malheureusement, ici, j’étais en promo, puis à Québec, après à Montréal et ensuite je repars. Donc j’ai pas le temps. De toute façon avec la neige, c’est compliqué, tu peux pas skater dehors. Par contre, ça me tenterait bien de tester le TRH-bar de Québec, car j’en ai pas mal entendu parler.

Tu parles souvent de ton égocentrisme, que tu affirmes sans timidité. D’où penses-tu que ça vient? Pourquoi crois-tu que ça parle à tes fans?

Ma mère est beaucoup comme ça, donc je pense que c’est à l’intérieur de moi depuis que je suis né. Toute ma vie, j’ai eu besoin d’être devant le regard les autres : quand je faisais du skate, je voulais qu’on regarde mes tricks. Il y a toujours été question de spectacles et de divertir les autres.

En revanche, je me suis battu contre ça longtemps. Genre je l’assumais pas et je ne voulais pas être comme ça. Et puis, ces dernières années, j’ai fini par l’accepter. J’en faisais même une marque de fabrique et je trouvais ça intéressant.

Finalement, le fait de l’accepter, ça l’a réduit à mort ! Maintenant, je le suis beaucoup moins. J’ai surtout pu faire la différence entre égoïsme (ce que je ne suis pas) et égocentrisme. J’ai besoin des autres, je passe ma vie avec les autres et j’aime les autres. C’est avec eux que j’aime la vie. C’est juste que j’aime être regardé. Du coup, ça m’a beaucoup soigné d’être mis en lumière par ma passion.

En France, on peut dire que tu es en terrain conquis, tous tes concerts sont remplis à craquer. Mais comment tu envisages le Québec? Considères-tu que tu es en territoire à conquérir?

Le Québec est à conquérir, ça c’est sûr! Pour moi, c’est pas grand-chose 2000 personnes dans une salle. C’est cool que ce soit sold out mais y a encore du travail pour me faire connaître ici. Je le sais parce que quand je me balade, je ne me fais pas beaucoup reconnaître. J’aime pas me faire reconnaître, mais ça reste un indicateur de ma popularité.

Un des problèmes aussi, c’est qu’y a soit le MTelus, soit le Centre Bell et pas d’entre-deux. C’est plus compliqué pour des artistes francophones européens de remplir des grandes salles comme le centre Bell; il y a que Stromae qui a réussi en pour le moment. Le Centre Bell, ce serait un objectif intéressant après le MTelus, même si c’est VRAIMENT un step au dessus.

En ce moment, il y a beaucoup de collaborations entre rappeurs francophones. Comment t’expliques ça ? Si tu devais collaborer avec des rappeurs québécois, qui choisirais-tu ?

En ce moment, je ne collabore avec personne parce que j’ai déjà trop de dossiers en attente sur lesquels je dois bosser et je me focalise vraiment sur la tournée. J’ai aussi le projet d’écrire un film, et c’est vraiment ce qui m’intéresse en ce moment. Même s’il y a des artistes québécois que j’adore, c’est pas du tout dans les plans pour l’instant.

Aussi, mon équipe actuelle est solide et j’aime bien cette exclusivité qu’on a ensemble : Pierrick Devin, Stwo, Vladimir Cauchemar, Superpoze, Sage et moi. On compose à 7 ensemble. Je préfère ça plutôt que recevoir des prods de partout.

Pourquoi tu as choisi de nommer ta tournée « 1000°C »?

En fait, la tournée ne s’appelle plus 1000°C. Je l’ai appelée comme ça deux jours, puis j’ai changé pour le J tour (pour Jeannine). 1000°C, au début je trouvais l’idée cool, pour la chaleur et tout ça. Ça vient de la phrase « Un pied dans les flammes, un autre dans la glace » dans la chanson, et je trouvais que ça résume bien l’album. Et puis je me suis rendu compte que c’est un morceau que j’ai fait avec Roméo Elvis et je préférais qu’il reste à nous deux plutôt que le défendre tout seul.

Qu’est-ce que tu attends de la crowd québécoise?

Quand je suis sur scène, ce que je veux c’est partir en transe et j’aime que mon public fasse la même chose. Ensemble, on vit tous une expérience pendant une heure et demie. C’est ça que j’aime, qu’ils se laissent aller. Je leur dis d’ailleurs : « Venez, on part tous en couille ensemble !»

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Beatfaiseur du mois : Mike Shabb

L'artiste veut changer le son de la métropole.

Dans le même esprit