Entrevue : Pourquoi Philémon Cimon sortira son prochain album de manière indépendante ?

Le cinéma de Pierre Perreault a lancé l'artiste dans une quête identitaire.

En début d’année, Philémon Cimon partageait sur sa page Facebook une publication mentionnant la sortie prochaine d’un album. Quelques jours plus tard, il précisait dans un nouveau post que l’album sortirait de façon indépendante parce que Bonsound avait brisé son contrat. Raison invoquée? La maison de disques n’aimait pas son nouveau matériel.

Pour ceux qui se posent la question, il n’y a pas de chicane dans cette histoire. Si vous cherchez un scandale, passez votre tour (ou si vous y tenez vraiment, il y a peut-être la photo d’un Loup-marin dans une pose semi-suggestive que Philémon a choisie pour faire son annonce à vous mettre sous la dent). De son côté, Bonsound nous a envoyé ce commentaire sur la situation.

« On est tous fans de Philémon chez Bonsound depuis ses débuts et c’est pour cette raison qu’on l’a signé il y a deux ans. Malheureusement, comme Philémon a mentionné sur sa page Facebook, son nouvel album n’a pas plu à la majorité d’entre nous. C’est une situation vraiment désolante, mais on trouve qu’il mérite de travailler avec une équipe qui tripe à fond sur son album. Évidemment, on lui souhaite du succès ! »

Ces quelques posts ont tout de même éveillé notre curiosité. De un, parce que du nouveau Philémon Cimon trois ans après Psychanalysez​-​vous avec Philémon Cimon, c’est assez excitant. Et de deux, parce que l’aspect « rupture de contrat » de la chose laissait entendre que ce nouvel album serait assez différent des précédents.

Nous avons donc rencontré Philémon dans les nouveaux locaux du café Le Cagibi sur Saint-Laurent pour discuter des particularités de ce projet, de sa quête identitaire et d’une grande inspiration derrière cet album : l’œuvre du cinéaste Pierre Perrault. Bribes de cette conversation ci-dessous.

La fin d’un cycle

Philémon : Je l’avais dit à la fin de mon troisième album. « Ceci est la fin d’un cycle » C’était un peu comme une trilogie et à moment donné il y a eu une rupture. Après, j’ai essayé d’enregistrer comme je l’avais fait sur le dernier album et j’ai pas aimé ça. Tout d’un coup, je me suis mis à faire des trucs plus acoustiques, comme j’avais fait sur le premier album [Les sessions cubaines] et ça, ça m’a plu.

Ça a commencé par une toune avec Pomme qu’on avait composée ensemble et on a profité du fait qu’elle était au Québec pour l’enregistrer. À ce moment-là, le studio où je vais souvent était en réno faque on s’est dit que tant qu’à faire une toune avec deux guits pis deux voix, on le ferait chez nous. Ça, j’ai aimé ça. Ça m’a comme fait du bien.

J’étais juste content de me reconnecter avec la musique. D’être assis et de juste jouer. Dans un salon avec quatre micros, y a pas mille choix de mix ensuite. Ça ramène l’enregistrement à quelque chose de plus artisanal et qui ressemble plus à des fields recordings.

Il y a eu un moment où je me suis plus intéressé au field recordings québécois. C’est devenu pas mal important pour moi. Je me suis intéressé à toute cette portion-là de l’histoire et aux choses qui ont été conservées comme ça, notamment les films de Pierre Perrault.

Pierre et l’histoire du Québec

Pierre Perrault a fait des films autour de Charlevoix. Son travail m’a beaucoup inspiré parce que j’ai une relation assez intime avec cette région. Ma grand-mère vient de là et j’y ai passé tous mes étés. Je pense que tout le monde a des endroits comme ça qui sont plus sensibles et pour moi c’est Charlevoix.

Pierre s’était beaucoup intéressé aux classiques [de la littérature], mais il s’est rendu compte que la parole des Québécois n’était pas présente là-dedans. Il a eu l’impression que cette littérature là, au Québec, s’était plutôt construite par l’oral et que c’était là qu’on pouvait voir la richesse de la poésie québécoise.

