Philippe Emond

Entrevue : Rencontre avec Hozier, cet artiste à la plume engagée

L'artiste nous parle de l'Irlande, de l'importance de l'art engagé et… des toiles de sa mère.

Depuis son succès planétaire Take Me to Church en 2013 qui dénonce les violences faites aux homosexuels par l’Église chrétienne, Hozier (aka Andrew Hozier-Byrne) parcourt le monde avec ses balades engagées. 

Il aura fallu attendre 5 ans pour que l’auteur-compositeur-interprète sorte un nouvel album en mars dernier, Wasteland, Baby. Un long-jeu qui défend encore et toujours des causes sociales et pour lequel il a puisé son inspiration dans ses frustrations. 

Discussion rehaussée de figures de style avec le chanteur irlandais de 29 ans, qui reste malgré tout un grand optimiste.

Tes chansons sont hyper engagées et tu as défendu plusieurs causes dont l’homophobie. Depuis 2018, l’avortement est légal en Irlande, mais encore vraiment tabou. Qu’est-ce que tu penses du climat politique de ton pays natal en ce moment?

Socialement, il y a eu de grands progrès dans les 10 dernières années. On a réussi à rendre légaux l’avortement et le mariage entre personnes du même sexe par des référendums. Tout ça a été mis en place assez rapidement, alors que ça aurait pu être un très long processus. 

Ça a été incroyable de voir des citoyens se réunir et discuter des enjeux, d’entendre tous les côtés de la médaille et comprendre de quelle façon ça affecte les gens.

Évidemment, chaque pays a ses défis. Il y a d’autres enjeux économiques sur lesquels j’ai des frustrations. La rhétorique qu’utilisent certains politiciens, dont ceux des États-Unis, se fraie un chemin jusqu’en Irlande, tout comme les idées de droite.

Est-ce que tu penses qu’il y a une relève politique plus progressiste qui pourrait atténuer les tabous qui persistent?

Je pense qu’il y a beaucoup de dispositifs politiques qui sont utilisés de façon positive et qui permettent aux électeurs de s’exprimer en comprenant mieux les enjeux sur lesquels ils doivent se prononcer.

Je pense que la «vulgarisation» est hyper importante pour que les citoyens puissent comprendre pourquoi certaines choses sont si difficiles pour la classe moyenne, par exemple. Ils peuvent ensuite comprendre les causes de la détresse économique. Et j’espère que cette compréhension permettra aux Irlandais de voir que les difficultés économiques ne sont pas liées aux immigrants, aux réfugiés ou aux minorités de la communauté LGBTQ.

Je crois que lorsqu’il y a un manque de vulgarisation, c’est plus facile de promouvoir de fausses idées parfois véhiculées par des politiciens. Il y a quelques personnes, braves, qui essaient de rendre plus accessibles la compréhension des enjeux politiques et ça, c’est inspirant.

Tu es en tournée autour du monde, constamment. Est-ce qu’il y a des endroits qui t’inspirent davantage dans l’écriture de tes chansons?

C’est tricky parce que tu ne décides pas nécessairement d’où tu vas en tournée, alors tu peux aller à un endroit où tu croyais être inspiré et ça ne fonctionne juste pas.

Je trouve qu’à la maison, à Wicklow, c’est réellement le seul endroit où je peux déconnecter et me concentrer sur ma musique. 

Quand tu arrives dans un pays plus «progressif», comme le Canada, est-ce que tu sens une vibe différente?

Je trouve ça vraiment intéressant d’être en Amérique du Nord. Il y a par exemple de grandes différences culturelles entre les Canadiens et les Américains. Mais encore là, juste à travers les États-Unis il y a des différences majeures entre les habitants, entre les différents États. C’est même difficile de voir les États-Unis comme un seul et même pays.

Moi qui vient d’un tout petit pays, sur une île, je trouve ça fascinant de voir un si grand territoire avec ses multiples facettes.

Quand tu as écrit, «Take Me to Church», beaucoup se sont accrochés à la mélodie, mais n’ont pas nécessairement compris la critique envers l’Église. Est-ce que c’était frustrant pour toi que le beat passe avant les paroles?

C’est ça la vie! À la fin de la journée, ce n’est pas à moi d’interpréter mon travail. Celui qui écoute la chanson est celui qui la termine. La musique ne vaut rien si elle n’est pas entendue. Elle n’a aucun but et aucun propos si on ne l’écoute pas. 

Les ondes sonores et l’énergie que ça crée peuvent arriver, mais le son qui en résulte est celui qu’on doit écouter. 

Évidemment, j’ai espoir que mon message sera entendu.

Les pochettes de tes deux albums ont été peintes à l’huile par ta mère. Comment c’était de collaborer si étroitement avec un membre de sa famille?

C’était super! On a une très belle relation et je suis très près de ma famille en général.

Cette relation a débuté alors qu’elle avait une série de peintures, au même moment où je sortais mes premiers singles et mes démos. J’avais l’habitude de lui emprunter ses oeuvres pour mettre mes pièces en valeur. Et on a juste continué jusqu’à aujourd’hui.

On a des directives vraiment claires, et la communication est très importante à chaque étape.

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