Thomas Dufresne

Entrevue : Souldia, bourreau de travail

Le rappeur accumule les sorties sans ralentir son rythme de production.

Souldia est un nom qui résonne désormais partout dans la province. Des grands centres urbains aux plus petits bleds du pays, le rappeur se produit toujours dans des salles combles, devant une foule conquise qui le voit comme un héros. En raison de son passé trouble, la rédemption de Souldia par la musique continue d’inspirer son auditoire, et agit comme un message d’espoir en affirmant qu’il est possible de changer sa situation, aussi désagréable soit-elle.

En fait, Souldia est au hip-hop québécois ce qu’est Éric Lapointe est à la musique québécoise en général : une rockstar légendaire admirée par de die hard fans. En échange de cet amour, le rappeur gâte constamment son public avec de nouvelles sorties à se mettre sous la dent : vidéoclip, singles et même des albums surprises, ça n’arrête jamais. Mais son véritable contact avec son public, il l’a lors de ses spectacles où la foule le traite comme un Jésus en coat de cuir, un véritable messie qui pave la voie aux marginaux.

On a eu la chance de discuter avec l’artiste lors de son passage au Festival de musique émergente (FME), dans le lobby de son hôtel, alors qu’il venait à peine d’arriver en ville. Il sortait tout juste de la douche et s’est excusé de son retard en nous serrant la main. Bref, un vrai gentleman qui arriverait même à mettre dans sa poche une Monique qui pense que le hip-hop c’est juste du maudit criage. Et c’est pour ça qu’on l’aime autant.

À vous maintenant de vous laisser séduire.

Tu viens tout juste de sortir un nouveau single, Barillet, qui détonne un peu avec le reste de ton répertoire. Qu’est-ce que tu voulais offrir comme propositions à tes fans? Est-ce que ça annonce la venue d’un nouveau projet?

Barillet c’était pas dans le cadre d’un nouveau projet. Mais oui, j’avais envie d’offrir un nouveau vibe, plus près de comment je feel ces temps-ci. La chanson change deux ou trois fois de beats et je suis vraiment là-dessus ces temps-ci : découper une chanson en plusieurs parties. Pour l’instant, c’est un single, on sait pas si elle va être sur le prochain album. Je sais comment l’album va s’appeler, je sais qu’il va sortir en 2020, mais pour l’instant on n’a pas plus d’infos que ça.

Toi qui es quelqu’un d’intense sur tes chansons, à quoi ça ressemble une session studio avec Souldia?

Une session en studio avec moi ça peut tourner de ben des manières. On peut commencer avec de la joie et finir que tout le monde pleure pendant que je suis couché dans le coin du booth avec des feuilles déchirées partout. Des fois, je sors je suis pas content, des fois oui, ça finit en fight. On passe par plein d’émotions.

Je viens justement de me séparer de mon technicien la semaine dernière. On a fermé le studio où j’enregistrais depuis 3-4 ans. Les trois derniers albums je les ai faits avec ce gars-là. Il m’a suivi pendant 3-4 ans, je l’ai isolé pour faire des albums. Quand on a fait le Black Album, je l’ai amené une semaine entière avec moi tout seul. C’est sûr qu’il va devenir fou à un moment donné…

Fak j’avais ce gars-là avant pour vivre ces délires-là, maintenant je l’ai plus. Sauf que j’ai une personne qui a pris sa place, il s’appelle Christophe Martin. Il fait beaucoup de musique pour moi, et c’est un gros producteur en studio. C’est intéressant parce que ça va faire sonner ma musique un peu différemment. 

T’as justement fait plein de featurings avec des gens de milieu hip-hop différents. Et maintenant, tu fais le pont entre la scène hip-hop de région et le street rap montréalais. Pourquoi tu voulais aller vers ces gars-là?

Moi je suis un gars de street. Pis le terme street rap ça existe juste depuis deux ans. Avant t’étais street, ou tu l’étais pas, that’s it. Mais la chose avec la street, c’est que tu te rejoins vite. Tu connais un gars qui lui connait un gars, qui lui a connu le cousin d’un tel en prison qui te présente à quelqu’un. Moi je travaille avec des gens avec qui j’ai envie de travailler, mais dont je connais aussi l’histoire. C’est ça qui m’intéresse chez un artiste.

Tout ça pour dire que je fais tout ça aussi parce que ces derniers temps, je m’amuse man. Je suis rendu à un moment dans ma vie, où j’ai envie d’avoir du fun en faisant des chansons avec des gens que je sais qu’avec eux on va exploser, atteindre de nouveaux levels. J’ai plein de nouvelles collaborations à vous faire entendre d’ailleurs dans le futur. On travaille fort là-dessus.