Il a trouvé ça principalement à travers des gens qui habitaient l’Îsle-aux-Coudres et il est allé les filmer. C’était un prétexte pour aller voir ces gens-là. Voir leur poésie, voir leur façon de parler et graver quelque chose qui était sur le point de disparaître. Ça m’a beaucoup plus et à un moment donné, j’ai eu envie de faire pareil et de travailler sur les choses qui se perdaient.

J’ai été intrigué par l’histoire québécoise. J’avais toujours eu la posture que c’était pas intéressant. J’ai l’impression que c’est ce que je me suis fait dire toute ma vie. Tout d’un coup, je me suis mis à faire des recherches là-dessus pis j’ai beaucoup beaucoup aimé ça. Je me suis mis à m’y intéresser et ça a vraiment teinté ma musique.

Ça a commencé quand je suis tombé sur un film que Pierre a fait dans les années 1950 sur la traverse de l’Îsle-aux-Coudres en hiver. J’ai écouté ce film-là et ça m’a donné envie d’en écouter un autre, puis un autre, puis un autre. Ça s’est juste inscrit dans le questionnement que j’avais après mon dernier album de « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

Je savais pas ce que je voulais faire, mais je savais que j’avais pas envie de faire ce que j’avais déjà fait avant. Je me suis mis à essayer des choses et tout ça a vraiment pris forme quand je suis tombé sur les films de Perrault.

Avant ça, j’avais déjà commencé à travailler sur les mémoires de ma grand-mère. Elle parlait de sa jeunesse dans Charlevoix sur des enregistrements que ma mère avait faits. J’en ai écouté environ 30 heures, j’ai pris des notes et j’ai fait des chansons là-dessus. Après coup, j’ai compris que ça s’inscrivait dans la même affaire [que les films]. Tranquillement, je me suis rendu compte que j’étais en train d’écrire un album sur mon rapport à l’espace [le Québec] et sur mon émerveillement par rapport à tout ça.

Il y a quelque chose qui m’a beaucoup interpellé durant cet album-là. Mon rapport avec le territoire, mon rapport avec les gens autour de moi, avec mes origines et tout ça. C’est un peu cliché, mais c’est une quête qui, pour moi, a beaucoup de sens. Je ne sais pas à quel point je recherche vraiment mes origines. Je fais un détour en fouillant sur mes ancêtres, mais vraiment, je veux savoir je suis qui.

Parler d’autre chose

Même si j’aime mon premier album, ça parlait beaucoup de rupture amoureuse et là je suis content de pouvoir parler d’autre chose. Je pense que ce que j’apporte maintenant c’est plus intéressant. De se positionner en tant que victime par rapport à une relation amoureuse c’est épouvantablement ennuyant comme discours pis douchebag.

Éventuellement, il y a un autre EP qui s’appelle Philédouche qui va sortir qui va plus explorer mes histoires de plaintes (rires), mais pour celui-là je ne suis plus particulièrement intéressé par le discours victimisant par rapport aux relations amoureuses. Je pense que ça peut être quelque chose de super intéressant et de complexe à gérer, mais je suis moins fasciné par ça que je l’étais avant. Je crois plus vraiment non plus à la posture de victime pis à toutes ces choses-là.

Dans cet album-là je pense qu’au lieu de me positionner en tant que victime ou objet, je me suis positionné comme sujet d’un désir de comprendre je suis qui pis d’où je viens. Dans ce sens-là, je pense que c’est mon meilleur.

Quand Bonsound a dit que ça ne leur plaisait pas, les raisons qu’ils m’ont données c’est exactement ce que je voulais faire, donc si ça ne leur plaisait pas, c’est que c’était juste un mauvais match. C’est comme n’importe quelle chose qui se termine par un échec, même si c’est pour le mieux, il y a un moment où tu vis de la déception, mais il n’y a pas vraiment eu de doutes.

Je ne sais pas si cet album-là va pogner, je ne sais pas s’il va plaire, je ne sais même pas s’il est bon rendu là, mais moi je sais que c’est l’album que je voulais faire.

Le prochain album de Philémon Cimon paraîtra au printemps 2019.

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