Daniel Robillard

Entrevue : Sara Dufour – Chanter les régions

L'artiste se promène entre sa terre natale et la grande ville.

Une fois de temps en temps, un.e artiste vient nous rejoindre d’une façon étrangement personnelle. Récemment, c’est Sara Dufour et sa pièce Baseball qui m’ont fait m’arrêter en plein milieu d’un courriel au bureau pour googler qui était l’artiste que je venais d’entendre à la radio. La chanson nostalgique, mais légère, est parue sur son deuxième album, Sara Dufour, lancé en avril dernier.

Sur le morceau, Sara raconte son adolescence au Lac-Saint-Jean, mais un peu aussi la mienne au Nouveau-Brunswick, et sûrement celle de beaucoup d’autres kids qui ont grandi en région. Il y avait quelque chose de familier dans la voix de Sara, ou plutôt dans ses mots. Quelque chose de touchant et de réconfortant. Lorsque je l’ai rencontrée pour cette entrevue, j’ai réalisé que la fille du Lac est aussi chaleureuse que sa musique.

Changer de cap

Ça fait sept ans que Sara Dufour trace son chemin tranquillement dans le milieu musical québécois, mais au préalable, son plan était de devenir comédienne. Son grand départ de la maison, il s’est d’ailleurs produit lorsqu’elle a gagné un concours pour jouer dans Watatatow au début des années 2000. Après deux passages à l’émission, elle est partie pour la gran’ ville et a tourné dans 10 épisodes avant que la série ne quitte les ondes. C’était le début d’un de jeu de chaises musicales qui la feraient habiter et quitter Montréal au fil des ans.

« Je suis restée quelques années à Montréal, pis je suis retournée en région parce que je m’étais fait un chum. Je suis revenue en ville en 2015 et c’est là que j’ai vraiment découvert la métropole, m’explique Sara dans un café. En 2011-2012, je suis partie un an à Granby pour l’École nationale de la chanson. C’est vraiment l’année qui a changé ma vie. C’est là que j’ai mis la musique en avant-plan. »

L’appel du Lac

Ces jours-ci, Sara se promène encore pas mal, et pas juste quand elle est en tournée. « Ça fait un bout que je n’habite plus à Montréal, mais j’ai un pied à terre à Saint-Hubert, mon chum est en Estrie et j’ai plein d’affaires au Lac-Saint-Jean (rires). » En retournant dans sa ville natale une dizaine de fois par année et en ne restant jamais trop longtemps au même endroit, elle a réussi à atteindre un semblant d’équilibre, mais ça n’a pas toujours été comme ça. Vers 2014, les choses étaient plus incertaines, son beat de vie avait changé et elle se demandait si elle devait faire le move pour retourner au Lac.

Ce questionnement est illustré sur son dernier album par la chanson J’tu due pour caller l’cube où elle chante : « Le vent du large m’a mouillé ‘es yeux pis m’a donné ‘es bleus. J’tu due, j’tu mûre pour caller l’cube? C’tu l’heure coudonc? L’heure du retour en région ? » C’est le genre de réflexion que ceux qui ont quitté la maison pour la ville viennent souvent à se poser. « [J’tu due] c’est un cadeau de JP Tremblay de Québec Redneck Bluegrass Project, se souvient Sara. Je l’ai appelé, je lui ai expliqué que j’avais eu l’idée de cette toune-là en 2014, pis lui aussi il avait déjà vécu ça… Deux jours après, il m’est revenu avec la musique pis le texte. »

La chanson fait partie des plus poignantes de l’album, comme Parce qu’on s’aime et Ciao Bye.

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Elle partage cette sensibilité « régionale » avec JP de Québec Redneck Bluegrass Project, mais aussi avec Dany Placard, le réalisateur des deux albums de Sara, qui touche au même genre de thèmes dans plusieurs de ses projets. « Après l’École [nationale de la chanson], j’ai fait beaucoup de concours, pis c’était pendant une époque où Dany [Placard] était souvent porte-parole ou juge dans ces affaires-là », me raconte Sara en riant. C’est en l’entendant jouer une reprise de Tom Waits, traduite en français, que le déclic s’est produit. « Je l’écoutais pis tout de suite, je me suis sentie proche de ses mots, de sa façon de faire. »

Les deux artistes ont fini par se jaser et par travailler ensemble sur le premier disque de Sara, Dépanneur Pierrette.

Le dernier album de Placard, comme elle l’appelle affectueusement, et ses dernières collaborations, notamment avec Laura Sauvage, étaient plutôt loin du country-folk du Lac, mais ça n’a pas refroidi Sara. « Il m’a dit “Je suis rendu ben trop fucké pour toé” (rires), mais c’est avec lui que je voulais travailler. » On retrouve les couleurs de Dany un peu partout à travers l’album, particulièrement sur Sans rancune Buddé, l’un des morceaux les plus accrocheurs de l’ensemble.

Vous pouvez entendre cet album éponyme de Sara Dufour en cliquant ici.

Pour voir Sara Dufour interpréter a capella Parce qu’on s’aime lors de son passage à Pas d’pickup (pis un microphone), c’est ici.

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