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Entrevue : OrelSan – La fête n’est jamais vraiment finie

On a rencontré le rappeur lors de son passage à Santa Teresa.

OrelSan était de passage au Québec la semaine dernière pour un concert à Sherbrooke et un autre au festival Santa Teresa. Il se rendait le lendemain à New York. J’avais déjà eu la chance de m’entretenir au téléphone avec le rappeur au début de l’automne dernier dans le cadre de la réédition de son album La fête est finie – Épilogue, et on a donc remis ça, cette fois en personne, au restaurant de son hôtel lavallois.

La banlieue québécoise

Arrivés à l’hôtel en plein milieu d’un mariage haïtien, on attend qu’OrelSan descende de sa chambre. À peine revenu de Sherbrooke où il donnait un show la veille, le MC originaire de Caen se pointe avec son crew, dont son producteur Skread. Malgré des traits un peu tirés, il semble en pleine forme et fin prêt à prendre d’assaut la scène principale de Santa Teresa plus tard dans la soirée. Alors, ça fait quoi, découvrir la banlieue québécoise?

« À Sainte-Thérèse, on a surtout vu qu’il y avait, bah… beaucoup de zones commerciales. (Rires.) Sinon on n’a pas trop eu le temps d’explorer, mais on m’a dit que c’est une ville étudiante, alors ça devrait être chaud ce soir. »

Effectivement, on est loin de la banlieue française, symbole du rap hexagonal et reconnue pour ses problèmes de pauvreté et ses tensions. Déjà, la veille de l’entrevue, OrelSan avait pu découvrir Sherbrooke, où il a été surpris par la mixité de la foule.

« Honnêtement, à Sherbrooke c’était moitié Français, moitié Québécois, m’explique-t-il. C’est différent de Montréal, mais on a vraiment passé une bonne soirée là-bas, c’était même ouf! »

Un habitué des festivals

Multipliant les découvertes, Santa Teresa était également le premier passage du rappeur sur une scène extérieure au Québec. Habitué des grands festivals européens où la taille des foules est généralement dans les cinq chiffres, OrelSan était prêt. Son concert d’une heure, plein d’énergie, aura su convaincre des spectateurs possiblement moins familiers avec le matériel, grâce à un setlist bien rodé et monté spécialement pour les festivals.

« Sur mes setlists, explique le rappeur, j’essaie d’avoir des passages vraiment “festival” où on danse, on s’amuse. Puis, il y a aussi les gros sons ou je rappe pendant cinq minutes, alors il y en a pour tout le monde. »

Ces passages « festival », teintés de grosses basses et d’EDM, auront fait danser la foule de Santa Teresa, dont la connaissance des paroles variait selon les chansons. Rien pour ébranler OrelSan, qui aura prouvé la légitimité de sa place dans l’horaire, lui qui était programmé en soirée entre Hubert Lenoir et MGMT.

Rester frais

Cette ouverture aux sonorités EDM expose bien le désir de l’artiste de continuellement se renouveler, d’explorer la nouveauté, afin de garder une approche au goût du jour. « C’est important d’évoluer, de garder l’esprit ouvert, avoue OrelSan, sinon tu finis par faire le même truc tout le temps. Et de toute façon, les anciens sons, ils existent encore. Si demain je veux m’écouter un Ultramagnetic MC’s, y’a rien qui m’empêche de le faire, j’ai pas besoin de me prendre le nouvel album de Kool Keith en plus. (Rires.) »

Ce n’est jamais aussi évident que sur Dis-moi, pièce tirée de La fête est finie — Épilogue, dont le clip à la sauce Bollywood est sorti il y a deux semaines. Alors que les débats sur l’appropriation culturelle font rage en Amérique du Nord, OrelSan, lui, veut plutôt se faire plaisir.

« Franchement, on parle beaucoup de ça [l’appropriation culturelle], me dit le rappeur en sirotant son soda, mais qu’est-ce que ça veut dire? Si t’aimes bien les films indiens, et que t’as envie d’être dans un film indien, t’as le droit, quoi! C’est une question de nuances — il y a peut-être un moment où je vais penser qu’un truc est limite, mais d’autres fois non. En tout cas, dans le cas du clip, c’est vraiment un hommage aux films indiens. »

On ne lui reprochera pas d’aimer les films de Bollywood. Surtout qu’OrelSan est un grand amateur de cinéma, lui qui a réalisé et joué dans le film Comment c’est loin, paru en 2015. Cette passion transparait dans ses clips dont les concepts et la réalisation sont toujours soignés et bien développés.

La fête n’est jamais vraiment finie

On peut prendre la pièce Tout ce que je fais en exemple, une collaboration surprenante avec le rappeur américain YBN Cordae qui s’était fait connaître notamment grâce à sa prise de position à la suite de la chanson de J. Cole 1985 qui condamnait le nouveau rap ignorant tant prisé par les jeunes. Alors comment ça arrive, une collaboration OrelSanCordae?

« Je suis tombé sur sa musique parce que j’aimais bien la chanson Kung Fu et j’ai regardé ses freestyles, me raconte OrelSan, et j’ai trouvé que Cordae se démarquait des autres dans cette nouvelle scène, parce que ça se voyait qu’il kiffait la musique old school. Du coup, je le suivais, et un jour il m’a envoyé un emoji de feu. Il avait écouté plein de trucs à moi et je pense qu’il s’est un peu reconnu là-dedans, dans les délires manga et dans la musique comme telle. Finalement, on a commencé à parler, puis je l’ai invité à faire un morceau. On a fait Tout ce que je fais, puis il est venu à Paris pour tourner le clip. Depuis, on est potes. » Facile comme ça.

La chanson, présente dans la version Épilogue de l’album, permet d’expliquer le désir de ressortir l’album plutôt qu’un nouveau projet. « J’avais plein de trucs de côté, m’avoue OrelSan, je ne savais pas trop ce que je voulais en faire. Je voulais me faire kiffer. Comme Excuses ou mensonges qui est un peu two-step, je ne savais pas où le mettre. Pareil pour Dis-moi, ou le morceau avec Cordae — c’est des morceaux que j’ai faits pour kiffer, mais un moment j’ai envie de les sortir quand même! (Rires.) »

C’est justement dans les modes de consommation modernes que ce projet a trouvé sa place, alors que le rappeur cite en exemple l’album « évolutif » Life of Pablo de Kanye West, qui a connu plusieurs modifications à la suite de sa sortie sur les services de streaming. Parce que si on peut déplorer le déficit d’attention global créé par le streaming, c’est aussi un modèle qui permet aux artistes de prendre des risques sans pour autant aliéner leur auditoire.

« Avant, t’avais ce qui passait à la télé ou la radio et tu n’avais pas trop d’options, explique OrelSan. Alors quand des artistes que j’aimais faisaient de la musique que je n’aimais pas, ça me saoulait. Sauf que maintenant, si t’aimes pas un truc, tu peux aller en chercher un autre direct! Demain, si je fais une chanson que des gens n’aiment pas, ils se disent “ah ce n’est pas grave, j’attends la prochaine.” »

Et nous, après un concert survolté à Santa Teresa, on attend aussi la prochaine occasion de revoir le rappeur en spectacle, ou sur son prochain album. Mais attention, rien n’est prévu pour l’instant.

« J’ai plein d’idées, plein de concepts, mais rien de concret pour le moment. On a environ 25 dates cet été où on joue l’album, et après, la fête sera vraiment… finie. Bah, jusqu’à la prochaine fête, quoi. »

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