Celle que tu as faite avec Alaclair Ensemble, c’est probablement celle qui était la plus surprenante étant donné leur univers un peu plus ludique. Comment ça s’est passé cet enregistrement-là?

Je pense pas que tous les artistes ont le luxe de faire ça. Je pense que c’est un atout que j’ai de pouvoir m’associer avec plein de gens comme ça. Je reste quand même un individu sauvage, qui n’aime pas tous les humains. Mais les gars d’Alaclair ce sont des gars de Québec. On se connait depuis des années, et ça fait longtemps que je les vois grandir et défricher le chemin pour moi. Ces gars-là, ce sont des crèmes de rappeurs, pis si t’es pas capable de voir ça tu connais rien au rap. 

Quand on a enregistré la chanson j’ai dû larguer un gros verse, rentrer en mode punchline parce que ouf, la barre était haute. Mais j’étais ben content en finissant. 

Là-dessus t’es allé plutôt dans l’humour, d’habitude tu explores la noirceur, le côté sombre de la vie. Toi t’as réussi à t’en sortir, comment tu y es arrivé?

En fait, un gars comme moi ne s’en sortira jamais vraiment. On a été dans cette vie-là trop longtemps. La seule chose qu’on peut faire pour améliorer son sort c’est de devenir de meilleures personnes. Ce monde-là, ça te suit toute ta vie. Personnellement, j’ai réussi à m’en sortir en me mettant l’objectif de gagner ma vie en faisant du rap. Et ça, je l’ai atteint. Mais chaque jour je suis encore confronté à mon ancienne vie que ce soit par un appel d’un de nos boys en prison qui va pas bien, ou par l’enterrement d’un tel. Faut jamais penser que tu vas t’en sortir totalement. À moins que tu déménages à Hong Kong (rires), là peut-être que tu vas avoir la paix.

Tu parles de ta musique comme du rap and roll et on sent effectivement une grosse influence de rock dans ta musique. C’est quoi exactement ton genre musical?

J’ai grandi dans le rock avec Iron Maiden, Metallica. Mon idole de jeunesse c’est Kurt Cobain t’sais. J’étais deep là-dedans et même encore aujourd’hui, je passe pas mes journées à écouter du rap. Les gens se trompent totalement s’ils pensent que je suis toujours en train de bump du Gucci Mane. Tu serais surpris de voir ma playlist. L’an dernier, j’ai découvert une fille comme Tash Sultana et je capote encore. J’écoute juste de tout, j’aime la musique, point. 

Le problème aussi c’est que si t’écoutes trop de rap dans ton quotidien, tu te fais influencer sans même le vouloir. Tu vas écrire des lignes qui se ressemblent sans même t’en rendre compte, pis moi je peux pas me permettre ça. Je dois toujours inventer un nouveau créneau. Je dois amener les gens à m’imiter, pas l’inverse.

Tu en inspires plusieurs d’ailleurs. Tes fans sont assez hardcores : ils achètent tes vêtements, mettent des collants d’Explicit sur leur quatre-roues, ils se font même tatouer ton nom. Comment tu vis avec ce genre de rôle de « super-héros »?

Je vis bien, je pense que ça fait partie de la game. J’ai des projets tellement big en ce moment que ce qui se passe aujourd’hui, c’est rien comparé à ce qui s’en vient. C’est une goutte d’eau sur le petit orteil. 

Toi tu chantes, tu rappes, tu essaies plein d’affaires. C’est important pour toi de sortir de ta zone de confort?

Tellement man, tellement. J’ai tellement fait d’affaires dans le passé avec mes différents groupes que si je fais juste rapper, je vais me tanner. Je me suis toujours dit que la journée où ça ne me tentera pas d’aller au studio, je vais arrêter de rapper. M’a aller vendre de la drogue ou quelque chose. 

Mais oui, le but c’est de me renouveler, et comme j’écoute plein de choses différentes, des fois je pars dans une direction en studio et les gens doutent. Mais à la fin, ils vont comprendre où je m’en allais.

Et c’est ça qui m’impressionne parce que ton beatmaker Farfadet arrive à te suivre dans tout ça. Il est vraiment polyvalent, c’est fou!

Ouais, Max de la manière qu’il fait ses beats, c’est avec le feeling. Il fait des beats pis quand il se dit « Yo, je verrais trop Souldia là-dessus », il le met dans ma banque de beats que j’explore chaque semaine. 

En terminant, si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui va te voir en show pour la première fois, ce serait quoi?

Attache tes souliers comme il faut. Camisole en dessous du hoodie parce qu’il va faire chaud. Pis bois pas trop parce que les gens sont fous. 

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